CHAPITRE XXVIII
tiens des animaux domestiques, elles obéissent cependant à des règles positives, et, avec quelque habileté, on peut les déduire, clairement des causes premières. Ce fait se manifeste surtout dans la coloration, à propos de laquelle nous allons donc entrer dans quelques détails. Chez les animaux domestiques, où elle se montre sous un aspectsi bigarré, elle ne consiste cependant que dans l’isolement d’un certain nombre de tons simples qui entrent, mélangés ensemble, dans la coloration de presque tous les animaux vivant à l’état sauvage. Chez les Mammifères, sur lesquels je veux surtout appuyer, chaque poil porte, en général, une couleur différente dans ses diverses parties et se montre clair et foncé ; blanc et noir, si l’animal est gris; brun et jaune, lorsqu’il a une couleur gris olivâtre : enfin noir, blanc et jaune, ou encore plus multicolore. Ce mélange constitue, entre autres, le fond de la couleur de toutes les espèces de Chats, et se montre encore chez les Chats domestiques à fond gris jaunâtre avec îles bandes noires et brunes ; mais beaucoup d'individus sont devenus entièrement noirs, blancs ou jaunes; d’autres sont tachetés tantôt de deux couleurs, tantôt de trois. On prétend que cette dernière variété, qui est assez rare, ne convient qu’aux Chattes et jamais aux mâles; mais c’est une erreur, comme l’ont prouvé plusieurs exemples ; cependant ce dicton n’est pas absolument dénué de fondement, car partout les femelles dégénèrent plus vite et plus facilement que les mâles, et par conséquent les Chattes, avec coloration la plus dégénérée, doivent être plus fréquentes que les Chats mâles. Jamais un animal domestique ne présente une couleur différente de celles qui existent mélangées dans le pelage de ses congénères sauvages; et plus l'une ou l’autre d’entre elles domine dans le mélange, plus elle se montre de bonne heure comme couleur principale dans les variétés. Lorsqu’elle a pris la prépondérance chez un individu quelconque, elle va toujours en empiétant de plus en plus sur les autres; et c est ainsi que certaines variétés prennent exclusivement cette couleur, tandis que chez d’autres c'est une autre des couleurs primordiales qui domine1.
1 Nous croyons devoir l'air«* remarquer ici que les trois couleur*, noir, blanc et jaune, avec leurs divers«*« nuances, constituent exclusivement In gamme des couleurs de tous les Mammifères, et que. par leur nu'lwige, elles donnent naissance à toutes les nuances de ces animaux, en n«lim*ttnnt toutefois que le jaune s«* présente, tmitôi comme jaune d«* soufre, tantôt comme jaune rougeâtre ou orange, l.e» variétés de coloration de l’Homme résident aussi dans ce mélange, et elles prouvent encore, par leur harmonie.
Tous ces faits nous autorisent à rejeter la possibilité de la descendance de tous les Hommes d’un couple unique. La grande diversité des types nationaux nous conduit plutôt à admettre à l’origine plusieurs espèces d’Hommes. Celte théorie se justilie en ne prenant en considération que la couleur ehe/, les divers peuples. Si toutes les nations descendaient d’un seul couple, toutes les nuances de coloration pourraient dériver d’un seul ton primordial; ce qui, à mon avis, n’est pas possible. Quand le noir du Nègre ne serait que le blanc rembruni de l’Européen, et que le jaune du Mongol se placerait au milieu, comme intermédiaire, la couleur rouge cuivrée de l’Américain ne trouverait point de place dans cette échelle. On pourrait demander pourquoi les Nouveaux-Hollandais et les Papous sont devenus noirs, tandis que les indigènes des îles de la Société et des Amis, beaucoup plus rapprochés de l’Équateur, sont restés bruns jaunâtres. 11 faudrait pouvoir expliquer pourquoi, en Aîné- . rique, toutes les peuplades, de la baie de llalïin à la Terre-de-Feu, ont pris une couleur semblable brune rougeâtre, tandis que sur le continent Oriental, des races jaunes, brunes, noires, vivent souvent les unes à côté des autres*. On se heurterait donc toujours à de nouvelles incompatibilités, parce que le point de départ est faux. Toute cette théorie se présente sous un jour si défavorable au regard purement scientifique d’un naturaliste sans préjugés, qu’il peut affirmer, en toute confiance, qu’il ne serait jamais venu à la pensée d’un observateur calme de faire descendre tous les Hommes d'un seul couple, s’il n’eût point eu connaissance de l'histoire de la Création mosaïque*. Afin de ne point ébranler l’autorité des livres sacrés sur ce domaine, où cependant on ne. peut les considérer comme for-
fondamentale avec le type des Mammifères, l'identité d'organisation existant entre lui et les animaux.
1 Ce lait bien connu est d'autant plus important qu’il se reproduit de h» même manière dans le règne animal et prouve que I organisme de l'Homme a été soumis, dès son origine, aux mêmes lois que celui des animaux. Les animaux d’Amérique sont aussi généralement répandus sur toute l'étendue de ce continent que l'Ilonunc américain. Sur le continent oriental, au contraire, la vie nnimnic est plus variée et plus localisée. L'Homme s’y divise en un plus grand nombre de races primitives douées de nombreuses particularités nationales.
* J'ai examiné avec plus de détails la valeur du mythe dans une notice sur les écrits de cet ordre, publiée dans le AUgcmJji.-Zeit., jahrg. 1841, t. I, p. 1171 et 1180. — Ce que 0. de liumlioldt dit de l'état primitif de l’espère humaine est très-digne d'attention : consultez A. de liumlioldt. Cosmos, 1. 1. — Morton lui-même, qui évite de toucher à la véracité de la Bible, en arrive aussi à conclure que les races existaient dès la dispersion primitive de notre espèce. Froriep's neue Notizen, t. 21, p. 181.