CHAPITRE VI
Tremblements de terre; leurs causes et leurs effets. — Ils sont en connexion avec les volcans.
Parmi tous les phénomènes naturels qui portent la terreur et l’ellroi au coeur de l’homme et qui, en manifestant la puissance grandiose de« forces que la nature recèle dans son sein, nous démontrent notre impuissance contre leurs effets, les tremblements de terre sont les plus gigantesques et les plus effrayants. Dans un instant ils anéantissent de vastes cités avec leurs habitants, précipitent des plaines dans les abimes, font surgir des montagnes, et déchaînent les flots bouleversés sur les campagnes sans défense, détruisant toutes les richesses que les hommes y ont péniblement accumulées pendant des siècles à la sueur de leur front, et qu'ils se sont transmises de génération en génération. Aussi sont-ils les plus redoutés de tous les cataclysmes. Ils sont plus terribles que l’incendie et l’inondation, plus terribles encore que ces deux fléaux accompagnés des tempêtes, lorsque les rafales de vent se précipitent en dispersant les flammes ou bien poussent les flots écumants sur les plaines. Les ruines causées par ces cléments sont toujours locales et limitées à une petite région. Les tremblements de terre, tout au contraire, traversant d’une seule fois des provinces entières, détruisent d’un seul coup les plus grandes villes et enfouissent au même moment des milliers d’individus sous leurs ruines. Jamais un incendie, un débordement ou un ouragan n'ont fait périr en un instant 40,000 hommes, comme le grand tremblement de terre du 4 février 1704, qui détruisit Quito, ou comme celui du 1" novembre 1755, qui dévasta Lisbonne et fit périr 24,000 personnes.
Dans la Calabre, ou compta 50,000 morts, après les violentes secousses de février I 785 ; celles du 20 mars 1812, à Caracas, ensevelirent sous les ruines de la ville 10,000 habitants, que la faible intensité des premières oscillations avait rassurés. Le nombre des victimes ne fut guère moins élevé, après les désastreuses trépidations du 20 mai 1 860, qui en trois secousses détruisi relit, vers huit heures du soir, la ville de Mendo/.a, au pied oriental des Andes dans la république Argentine1; et après le grand tremblement de terre du Pérou (13 août 18(58), dans lequel toute la côte, depuis Iquiquc jusqu'à Arequipa, fut ébranlée cl la ville d’Arica ruinée. Les morts, y compris ceux qui périrent à la suite des secousses arrivées à -Quito trois jours plus tard (16 août), s’élevèrent à
16,000’. Mf
Des phénomènes accompagnés d'effets aussi violenLs doivent avoir une grande influence sur la configuration du sol, et comme, entre toutes les causes de bouleversement que nons pouvons observer, les tremblements de terre sont jusqu’ici incontestablement les plus puissantes, nous leur attribuerons un rôle prépondérant dans les révolutions du Globe. Mais nous ne pourrons nous faire une idée claire de l’importance de ce rôle qu’après avoir acquis une connaissance exacte des effets produits dans les temps modernes.
Les mouvements du sol auxquels nous donnons le nom de tremblements de terre sé manifestent sous trois formes différentes ; tantôt ce sont des chocs verticaux, tantôt des ondulations, tantôt des mouvements fjiratoires. Si différentes entre elles que soient ces trois formes, aucune cependant ne constitue à elle seule un tremblement de terre de quelque importance. Elles Se font sentir, au contraire, simultanément, mais en des points divers'. Cependant, ce \ n’est que rarement et dans les secousses les plus violentes, que l’on a observé des mouvements giratoires. Les petites oscillations du solse manifestent ordinairement sous la forme d’ondulations. Les mouvements, isolés et souvent assez violents, proviennent de secousses
* Voy. Üurineisler, Sol irc nur le tremblement de terre de Mendoza dan» les Abhandlumjen der Satur for sehenden Gesellschaft de Hallt», vrt, 122 et scq. G.
* l.'année 1K4(» a été très-riche en tremblements de terre et en phénomènes volcaniques. b*s secousses ressen lief en To>canc, le H août, et la ^rnmlc éruption de l’Ilécla, commencée le 2 septembre 181», peuvent compter parmi les plus intenses. I/Allomagnc et surtout les pays du itliin ont été violemment ébranlés le 211 juillet. — Voy. les publications tic Noggoralh [das Erdbeben, v. 2U Jtili. Iloim. 1X17, in-4", et de Bogner (das Erdbeben und seine Erschcinnmjcn . Krankt', a. M. 1817. 8:.