CHAPITRE XXVIII
mutant des règles, un certain nombre de savants, presque tons peu familiers avec les données des sciences naturelles, se sont cru obligés de défendre les mythes de l’Ancien Testament, et ils ont construit sur cette base une théorie scientifique, qui ne supporte point l’examen. Que de miracles, en effet, quelle étonnante suite d’événements il faudrait pour faire sortir, dans l’espace de quatre mille ans, d’un seul point et d’un seul couple, une population de 100 millions d'Ilouunes *. Quels moyens avaient ces peuplades errantes pour passer sur des Iles lointaines et pour atteindre à des points aussi distanls que le grand continent américain? Pourquoi ne restaient-elles pas plutôt ensemble dans ces campagnes fécondes et lamies de la zone tropicale? Pourquoi ont-elles préféré s’en aller habiter les régions glaciales des contrées polaires? Sans tenir compte des différences morphologiques que présente le corps, à quelle cause se reporter pour expliquer ce développement si multiple des langues dont les éléments fondamentaux sont eh partie hétérogènes? Pourquoi un peuple, qui d’abord parlait la même langue que ses aïeux, dut-il en adopter plus tard une absolument différente? L’histoire ne nous montre-t-elle point une profonde et intime parenté de langage entre des peuples trcs-éloignés les uns des autres aujourd’hui, qui à l’origine ont vécu ensemble; tandis que d’autres, qui aujoui d’hui encore habitent les uns à côté des autres, parlent des langues absolument différentes? Celte différence intellectuelle a une importance aussi grande que les différences corporelles, et même elle est en général plus tranchée, comme le prouve une comparaison entre les Chinois et les Indous. Elle a d’ailleurs une valeur comme élément des sciences naturelles, puisque tous les Arriéricains à eoloralion uniforme appartiennent aussi à une seule famille de langues, et que les grandes différences de civilisation qui existaient entre les diverses peuplades américaines à la découverte de leur pays, ne se reliaient pas, comme sur le continent oriental, à des différences nationales basées sur la diversité fondamentale du langage. Jamais la haute culture morale ne s’est développée d’une façon durable sur l’hémisphère oriental, ailleurs que chez, les races indo-
1 Los trois (ils do Noé, qui renouvelèrent h* genre humain après le déluge, n’ont rien à faire ici, puisqu'un déluge dans le sens de la Bible est géologiquement iui|>ossible. Si on identilie le déluge avec In période du diluvium, l'humanité antérieure au déluge offrait une nuire organisation. que celle qui vint après cette époque.
européennes; ce» nations y sont, depuis les temps les plus anciens, les promoteurs de la civilisation, et elles le seront sans doute encore longtemps, surtout maintenant qu’elles se sont assimilé l’unique élément supérieur des peuplas sémitiques, la grande religiosité. L’absence des sentiments d’humanité, cette base du christianisme, fut la perte de la Grèce et de Rome. Les (ils de la Germanie étaient prédestinés à réaliser cette admirable alliance du génie grec avec la charité chrétienne et à la répandre sur toute la Terre, comme le germe fécond qui devait vivifier les temps nouveaux et toutes les générations de peuples qui suivront. La lumière qui rayonne de ce nouvel astre est devenue un feu destructeur pour toutes les races qui voudraient croître à l’ombre et dans l’humidité des focêts, comme des plantes infimes; elle les desséchera et les anéantira complètement.
Lorsqu’on considère de plus près les variétés physiques de l’espèce humaine et qu’on examine les dimensions du corps entier dans scs divers aspects, on reconnaît que les différences ne sont pas aussi profondes que les anciennes légendes le racontaient, ou que la comparaison avec les raaes d’Animaux domestiques auraient pu le faire présumer. Sans doute les populations boréales sont, en somme, plus petites que celles des zones tempérées et chaudes : mais il n’y a point de véritable peuple de nains, comme les Lilliputiens. Cinq pieds, taille que ne dépassent point beaucoup d'individus des races européennes, est le minimum au-dessous duquel on ne voit guère tout un peuple descendre ; tandis que, de l’autre coté, six pieds est la hauteur maximum qu’aucune nation entière ne dépasse, bien qu’on rencontre partout des individus plus grands. La taille normale du corps humain oscille donc entre ces deux limites, et sa moyenne est à peu près de cinq pieds trois pouces pour les femmes et de cinq pieds six pouces pour les hommes. Cependant la majorité des femmes des peuples civilisés n’atteignent plus cette moyenne, et beaucoup d’hommes eux-mèmes restent au-dessous de la taille normale de leur sexe1.
Le degré d’embonpoint est en rapport très-intime avec la taille, et semble même en dépendre partiellement. Les races petites sont, en général, plus solides, et leur tissu graisseux est plus riche que celui
* Voyez un intéressante comparaison tien mesure« <lu corps de divers peuples, pai Schutz, dans Froriep't neue Notizen, t. XXXV, p. 161, et un travail analogue de Bhlt sur la nation française, Und., t. XXX, p. 51.
