CHAPITRE XXVI
sivement à l’époque tertiaire, car un huitième seulement existe en même temps dans la craie. Le rapport numérique de ces genres, au point de vue de leur distribution dans les quatre ordres dont nous avons toujours eu à nous occuper jusqu’ici, présente une analogie frappante avec l’époque actuelle; en effet, 9 d’entre eux seulement sont des Brachiopodes, 12 des Céphalopodes, 1 70, au contraire, des Gastéropodes , et plus de 1 20 des Comiopodes . Les Gastéropodes dominent donc sans conteste, et parmi eux les Zoophages, rares jusque-là. Aucune époque antérieure n’a possédé une richesse approchante de Gastéropodes d’eau douce et terrestres. Nous avons déjà fait voir (p. 289) comment ces rapports se modifient dans le cours de l’époque tertiaire, suivant l’âge plus ou moins ancien des couches. Parmi les formes les plus remarquables des périodes antérieures, on ne retrouve plus le groupe Delthyris, que nous avons déjà perdu dans la craie, ainsi que les Rudistes; les Trébérntules proprement dites, sont peu nombreuses, environ 16 espèces, et la plupart lisses et chétives, telles qu'on les voit aujourd'hui, ainsi que dans la craie et même déjà dans le muschelkalk. Outre cela, on ne rencontre plus que des genres vivants encore, tels que les Unguia , les Crania et les Orbicula. Des trois époques que nous venons de nommer, lit tertiaire est encore la plus défavorable pour les Céphalopodes. Les Bélemnites et les Ammonites de la craie sont disparues comme aujourd’hui ; les Nautilus, proprement dits à cloisons lobées, qui, de même que les Clyménies, existent encore, apparaissent au contraire. De même que ces dernières forment le passage aux Ammonites dans les temps primitifs, ainsi font les Nautili (A/kria ou Aganuies) dans les époques récentes; ils établissent la continuation d’une famille dans une autre pendant deux périodes, et prouvent très-clairement la tendance à effacer les oppositions entre les espèces par des formes intermédiaires. Les genres Beloptera et Belosepia jouent un même rôle d’intermédiaires entre les Sépias proprement dites cl les Ilélemnites ; en effet, leur os dorsal, long et étroit, qui représente le grand cône des Bélemnites, supportait un rostre calcaire, petit et à une seule courbure, dont la cavité conique interne était munie, chez les Beloptera, comme chez les Bélemnitcs, de cloisons et d’un siphon. Toutes les espèces de ces deux genres sont fossiles et particulières aux étages tertiaires inférieurs (calcaire grossier). 11 faudrait donc reconnaître aux Céphalopodes
de culte période une certaine autonomie, du moins par rapport aux époques plus anciennes' • •
Les Articulés jouent, à l’époque, tertiaire, comine dans toutes les précédentes, un rôle très-subordonné : ce qu’il faut plutôt attribuer à la nature molle, extrêmement fragile de leur corps très-petit, qu’à leur grande pauvreté dans les temps géologiques. On ne connaît assez exactement que les Crustacés revêtus de cuirasses pierreuses, et les Insectes conservés dans l’ambre jaune et diverses marnes d’eau douce. Les Fers manquent complètement, à l’exception de nombreux tubes de Serpules. Les Crustacés, au contraire, ont de nombreux représentants appartenant à toutes les divisions principales des formes actuelles. Nous avons rencontré dans la craie
• Los recherches poursuivies sur les coquilles tertiaires dos divers pays apportent tous les jours «le nouvelles espèces, mais elles ne moditient nullement les résultats généraux acquis. Les coquilles te ilia ires les plus nouvelles sont, en général, très-rapprochées «les espèces vivant actuellement dans les mêmes lieax, et un grand nombre même sont identiques pour les deux c|mm|ucs, en admettant «ju ‘elles habitent le même élément. Lorsqu’on rencontre des coquilles fossiles marines dans des lieux qui aujourd'hui sont éloignés de la mer, il ne faut pas chercher nu même endroit une cs|>ècc vivante analogim, mais seulemeut dans les mers les moins distantes. Ou a constaté ce Tait intéressant, que ces coquilles marines se retrouvent aujourd’hui hnhilant des mers situées plutôt nu sud qu’au nord Les coquilles tertiaire* du nord «le l'Allemagne en sont un exemple frappant : très- peu d'entre elles vivent aujourd'hui dans les mers «lu Nord et Ihiltiqu«1, tandis qu’un b«‘aucoup plus grand nombre existent «lans la Méditerranée. Cette circonstance surprend moins lorsqu'on remarque que la ressemblance de ces coquilles avec celles du terrain tertiaire supérieur d’iUlic formation des Apennins) est beaucoup plus grande qu'avec celles qui vivent actuellement dans ht Méditerranée, et, «l’un autre côté, elles sont plus éloignées du tertiaire inférieur du bassin de Paris que de l’époque actuelle. Au contraire, les coquilles marines «lu tertiaire supérieur des diverses localités de l’Europe centrale offrent entre elles une très-grande concordance presque parfaite. Les coquilles terrestres et d’eau douce sont moins généralement répandues dans les couches tertiaires et ne se prêtent point aussi bien a des déductions générales, l a vallée du IUiin possède dans le loess une formation d’eau douce puissante et très-rapproebée de l’époque «lu diluvium ; elle renferme de nombreux individus de coquilles terrestres et d’eau douce, mais très-peu d’espèce* différentes. O sont, en général, des Mollusques qui vivaient dans les régions forestières humides et ombragées, dans des montagnes fraîches et qui prouvent clairement «pie le loess a été formé par les eaux des Alpes, l a plus grande majorité existe encore, mais beaucoup seulement «buis la Suisse : le nombre de celles qui manquent actuellement dans les deux localités est p«Hit,il atteint à peine à 1 douzième «lu nombre total. Au-dessous du lo«*$s, suivent les couches marines tertiaires du bassin de Mayence (p. 504', qui renferment 270 espèces différentes de coquilles : 7U environ sont des Limaces terrestres et 2K d’eau douce : 10 seulement des Limaces terrestres sont encore vivantes dans la même contrée cl 41 ont complètement disparu d’Europe. Cet étage n’n que quatre espèces communes avec le loess. — Tous ces laits nous ramènent donc ù celte conclu sion d«*jà plusieurs f«>is formulée : la ressemblance du présent avec le passé est d’autant plus grande que le |«oiut comparé est plus rapproche, d’autant moindre qu’il est plus éloigné. En outre, In comparaison du monde organique le plus récent de l'époque tertiaire avec celui d'aujourd'hui prouve encore qu’une température plus chaude a précédé immédiatement notre climat actuel très-tempéré.