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l’Homme vivait déjà dans nos contrées à l’époque du diluvium, à côté du Mammouth, de l’Ours et de l'Hyène des cavernes, du Hhinocéros tichorrliinus et de tous les autres grands quadrupèdes de cet âge, mais qu’il appartenait à une race différente, par sa conformation, des générations actuelles.
Celle haute et importante découverte écarta tous les sujets de doute qui cvistaient encore. Les produits de l’industrie humaine, découverts en grand nombre depuis 1X46 par Boucher de Perthes, entre Abbeville et Amiens, dans la Picardie, à la partie inférieure d’un puissant dépôt de diluvium, et qui se composent en grande partie d’instruments de silex taillés et aiguisés, acquirent une grande importance comme témoignage de l’existence de l’Homme |>cndant l’âge du diluvium, caractère que la plupart des savants leur avaient refusé jusque-là. L’attention générale se porta dès lors sur ce gisement extrêmement riche, et la continuation des recherches ne lit que confirmer l’authenticité diluvienne des objets trouvés. Une commission, composée de savants français et anglais, se prononça, malgré les doutes de leurs adversaires, pour l’antiquité diluvienne du gisement; et un maxillaire inférieur humain, qui y avait été trouvé, fut reconnu comme incontestablement fossile. Depuis lors la question est sortie du domaine de la controverse et du doute ; et c’est un fait acquis et certain que l’Homme vivait déjà sur la Terre avant l’époque actuelle, et que ses descendants actuels diffèrent de leur prototype primitif, absolument comme les grands animaux fossiles contemporains s’écartent spécifiquement de leurs représentants actuels.
Afin de mieux convaincre les lecteurs qui pourraient encore conserver quelque doutes, nous mentionnerons, comme le plus curieux des produits de l’industrie humaine antédiluvienne, (me plaque d’ivoire, sur laquelle est gravée très-nettement la ligure d’un Éléphant. On ne peut la rapporter à aucune autre espèce du genre Elephas, qu’au Mammouth du diluvium, l'Elf plias primujenws , éteint aujourd’hui. Le dessin montre très-clairement les longues soies rigides sur les joues, le cou et la région abdominale qui caractérisent celte espèce, et la forte courbure des défenses sur la figure ne convient qu’aux Éléphants primitifs1. L’artiste avait évidemment le
* Consulter les Annules des science» nalurftlcs [aoologic), 5* série, t. IV, pi. 0, el l'appréciation de Itimnll, I. V, p. 280 et suiv. »
CUAI'ITRE XXVIII.
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Mannnoiith devant les yeux, lorsqu’il gravait sa représentation sur la plaque d’ivoire que nous possédons aujourd’hui. Nous osons même affirmer que ce même artiste était un habile chasseur de Mammouths, qui détacha d’une de scs victimes, comme trophée, un fragment d’ivoire des défenses, pour y graver l'image du monstre abattu et donner à scs compagnons un témoignage de sa grande et double habileté. C.c n’était, en effet, pas une mince opération à cette époque de tuer un Mammouth avec de misérables instruments, ou meme seulement de tailler, après la mort de l'animal, une plaque d’ivoire sur une défense et de la bien polir, pour y graver la ligure de ranimai en traits si nets, qu’après plusieurs milliers d’années, elle se dessine encore avec une grande clarté.
Après des témoignages de cette nature, l’observateur le plus dillicilc ne conserve plus aucun doute ; il reconnaît que l'Homme existait déjà avant la période actuelle ou période historique de son espèce, tout en faisant des réserves sur la valeur d’une partie des preuves invoquées pour démontrer ce fait. Ainsi les traces de pas d’Homme, que l’on a découvertes empreintes sur d’anciens sédiments de l’Amérique du Nord, sont l’œuvre des tribus d’indiens errants; et les ossements humains trouvés dans les aliuvions de la vallée du Mississipi à Natchez, examinés soigneusement par Lyell, sur le lieu et l’emplacement, appartiennent aux races actuelles, bien que ce savant, s'appuyant sur cette épreuve, aille beaucoup trop loin en mettant en doute l’existence préadamique de l’IIomme en Amérique. Le fait, observé par Lund et cité plus haut, répond trop bien aux découvertes les plus récentes faites en Europe, pour qu’il soit permis d’élever des doutes fondés sur son exactitude. L’espèce humaine existait ‘simultanément, avant l’époque actuelle, sur les deux continents occidental et oriental , et on n’a aucun témoignage plausible pour la faire émigrer de l’un à l’autre. Le nouveau momie, sous ce rapport comme sous tous les autres, est mal dénommé; car, au point de vue géologique, il n'est pas plus jeune que l’ancien.
Maintenant qne nous avons résolu la question de la haute antiquité de l’Homme, nous allons aborder le problème encore plus difficile de l’unité de son espèce et de sa prétendue descendance d’un seul couple. Tout le monde sait que les Juifs, dans leurs mythes cosmogoniques, aflirment cette descendance; ils font d’Adam et d’Èvc les antiques aïeux de la race humaine (Moïse, I, cap. i, v. '21),
et, d'après une tradition |H!ut-ètre plus jeune (ibid, cap. u, v. ‘il), Eve liait d’une côte d’Adam. Sans doute cette antique légende dans sa forme n’a aucune prétention à une valeur scicntiliquc ; et par cela même il vaudrait peut-être mieux la passer sous silence dans les ouvrages sérieux; mais l'attention générale que ce mythe a trouvé jusque chez, les écrivains scientifiques nous oblige d'en parler ici. Depuis longtemps on a, en effet, admis dans la science, comine un fait positif, que les peuples de la Terre appartiennent, dans le sens des sciences naturelles, à une seule et même espèce, et que, par conséquent, ils doivent descendre d’un seul couple primitif. Mais l'histoire naturelle enseigne et affirme en même temps l'immutabilité de l’espèce une fois ses propriétés ou caractères distinctifs fixés, et coulrcdil donc l'unité spécifique de la race humaine. Elle n’offre pas, en effet, dans tous ses représentants la même constitution physique; mais on y constate des différences profondes dans la conformation de la tête, la nature des cheveux, la couleur de la peau, le port général et le rapport des parties isolées à l’ensemble. Ce sont donc des objections directes que nous avons à examiner. Les caractères de l’espèce doivent être constants et invariables ; efla race humaine présente, malgré son unité spécifique, des différences dans ses divers représentants complètement semblables à celles qui existent entre les diverses espèces d'animaux.
Un a tenté de lever cette difficulté au moyeu de la théorie de la variabilité de l’espèce déjà avancée par Lamark,el qui, dans ces derniers temps, a été renouvelée par Darwin. D'après cc naturaliste, l’espèce, soumise à des conditions extérieures différentes, peut se transformer peu à peu ; en sorte que, dans le cours de l’évolution géologique, des formes, qui primitivement ne se distinguaient nullement l’une de l'autre, se sont divisées en de nombreuses espèces différentes et à caractères distincts. L’unité spécifique de la race humaine, en suivant cette voie, s’est dissoute en une multiplicité de types variés. On est même allé jusqu’à considérer la différence positive qui existe entre lTIomme et le Singe dans l’anatomie du pied, comme une modification d’un type primordial *, et à regarder sérieusement l'Homme comme un Singe modifié et perfectionné*.
1 Consulter, à ce sujet, mon mémo ire sur le pied humain, dans les Geol, Mildern, cli. L
58 On trouvera une réfutation du darwinisme dans mou livre intitulé ; Der Mensch, p. 4i8-ü>5. Leipsick. 1808. — G.