CHAPITRE XXVI
genre Cervus; mais les Chevaux ni les Ruminants n'avaient une taille plus grande que de nos jours : il faut donc admettre que c’était uniquement par leur multiplicité énorme que les Herbivores pouvaient satisfaire aux besoins de ces Carnassiers.
Les Cétacés ou Mammifères à deux nageoires, par lesquels nous commençons le tableau systématique de la classe, ont été observés plusieurs fois dans les couches marines; cependant ils sont rares, à l'exception d’une seule espèce. Autant que nous les connaissons, ils ne s’écartent pas essentiellement dans leur conformation générale des formes vivantes, mais présentent des différences de détails qui tantôt sont génériques, tantôt affectent un degré plus élevé. On ne connaît de restes de Cétacés à fanons (Balænodea) que dans le diluvium; mais les Cétacés pourvus de dents (Be/p/iinodea) apparaissent déjà dans le tertiaire inférieur. C’est à ce groupe qu'appartiennent les genres Zi phi as et Zeuglodon. Le premier possédait la même conformation générale que le Dauphin sans dents, et d’après Dlainville, ne doit pas être séparé du genre Hgperodoon. On a trouvé à Anvers, dans le lit de l’Escaut, un crâne de cet animal enfoui profondément au-dessous du lit actuel de la rivière; le crâne d’une seconde espèce a été découvert sur les côtes de la Méditerranée, et dans ces derniers temps, on a constaté son identité avec des exemplaires vivants. D’autres débris de Dauphins ont été trouvés dans les couches miocènes. Nous devons notre attention surtout au Zeuglodon, animal dont les noms sont aussi nombreux que les lieux dans lesquels il a été découvert tBnsilosaunis Harlan, Dorudon Gibbes, Squalodon Gratcloup, Hydrarchos Koch), et que chaque savant a déterminé d’une manière différente. Harlan le considérait comme un Saurien, et cette opinion a été reproduite depuis par Carus et Kcichenbach; Owen, qui lui a donné le nom adopté par nous, reconnut le Mammifère à ses dents, le Célacé à ses vertèbres, et nous arrivâmes au môme résultat J. Millier et moi, en étudiant les ossements recueillis par Koch, durant leur exhibition à Berlin et à Lcipsick. Le Zeuglodon avait le tronc d’un Cétaeé, mais un peu plus élancé, et son crâne réunissait, d’une manière curieuse, des rapports ostéologiques communs aux Phoques et aux Cétacés. Depuis l’occiput jusqu’au front la tête était conformée comme chez le Phoque; niais la région frontale s’élargissait au-dessus des yeux, absolument comme chez les Cétacés, et séparait ainsi en partie la
cavité orbitaire de la grande et large fosse temporale. Aux frontaux élargis se soudaient des maxillaires supérieurs également très-larges; mais la région du nez perdait le caractère des Cétacés pour prendre celui des Phoques. La dentition ressemblait dans ses traits essentiels au type dentaire des Phoques proprement dits, tandis que les mâchoires, surtout, l’inférieure, offraient plus d'analogie avec celles des Dauphins. De grandes molaires du maxillaire inférieur et une canine, dont nous donnons le dessin (fig. 54. — i et 2), sont les restes que l'on retrouve le plus souvent, et c'est à elles que font allusion les divers noms imaginés par les naturalistes. Le terme Zeuglodon rappelle l’étroite commissure qui existe entre les deux alvéoles des dents molaires ; Dorudou indique la forme en pertuisane de la couronne; Squalrdon fait allusion à la ressemblance avec les dents de Squales. Les termes Basilosaurus et Hydvarchos n’expriment rien de caractéristique de l’animal, et sont les dénominations les moins appropriées; car il n'est ni un Lézard, ni plus grand qu’un Cétacé, bien qu’il ait pu être plus vorace et plus terrible pour son entourage. Il avait, dans son aspect, beaucoup de commun avec les Cétad" trugiudon crinidrt. mais le corps plus élancé et la tète beaucoup plus petite, ainsi que les nageoires plus petites aussi (on ne sait si elles étaient au nombre de deux ou de quatre), lui donnaient une physionomie de Dragon. Mais il ne faudrait pas pour cela aller chercher le fabuleux Serpent de mer dans le Zeuglodon, comme les journalistes l’ont si souvent affirmé pendant l’exhibition des ossements. Cet animal n’était nullement un monstre mythique, comme ces Dragons et Serpents de mer, mais il a existé réellement, bien qu'il soit éteint depuis des milliers d'années. Un recueille ses ossements dans des couches marines appartenant à la période du tertiaire inférieur et on les a trouvés jusqu’ici surtout dans diverses localités du sud des Etats-Unis de I Amérique du Nord et plusieurs fuis dans le bassin de la Méditerranée. Cet animal habitait sans doute la région tropicale de tout l'Océan boréal.