CHAMTRK XXVIII.
des grandes rares ; et lorsque ces dernières n’onl point un aspect de maigreur prononcé, le tissu musculaire est toujours bien plus développé que le tissu graisseux. Cependant aucune partie du corps n’est plus sensible aux différents genres de vie et aux effets du climat que l’élément graisseux, circonstance dont on doit tenir compte chez, les sauvages eux-mêmes. Les zones froides favorisent le développementdes parties graisseuses par l'abondante alimentation qui y est nécessaire ; les zones chaude et torride sont contraires à l’accumulation de la graisse. Évidemment- que l’évaporation, beaucoup accrue dans ces climats, la nourriture moins abondante et plus légère et les vêtements moins épais, contribuent beaucoup au dessèchement du corps et ont pour conséquence, non-seulement une structure anatomique plus grêle, mais encore plus délicate, ce qui est très-apparent chez les insulaires de l'Océan austral. Les Nègres, solidement charpentés, habitent sous la même zone, mais mènent un genre de vie tout différent. Dans les zones froides, la graisse est très-utile, parce qu’elle est mauvais conducteur de la chaleur et protège contre l'action du froid extérieur. C’est pour le même motif que tous las peuples du Nord se frottent avec de la graisse et ne se baignent jamais, tandis que les indigènes des régions tropicales considèrent le bain comme un des premiers besoins. Il maintient la peau propre, et active l’évaporation cutanée. Mais ces différences ne peuvent guèro être attribuées uniquement à la diversité des climats ; il faut encore y voir l’effet de prédispositions primordiales de race. La robuste constitution du Nègre est un caractère typique et ne résulte pas simplement du genre de vie et du milieu extérieur.
Les différences nationales les plus frappantes, d’ailleurs, ne résident point dans la taille et la stature, mais se manifestent tout particulièrement dans la couleur. Elle a son siège, partie dans les noyaux inférieurs et très-serrés de cellules épithéliales, partie dans une couche de cellules quadrangulaires remplies d’une substance colorante granuleuse. De la quantité de ces deux agents colorants et de l’abondance avec laquelle ils existent l’un à côté de l’autre, dépend l’intensité de la coloration ; mais le ton est produit par la diversité du pigment. Il peut varier individuellement dans son degré de force, mais il modifie difficilement son type national. Chez les races blanches, les cellules pigmentaires ou chromatophores ne manquent point complètement ; mais elles ne renferment un véritable pigment
que sur quelques points, comme sur les joues et quelques autres parties du corps. Ce pigment npparait chez les races jaunes, il devient foncé chez les races brunes, passe au rouge chez les Américains, et enfin devient plus ou moins noir chez les Nègres et les Papous. Il est complètement indépendant des zones, car les Nègres sont noirs en quelque lieu qu'ils vivent. Mais son intensité, comme celle de toutes les colorations organiques, obéit aux influences de la lumière solaire; elle s’accroît en mémo temps que celle-ci et à mesure que les rayons solaires tombent plus perpendiculairement.
On peut donc parler d’Africains qui ont blanchi un peu lorsqu’ils se sont trouvés plusieurs générations successives sous des rayons solaires plus obliques; mais ils ne deviendront jamais blancs comme les Européens et conserveront sans modification le ton de leur coloration nationale au degré d'intensité que peut lui donner une lumière plus faible. D’autre part, les populations blanches brunissent sous la lumière solaire tropicale ; mais elles ne deviendront pas noires en Afrique et rouges en Amérique. Leur coloration foncée est un ton particulier, facile à distinguer, un simple accroissement de la coloration nationale. Cette même cause nous explique encore pourquoi dans une même nation, les riches et les personnes de condition ont le teint plus clair que les classes pauvres. Les premiers s'exposent moins aux rayons du soleil et emploient des moyens artificiels pour s’abriter contre eux, tandis (pie les pauvres les reçoivent partout, sans aucune protection, et sont exposés à toute leur action. Chez les peuples où ils n 'existe point encore de différence de classes, les conséquences qui en résultent pour la physionomie extérieure disparaissent aussi, et tous les individus des -Papous sont également bruns, comme tous les individus des Botocudos également bruns rougeâtres. Mais, chez les Mexicains et les Péruviens, on a constaté, tout d’abord, comme aujourd'hui encore, des nuances décoloration semblables à celles que tout observateur attentif peut remarquer tous les jours en Europe parmi nous. Elles résultent de la filiation de familles conservées plus pures, ou du genre de vie ; différences qui s’ajoutent à un degré supérieur de culture intellectuelle, laquelle ne peut jamais être partout égale.
La couleur et la nature des poils sont dans une connexion trèsintime avec la coloration de la pau. L'Homme, de même que les Mammifères, possède un vêtement général de poils, excepté à la