‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 35 sur 295 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que les insignifiantes colonnes de vapeurs qui furent les signes précurseurs de l’effrayant cataclysme avant son explosion.

Lorsque la lumière du jour réparait après ces ténèbres, éclairées seulement par le plus gigantesque des phares, l’image de la destruction se montre dans toute son horreur. Toutes les terres cultivées aux environs sont couvertes d’une couche de cendre. Sur les flancs de la montagne et à ses pieds gisent les milliers de fragments et de scories projetés. A y milieu de nouvelles couches se déroule le fleuve brûlant et incandescent de laves qui fument et lancent des flammes. Elles se sont fait un lit jusqu’aux points où, la pente n’étant plus suffisante, le courant visqueux s’est arrêté. Tout autour le manteau de verdure manque comme dans un désert dévasté. Les arbres carbonisés étendent dans le ciel morne leurs rameaux couverts de poussière et dépouillés. La vie animale a cessé de battre depuis longtemps et n’a même point laissé de traces de sa présence dans les cendres brûlantes. — Tel dut être le spectacle lorsque, soixante-dix-neuf ans après la naissance du Christ, le Vésuve sortit de nouveau de son repos séculaire et, se déchaînant avec toute sa rage destructive, couvrit doses déjections 50 milles carrés de pays et enfouit dans le sommeil de la mort trois villes populeuses avec leurs imprudents habitants'. Elles ne sont sorties de leurs tombeaux que dix-sept siècles plus tard comme les ombres de leur splendeur primitive.

Au lieu de ce triste paysage, la planche ci-contre nous donne une vue du Vésuve à l'état de repos, au mois d’août 1854, avant les éruptions qui suivirent peu après. Au premier plan, on voit le bord supérieur du cratère formé dans l’éruption de l’année 79 et une muraille taillée presque à angle droit, qui s’étend à partir du côté gauche jusqu’au dernier plan. Elle disparait derrière le nouveau cratère d’éruption composé de cendres. C’est un cône tronqué de plus de 500 pieds de haut, qui repose au centre du plateau horizontal de l’ancien cratère. Il s’adosse sur la droite à une légère saillie du plancher du cratère, derrière laquelle se dressent plusieurs petits cûnes éruptifs sur le parcours d’une large crevasse. Depuis ce point jusqu’au premier plan, le sol du cratère est recouvert de sco-

* Ou trouve très-pou de squelettes humains dans les ruines de Potnpéi et d’Ilerrulanum. Iji plupart dos habitants eurent le temps d'abandonner la ville au début do 1‘éru pt ion.

ries de laves refroidies entassées en désordre. Au milieu, une coulée de lave liquide jaillit du sol cl s'épanche sur le Lord du cratère accompagnée sur ses deux côtés par un talus de blocs refroidis. De légères fumarolles, semblables à celles qui s’échappent du cratère d’éruption, s’élèvent au-dessus de sa surface et derrière sa source

Fig. 6. — Cralrre du V«*suvo.

s ouvre béante, au pied du grand cône de cendre, une seconde crevasse vide, pourvue de bords légèrement relevés. Le reste du sol est couvert de cendre et de lapilli, dont les couches poreuses laissent •ncore voir les sillons suivis par d’anciennes coulées qui se sont épanchées jusqu'au bord de l’ancien cratère à droite et l’ont excavé *• en forme de voûte1.

Nous allons étudier on détail les phénomènes volcaniques dont nous venons de tracer le tableau général. Nous trouvons d’abord cpiatre espèces de matières éruptives : la fumée, la cendre, les blocs lancés et la lave. Chacune d'elles est elle-même composée d’éléments divers et exige un examen spécial.

. 1 Yoy. J. Ilot li, le Vésuve et 1rs environs de .Y aptes, iiiMiio^rnpliii? avec carte« rl plan-

ches. Iterliu, 1857. — J. Schmidt, iEtujdion tlu Vésuve et scs phvuouuues en mai 1850, avec caries. Vienne, 1850. G.

