CHAPITRE XXVI
sont aussi celles qui aujourd’hui offrent la plus grande richesse en espèces et en individus. Lours débris existent dans les divers dépôts marins et lacustres, dcpids les plus anciens jusqu’aux plus récents de l’étage tertiaire. Un des gisements les plus anciens et les plus riches est la marne du Monte Ilolca, près de Vérone, appartenant à la formation nummulitique : on en a décrit 80 genres, renfermant 150 espèces bien déterminées. Parmi les genres, 50 vivent encore actuellement, et les 50 autres ne sont représentés par aucune espèce dans nos eaux modernes. Le schiste noir du canton de Glarus (p. 29 1 ) a donné 55 espèces, qui presque toutes sont des Acanthoplérigicns et quelques-unes des Harengs et des Saumons ; toutes se rapprochent beaucoup des formes actuelles. Parmi les 15 genres que l’on a constaté dans les 52 espèces de la marne d’Œningen, 12 vivent encore dans les eaux de la Suisse; mais aucune des 25 espèces qu’ils comprennent n’est identique avec les vivantes ; quelques-uns des autres nous offrent des formes américaines, comme chez les Insectes et les plantes. La plupart des formations tertiaires contiennent des dents de Squales et de Raies, qui se classent, en partie dans des genres éteints, en partie dans des genres vivants.
Les Reptiles , qui jusqu’ici ont formé la classe de Vertébrés la plus intéressante des époques antédiluviennes, ne conservent plus qu'une faible partie de leur originalité, leurs formes bizarres, ainsi que je l’ai déjà dit, passant dans la classe des Mammifères avec la période tertiaire. En somme, cette époque a été beaucoup plus pauvre eh représentants de ce groupe que les âges précédents, et les rapports numériques de cette classe avec les autres présentent une grande concordance avec l’époque actuelle. Les grands monstres marins que les couches jurassiques et une partie des étages crétacés nous ont conservés, manquent ici; au contraire, les Reptiles terrestres et d’eau douce, rares jusqu’ici, deviennent communs. Les derniers se rencontrent ordinairement dans des couches autres que celles des Poissons, et prouvent ainsi qu’ils vivaient dans un milieu différent. Sur 40 genres, avec près de 100 espèces que l’on connaît dans les formations tertiaires, beaucoup sont des Tortues, plusieurs des Lézards crocodiliens, quelques Serpents, beaucoup de Batraciens et d’autres Reptiles nus. Mais la plupart ne nous sont parvenus qu'en fragments trop incomplets pour qu’il soit possible d’établir ou de nier Peur identité spécifique avec ceux qui vivent
aujourd'hui. Nous no nous arrêterons donc un peu que sur quelques formes particulièrement intéressantes. Sous ce rapport, nous devons donner notre attention avant tout au squelette d’une Salamandre gigantesque ( Cryptobranchux dihiviitnus neu primigenim, Proteocordylus diluvii , Andrias Scheuchteri ) qui a longtemps été
i|î. lit. — 1. Crf/ptobraHchu» JafwnicuM (Salamandra ni <1x1 ma, Schlcg.), le squelette avec le» contour» do l'animal; ± crû ne du Cr. primigenim d'en ba«; a. maxillaire »upérieiir ; b. maxillaire inférieur; c. vnmer ; d. w »pbénoîdal ; e. os palatin; f. occipital; ii. corne- de Po- hyoïde ; kk. o* tyinpanal ; l. omoplate.
considéré comme un squelette humain, d’après l’ancienne description (17 20 ) qu’en avait fuit Schcuchzer et dont on déduisait la démonstration irréfutable de l'existence de l’homme antédiluvien. Cette erreur, si bizarre qu’elle puisse nous paraître, était cependant possible, parce que le squelette de la queue et les extrémités des membres manquaient, et que par conséquent il eût fallu une élude ostéologique minutieuse pour faire connaître la vraie organisation de l’animal à l’aide do ces os tronques. Cuvier y reconnut du premier coup d’icil une Salamandre, lorsque déjà P. Camper avait démontré son caractère de Reptile, mais en croyant y vojr un Lézard;