‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 281 sur 295 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

primé, le regard languissant et mou, les lèvres serrées et le nez saillant et large en bas. A ces caractères, nous pouvons encore ajouter les os des joues très-saillants et arrondis, l’absence de barbe chez les hommes, le prolongement des cheveux de la partie latérale du Iront jusqu'aux sourcils1, le corps assez développé, mais maigre et sans grande vigueur, enfin les mains et les pieds relativement petits. 11 règne une grande diversité dans la conformation de leur crâne, bien qu’elle soit peut-être moins naturelle que le résultat d’opérations artificielles. C’est, en effet, un trait particulier du goût, chez ces nations, d’aimer à défigurer la nature et à donner à leur télé, ou au moins à leur physionomie, une forme qui ne fait qu’une impression contraire sur les gens civilisés. Très-rapproché du type sphéroïdo-quadrangulaire, le crâne américain n’a cependant jamais l’aspcct purement mongoliqne, mais se rapproche plutôt,. par le front déprimé, les larges cavités orbitaires, les mâchoires massives, et l’aplatissement de l’occiput, des formes ovales et même elliptiques. Mais ces différences naturelles sont bien dépassées par les déformations artificielles que nous rencontrons chez les nations les plus diverses de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud. Là on trouve les tribus à tète plate du fleuve Colombia et les Natchez à tète globuliforme du bas Mississipi ; ici les crânes Comprimés latéralement chez les Péruviens des hauts plateaux de la tribu de Huanka, ou écrasés dans le sens opposé et coupés verticalement dans la région occipitale chez les habitants des côtes, les Chinchas, éveillent à un même degré la curiosité des voyageurs. Toutes ces furmes particulières ont été obtenues artificiellement, en comprimant et liant la tête aussitôt après la naissance ; et les parents de l’enfant apportent d’autant plus de soin à cette opération que le nouveau-né appartient à une famille plus considérable et plus riche. D’Orbigny, qui a étudié les races humaines de l’Amérique du Sud avec autant d’attention que la faune, assure qu’il a trouvé dans les tombeaux des anciens Péruviens ouverts par lui, des types de plus en plus comprimés* de ces formes de crânes. D’autres observateurs prétendent même reconnaître chez les tout petits enfants des différences de

1 Depuis dix ans maintenant que je suis en contact avec les peuplades primitives de r Amérique, j’ai remarqué ce prolongement particulier de» cheveux de la région latérale du front, de l’angle »aillant au-dessus de la tempe jusqu’au sourcil, chez tous les individus de race pure, et je l ai constaté comme un caractère propre aux Indiens, du moins à ceux de l'Amérique méridionale. On peut encore le reconnaître sur beaucoup de métis.

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conformation crânienne en harmonie avec ces déformations artificielles1. Si cette opinion est fondée, on peut présumer qu’une forme artiiiciellc est devenue peu à peu naturelle; et cette première tendance est venue s’ajouter aux traitements que les générations antérieures ne subissaient qu’après leur naissance. Mais les peuplades américaines ne se contentent pas de défigurer le crâne, elles déforment aussi les parties molles du visage, et le font avec la même absence de goût. Le llotoeudos sont très-connus, à cause de leurs oreilles et de leurs lèvres percées, dans lesquelles ils passent de grands disques de bois qui leur donnent une ligure horrible. Un peut encore citer l’usage commun à beaucoup de tribus de se peindre le visage en rouge. L’aspect rougeâtre, commun aux Américains, ne doit point être attribué à cette habitude, comme veulent nous le faire croire quelques auteurs. La coloration rouge de leur peau est naturelle; l’art la rehausse seulement, sans la produire. Celte couleur rouge, que Morton a appelée, bien plus exactement, brun de cannelle, n’est pas développée avec la même intensité chez toutes les peuplades. Mais cela n'a rien d’é tonnant, lorsqu’on connaît les nuances variées des races orientales. H est d'ailleurs bien constaté que les variations de couleur des Américains sont beaucoup moins grandes que celles des nations orientales. Les Américains ne sont jamais noirs comme les Nègres, ou blancs comme les Européens. Ils oscillent entre un brun cannelle foncé et clair, qui quelquefois passe à la couleur cuivrée ou rouge de chair. Chez les individus à teint très-clair des classes les plus élevées, on distingue toujoursfacilement le fond jaunâtre du teint couleur de chair. Les couleurs les plus foncées se montrent chez les tribus septentrionales et méridionales, surtout chez les Californiens et les Patagons, tandis que celles qui sont intermédiaires et vivent presque sous l’Equateur, comme les Borroas, les Guaikas, les Ariques, ont lo teint le plus clair. Certaines variations dans les traits du visage paraissent obéir

1 L'observation de d’Orbigny se rapporte aux crânes étroits, plats et fortement prolongés en arrière, des Aymara s tribu qui s’étend de la Bolivie au Pérou. En examinant de près eps crânes, il est impossible de douter que leur ovale régulier ne soit naturel, et non d’origine, artificielle. Mais les crânes «les Ilmmkns et des (’.liitichas portent lotit aussi évidemment les traces de manipulations artificielles. I.es crânes de la collection do Halle le prouvent surabondamment. I.a conjecture exprimée ci-dessus, que des déformations. artificielles peuvent devenir naturelles, s’évanouit donc, du moins en tant qu'elle s'appuie sur la coiilonnation des A y muras. Leur crâne, en effet, n’a subi aucun traitement artificiel, mais a, dès lu jeunesse, la même forme que dans la vieillesse.