La fumée, tant qu'elle conserve une couleur blanche, est à peu près exclusivement composée Je vapeur d'eau. Elle est l'avant-coureur de tous les autres phénomènes. Elle exige en effet la chaleur la moins élevée pour sa production, puisqu'il lui suffit de la température d’ébullition de l'eau. IJe là vient que beaucoup de volcans, surtout les plus grands, en émettent constamment. Ils conservent toujours dans leurs profondeurs un degré de chaleur suffisant pour porter l’eau à l'ébullition et la transformer eu vapeur. On a beaucoup discuté sur l’origine de cette eau et encore plus star la part qu'elle prend à la production des phéuomènes volcaniques. Dans tous les volcans non situés immédiatement sur le bord de la mer, elle provient de l’eau des pluies, que le volcan réduit en vapeur - et exhale sous celle forme, aussitôt qu’elle pénètre dans ses régions brûlantes. D’après utie ancienne opinion, elle venait uniquement de l’eau de la nier, qui trouvait un passage dans les profondeurs jusqu’au centre du volcan. Arrivée à ce point, elle donnait lieu à un développement de haute température et à tous les phénomènes d'expansion des éruptions par l’oxydation rapide des masses métalliques, principalement des métaux alcalins. Cette hypothèse n'a plus de partisans aujourd'hui et a été abandonnée comme inutile cl sans preuve.

D’ailleurs, la découverte de grands volcans actifs au centre de l’Asie détruit la possibilité de l’arrivée de. l’eau de mer jusqu’à leur noyau et de la production des phénomènes éruptifs par cette voie. Nous sommes donc forcés d’admettre que l’eau tombée de l’atmosphère à la surface de la terre est pour les vapeurs des volcans, comme pour l’eau des fontaines, la source principale. Tout en cou-* cédant la part que l’eau de mer prend aux actions volcaniques dans les cas où elle peut pénétrer jusqu’au foyer, nous croyons avoir suffisamment prouvé notre manière de voir dans l’étude que nous avons faite sur l’origine des eaux de sources provenant de l’atmosphère.

Les vapeurs d’eau pure sont rares ; elles n’apparaissent que pendant le repos du volcan et en très-faible quantité. Elles contiennent presque toujours d’autres gaz et même des matières solides que la chaleur du volcan a transformées en vapeur. Les vapenrs sulfureuses sont les plus fréquentes ; unies avec la vapeur d’eau, elles donnent lieu à de nombreuses combinaisons chimiques.

— Presque partout, dans les fuinarolles, nous trouvons de l’hijdroyène sulfuré, de l’acide sulfurique et même des vapeurs t le soufre pur. Ces corps se reconnaissent vite ot facilement à leur odeur particulière (l'hydrogène sulfuré a l’odeur infecte d’œufs pourris). Ils portent en eux une partie des effets nuisibles que le volcan exerce sur les environs au moyen de ses exhalaisons vaporeuses. Le soufre en s’échappant dans l’air s'y condense et y reprend sa forme solide.

Il forme un dépôt jaune et pulvérulent au bord des crevasses et des fissuras qui lui servent d’issue. Il s’accumule aussi dans les cavités et s’y trouve souvent cristallisé près du gypse, comme nous le rencontrons dans les liions et les dépôts des montagnes primitives. L’acide sulfurique se combine avec des bases et transforme une partie des carbonates de chaux en yypse qui, on le sait, est un combiné de chaux et d’acide sulfurique. La présence abondante du soufre dans la plupart des matières volcaniques explique l’abondance du gypse à grain fin ou albâtre. L'acide sulfurique s’unit aussi avec l’alumine et forme une roche terreuse, la pierre d’alun, que l’on trouve dans beaucoup de régions volcaniques (Hongrie, France). — Après les combinaisons du soufre produites par les émanations vaporeuses des volcans, il faut citer les combinaisons du chlore. La plus importante est l’aride chlorhydrique formé de chlore et d’hydrogène. On le reconnaît aisément à son odeur irritante et â la blancheur éblouissante de ses vapeurs. 11 est moins abondant que l’acide sulfurique et se combine plus facilement que lui avec les Ijases partout où il se trouve. 11 s’unit surtout avec la soude et l’ammonium pour former le sel de cuisine' et le tel ammoniac. Ce dernier sel est très-volatil. Ses vapeurs se trouvent dans les fumarollcs comme les vapeurs sulfureuses et forment des dépôts semblables sur les points où l'atmosphère, plus fraîche, les force à repasser à l’état solide. Le sel de cuisine lui-mème est volatil à une température voisine du point de fusion du fer. Aussi le rencontret-on dans plusieurs volcans sous la forme d’une croûte. Le Vésuve surtout est riche en formations salines de cette nature. Les classes pauvres le recueillent précieusement et en font une petite industrie. L’Iléela, en Islande, produit aussi du sel de cuisine. — Le

Dans la formai ion du sol do cuisine, l'acide chlorhydrique abandonne son hydrogène et le chlorure de indium apparaît.

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