CHAPITRE XXVI
chet exotique; car sur 55 espèces de Chênes, 15 appartiennent aux types américains et 5 seulement à ceux de la Méditerranée. Les premiers étaient les plus abondants et les plus répandus en Europe à l’époque miocène. A côté d’eux croissaient quelques Aunes, des Bouleaux, des Ormes, et dans les endroits marécageux de nombreuses Myricées formant des buissons toujours verts. Les 1 7 espèces de Figuiers de l’époque miocène sont indiennes et américaines, aucune ne ressemble aux types européens, et les nombreuses Laurinées présentent encore avec plus d'intensité ce caractère tropical. Le Tulipier est très-répandu, ainsi que plusieurs Myrtes et des Tilleuls ; ces derniers aussi avec un type exotique. La flore actuelle de la Suisse et de l’Allemagne ne possède que 5 espèces d’Érables; la flore miocène en avait 20, toutes différentes des premières et avec prépondérance de formes américaines; à côté d’elles croissait un Savonnier de Surinam ( Sapindux falcifolius). Les halliers des forêts et les bocages le long des fleuves étaient formés en grande partie par des Célaslrinécs aux feuilles coriaces, par des Rhamnécs et des Ilicinécs toujours avec prédominance de formes exotiques. Les Noyers étaient plus abondants que dans les forêts actuelles de l’Amérique du Nord ; les Rosacées herbacées, si nombreuses dans notre flore actuelle, manquaient complètement à l’époque miocène. L’Aubépine, le Prunier et l’Amandier ressemblent aux espèces vivantes d’Europe. Les Légumineuses ofTrent aussi un mélange de types indigènes et exotiques. La flore miocène de la Suisse nous présente donc 105 espèces du sud des États-Unis, 85 du nord du même pays, 40 de l'Amérique tropicale, G du Chili, 58 de l’Europe centrale, 79 de la région méditerranéenne, 25 de la zone tempérée asiatique, .45 de la zone chaude et 40 de la zone torride du même continent, 25 des îles de l’Atlantique, 20 d’Afrique et 21 de la Nouvelle-Hollande. Ce mélange remarquable de formes, dispersées aujourd’hui à de grandes distances, doit être considéré comme le caractère principal de la flore miocène, et il reparaît dans les autres localités tertiaires avec des nuances plus ou moins marquées.
Les animaux fossiles appartiennent à toutes les classes et donnent une idée très-frappante de la grande concordance spécifique, dans les degrés inférieurs, entre cette période écoulée durant la formation des couches tertiaires et l'époque actuelle. Presque jamais, quelques Mammifères exceptés, on ne trouve dans ces strates, tant anciennes
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que jeunes, une soute famille cl encore moins un seul groupe supérieur manquant absolument aujourd'hui. Les genres seuls peuvent manquer ou apparaître dans l’une ou dans l’autre période. L'âge actuel n’a pas toujours l’avantage du grand nombre, souvent même, comme pour les Pachydermes par exemple, il est pauvre auprès de l'époque antédiluvienne; et lorsqu’il l’emporte sur celle-ci par la richesse des formes, c'est seulement dans les types les plus parfaits et les plus élevés qu'il obtient celte supériorité. Il faut donc le considérer comme une époque de progrès et se consoler d’une pauvreté qui, à la rigueur, peut-être considérée comme un avantage. Il existe donc toujours une différence importante entre l’organisation tertiaire et celle d’aujourd'hui, différence qui ne devient réellement profonde que lorsqu’on compare entre elles les mêmes régions aux deux époques. Les différences de zones et de régions géographiques, si marquées aujourd'hui, existaient alors, mais à un moindre degré. Ainsi, pour ne citer qu’un fait, on trouve dans les couches tertiaires des Chevaux, des Rhinocéros, des dépliants et des Mastodontes sur l’hémisphère oriental, comme sur l'occidental, tandis qu’aujourd’hui les derniers manquent sur les deux continents à la fois et que les trois premiers ne vivent que sur le continent oriental. Cet exemple n'est pas le seul, il en existe beaucoup d’autres semblables, qui prouvent la grande ressemblance de l’organisation sur les deux continents, du moins dans l’hémisphère boréal. Nous avons déjà eu occasion de formuler ce résultat en parlant des plantes tertiaires. Cependant, il ne parait pas s’appliquer aussi bien à toutes les contrées de la Terre existantes alors, et notamment il devient très-incertain pour les régions méridionales. Dans cette direction, les espèces tertiaires se séparent nettement en formes orientales, et formes occidentales, surtout dans les familles qui, comme les Édentés et les Marsupiaux, vivent encore aujourd’hui sur leur territoire natal trèslimité. Les Paresseux grimpeurs et fouisseurs de l’époque tertiaire, aujourd hui éteints , n’ont été observés que dans les couches tertiaires de l’Amérique; les Marsupiaux herbivores habitaient alors, comme aujourd hui, seulement la Nouvelle-Hollande et pas une autre contrée. L époque tertiaire, quoique moins uniforme que la période secondaire, n’est pas cependant, au point de vue organique, aussi variée et aussi parfaite que l äge post-diluvien actuel de notre Terre. Passant maintenant à l'examen de chacune des classes en parli-