CHAPITRE XXVI
L'organisation dorant les formations tertiaires et post-tertiaires.
Afin de mieux saisir le caractère de l’organisation de l’époque tertiaire, il est utile de se limiter autant que possible, de ne considérer que les êtres les plus parfaits qui y apparaissent, et de ne mentionner les groupes inférieurs du règne végétal et du règne animal que pour établir les différences existantes entre cette période et les précédentes. »
En thèse générale, les végétaux de l'époque tertiaire ont beaucoup plus d’affinité que ceux qui ont précédé avec le caractère de la végétation actuelle des lieux où on les trouve. Ils dénotent une répartition analogue par zones et régions climatériques, comme nous la trouvons actuellement à la surface du Globe. Les formes tropicales, que nous avons trouvées dans les terrains houillers de nos régions tempérées, telles que les Prèles ou Calamites arborescentes, les Lvcopodiacées (Lepidodendron) , elles Fougères (Psaronius) arborescentes, sont disparues avec les Palmiers. A leur place apparaissent nos essences forestières actuelles, dont la différence spécifique prouve toujours un changement dans les conditions extérieures. En somme, la zone tempérée de celte époque parait encore avoir été plus chaude qu’aujourd’hui ; c'est là du moins ce qu’indiquent plusieurs de ses animaux qui, de nos jours, séjournent seulement dans la région des tropiques.
En étudiant les restes végétaux des couches tertiaires dans les divers modes de conservation où ils nous sont parvenus, nous pouvons employer, outre les dépôts de lignite dont nous avons déjà parlé (p. 298), une foule d,'autres produits qui contiennent ou
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des empreintes de plantes ou des fragments. Citons surtout les calcaires d’eau douce et les couches de marne, dans lesquels on rencontre souvent des empreintes de feuilles, de petits rameaux, ou de petites plantes entières, des Mousses surtout, et qui par conséquent constituent une ilorc de régions intérieures. Un a encore observé dans les dépôts marins, par exemple, dans le calcaire grossier, des empreintes de plantes qui ne proviennent point de végétaux de mer, tandis que d’autres couches, telles que les célèbres dépôts du Monte lîolca, renferment mêlés ensemble des plantes marines, des Poissons et des plantes terrestres. L'argile plastique aussi, tant les strates anciennes situées au-dessous des lignites que les récentes supérieures au calcaire grossier, contient des feuilles de végétaux et des fragments de tronc. Les grès, un peu plus durs de cette période, renferment eux-mêmes des fossiles de celle nature. Il existe donc un grand nombre de gisements de plantes fossiles dans les dépôts tertiaires, et la flore de celte période est beaucoup plus riche que celle de la période secondaire.
11 est à peine utile d’entrer dans des détails sur les familles des plantes qu’on a trouvées jusqu’ici, car la plupart des restes de plantes fossiles ne peuvent être déterminés que dans leurs caractères généraux de groupes ou de familles, et quelques localités seulement permettent de reconnaître la série entière des caractères distinctifs. Nous nous bornerons donc à une courte mention des familles dont les restes caractérisent l'une ou l’autre des couches tertiaires, et cela suflira pour que chaque lecteur se puisse facilement composer un tableau de l’ensemble de la flore de cette période. Les plantes les plus imparfaites de cette époque sont des Alijues, et notamment des Algues marines on Fucoïdes dont on trouve de nombreuses traces dans les couches du calcaire grossier de Monte Bolca. Les Mousses du calcaire grossier du bassin de Paris en sont très -voisines. Mais ce qui caractérise mieux que ces deux groupes la végétation de cette époque, c’est l’abondance des tjyrorjouites, ou fruits de Chara, globuleux ou elliptiques, formés d'ulriculcs enroulées en spirale. Ces fruits sont à peine de la grosseur d’une tète d’épingle, mais ils existent en si grand nombre que toutes les couches du gypse de Paris et du calcaire grossier supérieur en sont, pour ainsi dire, composées. Les plantes qui les produisent vivent encore aujourd’hui eu grand nombre dans les marécages, les bour-
