CHAPITRE VI
verticales, qui consistent dans un brusque soulèvement et alTaisscment du sol, suivis de légères trépidations. Dans tous les tremblements de terre étendus et violents, on remarque que, dans la région des effets les plus intenses, le mouvement ressemble à un déplacement giratoire occupant uniquement le centre d’ébranlement, et qui ensuite se propage de toutes parts en forme d’onde dans les régions attenantes. Tels étaient les terribles cataclysmes qui dévastèrent la Calabre et Lisbonne.
11 est bien établi que les tremblements de terre sont causés par des forces souterraines agissant de bas en haut. Les divers genres de mouvements (pic nous venons de décrire s’expliquent très-bien avec cette origine. Lorsque la force agit verticalement de bas en baut, elle communique l'impulsion de couche en couche, et l’effet produit est un simple choc, d’autant moins sensible dans toute la zone ébranlée, qu’on se trouve plus éloigné du point qui a reçu le choc verticalement. Dans ce cas, on peut tracer un cercle ou une ellipse circonscrivant la région où la secousse a manifesté son action. Cette ligure forme le cercle if ébranlement , et sa délimitation, sa grandeur, sg superficie et sa position par rapport aux contrées voisines, surtout par rapport aux montagnes, sont importantes, si l’on veut connaître les tremblements de terre avec toute la rigueur scientifique et saisir leurs connexions avec les autres phénomènes. Mais tous les tremblements de terre n’agissent pas de cette manière; beaucoup ne se propagent que dans une direction et avec une intensité variable. Ces tremblements de terre ont toujours un mouvement ondulatoire et produisent des effets très-romarquablcs. Les secousses perpendiculaires, et surtout les mouvements giratoires, bouleversent complètement le sol et surtout les édifices construits à sa surface par le travail de l’homme. Avec les ondulations à progression rectiligne, on remarque souvent le fait singulier que les objets placés à angle droit avec les ondulations sont détruits, tandis que ceux qui sont parallèles et situés dans le même sens demeurent intacts. Ce fait est important pour les observateurs qui, partant d’effets donnés, recherchent les causes et la direction des mouvements. L’examen des ruines leur donne un moyen de retrouver la direction et souvent aussi la cause. La vue seule du sol peut aussi donner ces indications, lorsqu’il a été bouleversé et crevassé, cc qui se présente fréquemment dans les violentes secousses. Lorsque les rrc-
fi
MC
vasses sont parallèles avec une direction unique, elles dénotent un tremblement de terre de faible intensité accompagné de mouvements ondulatoires. Lorsque les crevasses rayonnent d'un point central, elles sont le résultat d’une secousse simple et verticale. Si elles forment des arcs de cercle autour d'un point, nous sommes reportés à des mouvements giratoires. L’étude de ces divers phénomènes est d’une grande importance pour comprendre quelques-unes des circonstances de la formation du Globe, et elle peut surtout, comme nous le verrons bientôt, donner occasion à d’intéressants rapprochements sur la forme des montagnes isolées et des chaînes.
A ce point de vue, il est d'un grand intérêt de noter le mode suivant lequel les secousses se succèdent et se disposent les unes par rapport aux autres; si elles se reproduisent au même point, ou bien se suivent dans une direction déterminée, ou enfin si elles sont distribuées sur une certaine étendue. Le tremblement de terre qui dévasta la Calabre, en 1783, appartenait au second de ces trois cas. , Les trois secousses principales des 5 et 7 février et du 28 mars étaient échelonnées sur une même ligne, chaque centre éloigné de l’autre de 5 à G milles plus au nord. La ligne droite qu’ils traçaient suivait la principale cliainc de montagnes qui traverse la Calabre, et se tenait sur le versant en face de la Sicile. Cette disposition des centres d’ébranlement fait comprendre pourquoi le versant oriental de la Calabre fut beaucoup moins offensé que l’ouest, pourquoi les contrées placées dans la direction de la ligne de secousse furent dévastées si cruellement, et pourquoi enfin l’ébranlement fit sentir scs ravages jusqu’en Sicile, tandis que la côte orientale de la Calabre n’eut pas trop à souffrir. 11 est évident que le massif des montagnes opposa une digue aux secousses sur ce côté et les affaiblit par sa résistance. Au contraire, les couches légères du versant occidental furent ébranlées plus fortement et offrirent par leur pente vers la mer les conditions les plus favorables pour la propagation des ondulations, qui s’étendirent très-loin dans ee sens.
La nature du sol d’une région a donc une inllucncc très-importante sur la transmission des secousses, et l’exemple de la Calabre prouve, à ce point de vue, que les chaînes de montagnes arrêtent la propagation des ondulations perpendiculaires à leur ligne de faite, et qu'au contraire elles favorisent celles qui courent parallèlement à celle direction. La généralité de ce principe est établie et dénion-