CHAPITRE XXVI
Le genre Palseotherium 1 forme le passage des Rhinocéros aux Tapirs. Ces Tapirs fossiles et le gçnr eLophiodon constituent un. groupe naturel, assez bien circonscrit et que l’on place ordinairement entre les Porcs et les Rhinocéros. Ce groupe est représenté actuellement par le seul genre Tapirus , qui se distingue des précédents sur beaucoup de points. Un corps couvert de poils épais et courts, un nez allongé en forme de trompe, quatre doigts en avant, trois en arrière, et une dentition caractérisée par six incisives à chaque mâchoire, des canines courtes cl persistantes et sept molaires composées de deux tubercules transversaux, tranchants et isolés, constituent les propriétés génériques les plus importantes. Parmi les trois espèces vivantes, deux sont de l'Amérique du Sud, la troisième des Indes; les espèces fossiles liahitaient dans ces mêmes contrées et en Europe. Dans ce dernier pays, on en a déjà reconnu trois espèces de l’époque tertiaire, mais les fragments, trop incomplets, ne permettent guère de les comparer avec les vivantes. On connaît mieux les deux autres genres Lophiodon et Palæotherium. Le premier avait une dentition entièrement analogue à celle du Tapir, à cela près que la molaire inférieure du fond de la bouche était pourvue de trois tubercules transversaux. Ses espèces appartiennent au tertiaire moyen. Le genre Palæotherium offre dans la denliiion de grands rapprochements avec le Rhinocéros, mais la tête et l’aspect général se rattachent plus au Tapir. Les pieds seuls différaient, car, en avant comme en arrière, il y avait trois doigts inégaux, un grand au milieu et deux petits sur les côtés, et quelquefois il en existe un quatrième rudimentaire, beaucoup plus petit et placé en dehors. Cuvier avait déjà distingué dix espèces de ce genre, provenant presque toutes des carrières de gypse de Montmartre, et de nouveaux paléontologues en ont encore ajouté quelques-unes. Leur taille varie depuis celle du Lièvre jusqu'à celle du Cheval. Les Paléothériums ne paraissent peint avoir existé hors d’Europe; du moins on n’en connaît de traces dans aucune autre contrée. Ils étaient répandus principalement dans les régions occidentales de l’ancien continent, et ils ne dépassent guère en haut les couches du tertiaire moyen; leur principal gisement est le terrain tertiaire inférieur de France.
L’Hippopotame, isolé an milieu des Pachydermes, se distingue
1 Les petites Marmottes du Cap (Hyrax ) représentent ce passage cl c<irrc*|K)udent comme formes analogues à certains genres éteints.
par scs formes massives et colossales, par son large mufle, par ses quatre incisives écartées à chaque mâchoire, par ses grandes canines, ses yeux et ses oreilles extrêmement petits, et enfin par quatre sabots de grandeur égale à chaque pied. Sa peau est presque absolument nue et lisse. L’unique espèce vivante habite les régions marécageuses des grandes rivières de l’Afrique, et rap]>ellc par son corps massif le Rhinocéros, et par les os de la tète le porc d’Afrique ( Phucochœrus \ à large museau. Les dents aussi ont le type porciforme. L’époque tertiaire possédait plusieurs espèces bien déterminées de ce genre; l’une (H. major ) est très-répandue dans les couches diluviennes de l’Europe et très-rapprochéc de l'espèce vivante, tandis que l’ilippopolame d’Asie des couches tcrliaircs les plus récentes avait six incisives et n’a été trouvé jusqu’ici que dans les Indes, au pied de i'Ilimalaya.
Le groupe des Porcs, caractérisé par de grandes canines crochues qui sortent de la bouche, par des molaires à plusieurs tubercules et eu nombres différent«, par un nez tronqué avec bords relevés, par des doigts inégaux aux pieds et une fourrure épaisse de poils, se décompose aujourd'hui en quatre genres appartenant aux quatre grandes parties du Globe. Le continent oriental possède les Porcs proprement dits (Sus) pourvus de 7 molaires et semblables aux groupes précédents jusqu’au Rhinocéros. L’Amérique du Sud a les petits Pécaris (Dicolyle) à ô doigts aux pieds de derrière et G molaires; l’Asie méridionale, le Cochon-Cerf (Babirussa) , à 5 molaires et peau couverte de poils rares; l’Afrique, le lourd et sauvage Cochon à verrues (Phacochœrus) , portant de grandes verrues calleuses sur les joues et pourvu d’une dentition non persistante. On trouve quelques os fossiles de fores dans lus dépôts diluviens, mais ils sont assez rares ; au contraire, on rencontre dans diverses couches tertiaires plusieurs genres de Cochons qui étaient analogues aux formes vivantes, sans leur correspondre exactement. Tels sont les genres Adupis , llyutherimn, Chæropotamus , Hyracothcrium'el Anthracotherium. Ce dernier genre est allié au Lnphiodon et sert de passage aux Tapirs. Les fragments, peu nombreux et très-imparfaits, ne nous permettent point de mieux donner la caractéristique des divers types; nous nous hâtons donc de passer au dernier membre des Pachydermes, les intéressants Anoplotherium, qui forment la transition aux Ruminants.