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hiers et les étangs, meine dans les petits bassins salifères, et jettent un grand jour sur la nature des lieux où on les trouve dans les époques antérieures. Les Cliara, dans les classifications, se placent près des Prèles, et forment la seconde famille des plantes vasculaires acotylédones caulocarpcs. Un rencontre aussi des Équisétacées, mais avec des formes moins particulières qu’auparavant. Leurs espèces ont déjà revêtu l’aspect moderne. 11 en est de même des Lycopodiaeées et des Fougères, dont on a observé les débris ; ces trois familles ont été reconnues dans les lignites, et elles vivaient alors probablement comme aujourd'hui dans les régions forestières, qui ont concouru à. la formation des dépôts de charbon. Ces dépôts se composent surtout de Conifères, comine on l’a prouvé par l’élude microscopique du bois bitumineux; on y trouve, d’ailleurs, des fruits et des rameaux avec leurs feuilles qui offrent complètement les caractères des Conifèrcs.Cependant plusieurs (ReHnvdendron,Meyadendron, Taxodium), paraissent différents des grnrcs actuels. L’ambre jaune, dont nous avons déjà parlé (p. 299), provient d’arbres de cette famille. Il n’est pas encore parfaitement certain que des Palmiers existaient aussi dans ces forêts, et cependant le fait est assez, probable, parce qu’on en a trouvé quelques traces, entre autres des fragments de tige, dans les lignites de la Bohème et dans d'autres lieux ; la plupart des restes de cette famille consistent en empreintes de feuilles, appartenant au calcaire grossier et aux couches tertiaires inférieures. Après les Conifères, les Amenlacées sont les plus abondantes dans le lignite ; on connaît des fruits et des feuilles de Peupliers, «le Saules, d’ Aunes, de Noisetiers, de Hêtres et d’espèces voisines qui font bien voir la grande analogie des conditions extérieures de cette époque avec celles d’aujourd’hui dans nos régions. On a aussi trouvé des Heurs de plantes de la famille des Aunes, et ou a même pu étudier la structure particulière de leur pollen. Le Noyer et l’Érable ont aussi pris part à la formation du charbon de celle époque, car on y trouve leurs restes : ils prouvent dans cette région un mélange des essences de l’Amérique du Nord avec celles d’Europe et indiquent pour cette époque une grande uniformité entre les hémisphères oriental et occidental. Le même fait est encore mieux corroboré par la découverte de feuilles de Tulipier dans les .couches tertiaires de l’Europe, si toutefois la forme des feuilles de cet arbre n’appartenait pas à cette époque à quelque autre plante étrangère au
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genre actuel. Tous les autres restes de végétaux que l’on connaît, n’ont été retrouvés qu'en rares échantillons, et n’ont pas un grand intérêt; cependant la présence de formes plus méridionales dans les couches d’argile à lignite de la montagne de Gergovie, à Ménat, en Auvergne, justifie encore notre conclusion, que la dernière période, avant les temps actuels, jouissait d’un climat plus chaud qu’aujourd’hui. Aucune Myrtacée et aucune Laurinée ne croît plus aujourd'hui à l’état sauvage dans les pays au Nord des Alpes, et le Cotonnier ne s’y trouve pas plus à l’état libre. Et cependant on y a trouvé leurs restes à côté du Plaintain, de la Bmjlosse, de Ronces et d' Œillets.
Parmi les flores spéciales de l'époque tertiaire, celle delà molasse miocène suisse est la plus complètement et la mieux connue. Ses débris ont été recueillis dans 80 lieux, différents, et ont fourni à (Eningen 405 espèces, dans la vallée haute du Rhône 142, à Locle 140, à Monos 195, dans les environs de Lausanne 90, en tout 920 espèces, que Usw. Heer a décrites dans un grand et beau travail ' . D’après ce savant, la flore miocène de la Suisse était beaucoup plus riche que celle d’aujourd’hui. Elle comptait, d’après les débris connus jusqu'ici, 291 arbres, 242 arbrisseaux et 164 plantes phanérogames herbacées, tandis qu’aujourd’hui il n’existe que 500 espèces d’arbres et d’arbrisseaux. Alors, les plantes ligneuses s’élevaient à 70 pour 100; aujourd'hui seulement à 11 pour 100 de toute la flore, rapport dont nous ne retrouvons l’approchant que dans les bassins de l’Orénoquc et du fleuve des Amazones. Le tapis de plantes herbacées ne faisait point défaut dans ces luxuriantes forets; il était seulement plus pauvre en individus, et ces plantes d’ailleurs se sont moins bien prêtées à la conservation fossile, à cause de leur fragilité et parce qu’elles ne donnent point lieu à des chutes de feuilles périodiques. Le plus grand nombre des plantes herbacées miocènes appartient à des végétaux de marécage et aquatiques, des Graminées lacustres, des Roseaux, des Nénuphars, du Plantain d’eau, etc., dont les feuilles ont pu plus aisément tomber dans la vase que celles des plantes terrestres. Ces dernières ont aussi existé en grand nombre, ainsi que le prouve avec certitude la présence d’Inseclcs, dont beaucoup ont pu vivre seulement sur des prairies couvertes de gazon
1 h i flore tertiaire de la Suisse. 3 vol. iii-f”. Winterthur, 1855-18511. — 0.