CHAPITRE XXVI
Cuvier désigna par le nom d’ Anoplotherium un genre provenant du fond du bassin de Taris, des carrières de gypse de Montmartre, dont les espèces paraissent avoir été les plus anciens Mammifères terrestres de l’époque tertiaire et qui, peut-être pour ce motif, réunissent les caractères et les propriétés des Pachydermes, des Ruminants et des Chevaux. Par la conformation de la tète et par le type dentaire, ils sont alliés aux deux derniers genres, mais, par le nombre 7 des molaires (le Cheval et les Ruminants n'en ont que 6), ils sç rapprochent des Pachydermes. Les incisives étaient au nombre de (i aux deux mâchoires, comme chez le Cheval et le Tapir, et leurs canines, courtes et coniques, existaient aussi : mais ce qui rend la dentition de Y Anoplotherium si remarquable, c’est la série ininterrompue de dents placées les unes à' côté des autres, dont aucun animal ongulé ne nous fournit plus d’exemple aujourd’hui*. L’ouverture nasale du crâne répond à un mutlc de Cheval, et par conséquent les Anoplothéricns ne possédaient point de trompe comme leurs contemporains les Paléothéricns. La conformation du tronc varie avec les espèces ; quelques-uns (les Anoplothéricns proprement dits) se rapprochent plus de la forme lourde des Pachydermes, mais leur queue, longue et forte, pendante jusqu’à terre, ne s’accorde plus avec ce type. Cuvier les considère, à cause de cela, comme des animaux de marécages qui nageaient et se servaient de leur queue comme de raine ou de gouvernail. Une autre espèce ( Xipho don tjracile) avait la forme élancée et gracieuse des Cerfs avec leur queue courte, mais des membres encore plus élevés, afin de pouvoir se glisser facilement dans les fourrés et passer par-dessus les buis- sons. Enfin la majorité des espèces (Dichobune) ressemblaient pour la taille aux Lièvres, aux Chèvres et aux Chevreuils, et étaient peutêtre les habitants des champs de celle époque. Avec cette variété de forme, la dentition, ainsi que la composition des pieds, présentent des modifications, mais plus grandes pour les derniers. Tous les Anoplothéricns avaient deux doigts égaux, comme les Ruminants, et les os du métatarse séparés, comme les Pachydermes; chez les Ruminants ces os se soudent ensemble pour n’en faire qu’un. A côté des deux doigts, le tarse porte les traces de doigts plus petits qui manquent complètement seulement chez les Xipho don, se trou-
1 Le ponre «le Humiliants Dorcathrrium de l’époque lerliairc moyenne, établi par Knup cl pourvu «le 7 molaires, offre le même caractère.
(iin HISTOIRE UK LA CRÉATION.
vent chez les Anaplotherium eu avant et du côté interne, et chez les Dichobune prennent la forme de doigts accessoires complets. A cet égard, le pied des Dichobunes se rapproche de celui des Cochons, celui des Anoplothériens typiques de celui des Chevaux, qui, eux aussi, possèdent, en avant comme en arrière, des os métatarsiens rudimentaires aux deux côtés du doigt principal. Malgré ces ressemblances, le pied de tous les Anoplothériens est un véritable pied de Pachyderme,' à cause des grands os métatarsiens séparés, et nous devons d’autant plus le remarquer, que la jambe appartient complètement au type ruminant, puisqu’elle n’est composée que d’un seul os et non de deux (tibia et péroné), comme chez les Pachydermes. Le Cheval forme, à ce point de vue, l’anneau intermédiaire ; il a un tibia complet, mais un péroné tout à fait atrophié, qui ne survit qu’à l’état rudimentaire représenté par l'os styloïde. Toutes ces particularités établissent la grande affinité qui existe entre le Cheval et et les Anoplothériens, et peuvent servir aussi à relier le premier avec les Pachydermes, comme Cuvier le voulait lairc.
La grande famille des Ruminants est d’origine récente, et ne sc trouve fossile que dans le diluvium et le second étage principal de la formation tertiaire. Leurs ossements ressemblent, au fond, assez bien aux formes vivantes ct-indiquent des espèces, sinon identiques au moins correspondantes. Parmi ces débris les plus fréquents et enfouis les plus profondément, on trouve surtout des bois de Cerfs qui se rattachent tantôt à des espèces vivantes, tantôt n’existant plus. Ce dernier cas est celui d’une grande espèce (Cervus meijacerusi que l’onrencontrc fréquemment dans les tourbières d’Irlande. 11 tient le milieu entre le Daim et l’Élan, et sc rapproche d’eux surtout par l’absence de canines. On trouve fréquemment aussi des os de Rennes; ils ressemblent à ceux des espèces vivantes à un si haut degré (pie l’identité en est très-probable. Reaucoup de cavernes et de brèches sont remplies de leurs ossements. D’autres espèces de Cerfs qui, à cause de particularités insignifiantes dans les dents, ont été décrites comme des genres à part (Palæomeryx, Dorcatherium) et des espèces du genre Mosçluis, limité actuellement à l’Asie, se montrent dans les strates miocènes les plus diverses de l'Europe. Le Ruminant fossile le plus intéressant est d’ailleurs le Sivatherium, animal analogue à la Girafe, niais rappelant les Pachydermes par sa conformation trapue. Son crâne a été trouvé au pied de l’iliuia-