CHAPITRE V
pari«*. Leur abondance était si grande que, suivant Pline le Jeune, la lumière du jour eu fut obscurcie à Misène, éloignée de plus de 5 milles du Vésuve, et qu'à Stabies, où périt Pline l'Ancien, il régnait une obscurité semblable à celle d’une chambre fermée où l'on vient d'éteindre toutes les lumières. Leur quantité doit assurément avoir été immense, puisque tous les écrivains contemporains assurent qu’on les vit retomber jusque sur les côtes d’Afrique et même de Syrie. Quelques savants ont voulu expliquer la formation des cendres par l'explosion subite des gaz dans la lave liquide. Le liquide incandescent serait dispersé et projeté en poussière, et, une fois refroidi, formerait la cendre. Cette opinion s’appuie encore sur cette circonstance que les grandes masses de cendre sont lancées seulement lorsqu’il existe déjà beaucoup de lave liquide dans le cratère et qu’elles cessent en grande partie peu après l'épanchement de ces dernières. Nous avons déjà dit qu’elles sont souvent mélangées avec des gouttes et de» vapeurs d’eau. Lorsque cette eau devient assez abondante pour produire une grande pluie, ce qui a eu lieu souvent sur le Vésuve, il se forme une niasse de bouc sur le sol, et l’expression usitée de pluie de cendres se trouve justifiée à la lettre.
On explique plus facilement l'origine de ces corps incandescents qui, lancés par les explosions au milieu des nuages de vapeurs, se brisent en nombreux fragments lorsqu’ils retombent. On les appelle en italien lapilli ou rapilli, terme emprunté au langage populaire et qui est devenu d’un usage commun dans la science. Ces lapilli, au point de vue de leur nature, sont des fragmenta arrachés aux parois du cratère ou des quartiers de lave détachés que les vapeurs entraînent avec elles lorsqu'elles se précipitent au dehors. La dimension , •
.des lapilli et la distance à laquelle ils sont projetés dépendent de la force d’expansion que possèdent les vapeurs. Leur couleur, tantôt noire, tantôt d’un rouge brillant, et leur composition sont en rapport direct avec leur origine, soit qu’ils aient été arrachés aux parois du cratère, soit qu'ils proviennent des laves. Les lapilli de cette seconde espère refroidissent très-rapidement, à cause de leur faible volume. De là aussi vient leur structure vitreuse qui les fait ressembler à des scories. Ils sont très-friables et se divisent en nombreux petits quartiers, depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d'une %
noix. Lorsqu’ils sont projetés avec accompagnement de détonations,
l'inflammation do gai1 brûlants avec une flamme claire |»a rnit être la cause de l'explosion et de la projection des matières qui forment les lapilli. Au contraire, les tremblements de terre et l'élévation de la lave sont unis avec une puissante expansion de gaz non inflammables. Ces deux derniers phénomènes ont donc une meme cause. Ils Tout comprendre pourquoi les ébranlements du sol les plus violents accompagnent toujours le point extrême d’élévation de la lave alprs qu’elle déborde par-dessus les lèvres du cratère.
Nous avons déjà parlé de la dernière matière éruptive, la /arc, et nous avons lait connaître sa nature et sa forme dans le chapitre précédent. Il nous suffira donc maintenant de jeter un coup d'œil sur quelques autres de ses propriétés que nous n'avions pas encore eu occasion d'examiner. Sou mode d’émission dans les circonstances qui l’accompagnent et dans ses causes doit nous intéresser particulièreinent. La lave, arrivée dans le cratère, s’élève peu à peu, comme nous l’avons dit plus haut. Mais cc phénomène a lieu, non-seulement pendant la durée de l’éruption, mais encore souvent longtemps auparavant, avant même qu’aucun des signes précurseurs de l’éruption ait apparu. Si nous observons le cratère peu après l'éruption, nous voyons qu’aussilôt après l’épanchement de la lave, il commence à s’écrouler et a la forme d’un vaste entonnoir au fond duquel existe une cavité, sorte de soupirail en communication avec I intérieur. Ce canal s’obstrue ordinairement et ferme tftut passage vers l'intérieur «lu volcan. Le volcan peut conserver sa forme en entonnoir pendant des années nombreuses, et aussi longtemps qu'il reste dans cet état, on n’a point à craindre d’éruption. Mais dès que le fond de l’entonnoir commence à se combler et qu’il s’aplanit de plus en plus, ce sont les signes qu’une éruption approche. Des années peuvent cependant s'écouler avant qu'elle éclate, bahbagc trouva le cra-tère du Vésuve, aussitôt après l’éruption de 18*22, profond de 880 pieds au point le plus élevé du bord, et 450 pieds au point le plus bas. Cette profondeur se conserva la même jusqu’en 1827. A partir de ce moment, le fond s’éleva, jusqu’en août 1850, d’environ
* On n Itcnumup discuté pour savoir si les phénomènes lumineux des éruptions sont des Unmutes réelles ou bien s’ils sont dus simplement à des corps incandescents. Aujourd’hui on résout cette difficulté en admettant que des flammes réelles ne se montrent que <le temps en temps, immédiatement près des crevasses et des déchirures du cratère, niais que les (fraude* lueurs enflammées de In colonne de vapeur font «tues aux cendres Incandescentes.