‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 275 sur 295 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Nous nous .sellions pou portés à accorder noire assentiment à cette hypothèse, si ingénieuse qu elle puisse paraître à un grand nombre de personnes. Comme naturaliste exact, nous affirmons que les problèmes de cette nature sont en dehors du domaine d’une saine expérimentation, et qu’il vaudrait beaucoup mieux s’occuper de ce que nous pouvons connaître scientifiquement et le soumettre à un examen positif, que de s'attacher à des conjectures qui échappent à l'observation. L'Homme et le Singe se distinguent aujourd’hui l’un de l'autre zoologiquement et psychologiquement ' ; et comme nous ne pouvons pas laisser renverser le principe de l’invariabilité des caractères spécifiques sans bouleverser en même temps toute la zoologie scientifique, nous avons toute raison de croire que leurs différences ont existé primitivement et de tout temps, et qu’elles subsisteront aussi dans l’avenir.

l’our démontrer la variabilité de l’espèce, on invoque surtout l’exemple de nos animaux domestiques et leurs diverses races créées et modifiées par l’éducation. Il est bien certain que l’art et un traitement prémédité ont contribué sûrement à la multiplication des races domestiques, cl qu’un certain nombre d’influences locales produisent des effets non moins intenses; mais il est toujours trèscontestable que cela suffise à démontrer la variabilité des caractères spécifiques. En effet, les races domestiques, qui appartiennent spécialement à un climat ou à un territoire déterminé, dégénèrent promptement, lorsqu’elles sont transportées dans un autre habitat. Le beau- Taureau montagnard des Alpes ne conserve que là sa physionomie propre. Le Bœuf à grandes cornes, de Hongrie, se modifie lorsqu’il s’éloigne des gras pâturages de sa patrie. Les Moutons espagnols, à la laine si fille, retournent à l'espèce souche, .lorsque leur pureté primitive n'est pas renouvelée de temps eu temps par de nouveaux venus. Mais la race dégénérée elle-même conserve quelques traits particuliers sur le nouveau sol, et elle ne revêt pas complètement le caractère des races indigènes qui y habitent de tout temps. La véritable espèce et la race humaine se comportent autrement. Le type national ne dégénère point, lorsqu’il est transporté

1 Consulter, sur les rnpjKirl » de parenté entiV l'Homme, le Gorille, le Chimpanzé et l'Orang-outang, mou article: Comparaison nnlidarwinienne du crâne humain avec le crâne de l’Oraiig, dans la Zeitschrift f. <jcs. Naturwiss., 1800, l. XXVIII, p. 401 ; Th. Bischof, die Schadet der menschenähnlichen Affen , Munich, 1867 ; et J. C. G. Luca : La main et le pied, dans les Abhandl. der senkenber gischen Gesellschaft, 1865, l. V, 275-335.

fi U HISTOIRE DE LA CRÉATION.

de sa pairie originaire dans une autre contrée, niais il y conserve ses propriétés avec d'autant plus de ténacité qu’elles sont plus saillantes chez les aïeux souche ; ceci a déjà été démontré pour les animaux. Si, dans le laps de temps qu’embrasse nos connaissances historiques, aucun JuiT n’a encore pu prendre le type allemand bien individualisé, en admettant qu’il est d'origine juive bien pure, si purmi les Européens émigrés en Afrique et en Amérique, aucun d’eux ne s’est transformé en Nègre ou en Caraïbe pendant le cours de plusieurs siècles ; pourquoi les descendants d’Adam, qui évidemment |H)ssédaient un certain type de famille, se seraient-ils changés en Nègres, en Papous, en Caraïbes, en Malais ou en Mongoles? On n’a aucune raison à donner ; voilà pourquoi nous attaquons cette théorie. Mais qu’on admette qu’il y eut plusieurs autochthones sur divers points de la Terre, tous modelés sur le même type idéal de l'Homme, ce qui dut nécessairement avoir lieu, vu l’uniformité générale, et il ne subsiste plus aucune difficulté pour expliquer les différences * frappantes. Nous avons déjà vu, en effet (ch. xxm), qu’une grande partie des différences extérieures doit être attribuée à des influences agissant en dehors, auxquelles les créatures furent exposées à l’époque de leur première naissance. Il est tout naturel que i’Hommc ait été soumis à la même loi, en ce qui concerne sa physionomie externe. Mais sa constitution ne présente aucune différence déterminante, c’est-à-dire typique, puisque avec elle l’unité du genre humain deviendrait insoutenable. Tous les llommos ont le même nombre d’organes, le même nombre de dents, de doigts, d’os, de vertèbres; ces éléments se présentent toujours entre eux dans des rapports identiques, au moins pour les parties essentielles; mais ils diffèrent par la couleur, par la taille, par la forme du visage et des extrémités, et par les cheveux, à un degré tel, qu’on le retfouve aussi marqué, seulement chez les races domestiques les plus diversifiées. Un a comparé ensemble ces deux ordres de faits, qui offrent beaucoup d’analogies; et, comme on avait reconnu pour les animaux domestiques que leurs variétés sont d’origine postérieure, on crut pouvoir admettre la même conclusion |k>ur l’espèce humaine, et on considéra les différences de type national comme tes modifications d’une forme primordiale, développées dans le cours du temps. Mais la persistance des différences nationales ne permet point cette solution. D’ailleurs, malgré l’apparente absence de lois dans les varia-

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