CHU’ITHE XXVIII.

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à des règles plus lixes que ces diverses colorations. On sait assez * généralement que les anciens Mexicains se distinguaient par leur nez long, fortement recourbé', assez analogue à celui dos anciens Humains, mais un peu plus charnu. Ce trait de leur physionomie' se reproduit encore aujourd’hui chez leurs descendants, et on le reconnaît sur les monuments et les manuscrits hiéroglyphiques composés de figures, qui se sont conservés depuis les anciennes époques de-civilisation de ce peuple intéressant jusqu'à nos jours. Cette forme de nez n'est point particulière aux Mexicains; ou la retrouve chez les Péruviens et la plupart des tribus de l’Amérique du Nord, surtout celles qui habitaient autrefois les contrées méridionales et orientales des Etats-Unis. Au contraire, ce type de nez n’existe plus chez les populations boréales, les Esquimaux, de même que chez le plus grand nombre de celles de l’Amérique du Sud, la plupart des indigènes du Brésil, les Patagons, les habitants de la Terre de Feu et les Chiliens. Ces peuplades ont le nez assez droit, trapu, large dans su portion inférieure; dans l’Amérique méridionale, très-charnu et d’une grande dimension , tandis que chez les Esquimaux, il est très-petit et en saillie sur le plan du visage seulement à sa partie inférieure. Ce type de nez s’écarte tellement de tous les autres types américains, que Morton a cru devoir exclure les Esquimaux des races américaines et les rattacher à la famille mongole. Leur tète développée, assez allongée dans le sens antéro-postérieur et déprimée dans la région frontale, la grande largeur et l’aplatissement de leur face, leurs petits yeux noirs, leur bouche petite et ronde, leur prédisposition à l’embonpoint qui manque absolument aux Américains, et le teint plus blanc de leur peau, justilient sa manière de voir, partagée par les peuplades américaines elles-mêmes. Ces circonstances prouvent aussi que les races américaines ne sont pas venues d'Asie, comme quelques écrivains l’ont admis. La profonde différence qui, malgré quelques traits de ressemblance, existe entre les Mongols et les Américains, sul’lit à renverser cette théorie, même sans tirer un argument de l'absence de témoignages positifs, Morton a démontré, avec tous les détails possibles, que cette immigration venue d’Asie ne se base sur aucun fait vraisemblable ; qu'elle n'a de probabilités que pour les Esquimaux et que les analogies qui existent dans la structure des langues mongoles avec les idiomes américains peuvent très-bien s’expliquer par des mélanges

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postérieurs, résultats de relations continuées pendant de longues années. Il incline à croire (pie les trois grandes nations civilisées de l’Amérique centrale, les Mexicains, les Muijcas (dans le Bogota actuel) et les Péruviens appartiennent à une famille particulière de la grande souche américaine; que celte famille est venue du bas Mississipi dans le Mexique, et y est restée jusqu’à ce que, vers 1 050 de notre ère, opprimée par la race sauvage des Aztèques, elle fut chassée au sud vers le Bogota et Quito, et répandit sur ces régions jusqu’au Pérou une haute culture morale. Ces émigrants étaient les Incas , desquels les Péruviens reçurent leur civilisation et qui s’établirent en conquérants au milieu de ces nations. Leur gouvernement, bien que franchement despotique, était cependant plus doux que celui des Aztèques avec leurs sacriliccs humains. Celte opinion s'appuie sur l’amour poussé jusqu’au saerilice que le peuple avait voué à la race de ses maîtres et qu’il conserve encore aujourd'hui dans ses traditions, après trois cents ans d’esclavage. A l’exception de cette pèle culture, propagée il y a environ cinq cents ans par les Toltèqucs, la race américaine est restée complètement plongée dans la nuit de la barbarie et n’a même pu trouver en elle aucun ressort pour s’élever au contact prolongé de l’Europe civilisée. Sans doute une partie de la faute et même la plus grande doit retomber sur les Européens, pour qui il eût été plus noble de développer le germe caché, que de briser sans effort cette pauvre fleur fragile; mais jamais on ne pourra absoudre les races américaines de leur profonde et constante indifférence pour la vie civilisée, et on ne peut oublier que les races, qui portent en elles l'aptitude à la culture morale, ne se détournent point des manifestations ennemies de la civilisation (pii s’avance vers elles, mais acceptent la lutte jusqu’à ce qu’elles en sortent plus élevées. Chez les Américains, la civilisation ambiante n'a éveillé aucun autre désir que celui deg jouissances sensuelles. Adonnés à leurs plaisirs sans modération, ils ne peuvent jamais arriver à comprendre que le vrai bien-être repose dans lé travail, et que celui-là seul qui ne le méprise point peut légitimement espérer des jouissances durables. Mais tous les Américains ont en horreur le travail. Ils rejettent les occupations de chaque jour sur les femmes comme sur leurs servantes, et fuient la société comme l’ennemie la plus acharnée de leur existence d’isolement. Ils disparaîtront donc tous peu à peu en tant que nationalités.

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