CHAPITRE I
substance est finement divisée et terreuse, ses éléments sont agglomérés par une action mécanique, et, suivant que leur structure est plus serrée ou plus poreuse, elles possèdent divers degrés de dureté et de résistance. La masse consiste toujours en argile, marne ou chaux, qui tantôt sont pures, tantôt intimement mélangées avec des sables quartzoux, Elles prennent divers noms suivant leur nature argileuse, marneuse eu calcaire ou bien suivant que le sable pré- v domine jusqu’à ce qu’il forme la masse totale de l'assise. Dans son intérieur, chaque couche a souvent une disposition stratifiéc% qui est tantôt plus mince, tantôt plus épaisse et peut même atteindre à un degré extrême de finesse. Dans ce cas, elles prennent le nom de schistes argileux, marneux, calcaires ou autres. Personne ne doute que cette texture schisteuse ne dénote une formation par couches, cl lorsque nous rencontrons dans toutes ces assises les restes indubitables d’organismes, qui peuvent vivre seulement dans l'eau et par conséquent y ont vécu, nous pouvons sans difficulté admettre que ces couches sont des dépôts aqueux et qu’à l’époque de leur formation, l’eau, au sein de laquelle ils se. déposèrent, était déjà peuplée d’étres vivants. Ces restes de corps organisés, connus sous le nom de fossiles, qu’ils appartiennent à des êtres aquatiques ou à des êtres terrestres, aboutissent à la même démonstration ; aucune subtance organique, en effet, pas même la substance calcaire qui compose les coquilles et le squelette des animaux, ne résiste au feu, ou même ne se conserve intacte sous l’influcuce d’une haute température. Les couches qui renferment des fossiles ne peuvent donc [toinl avoir passé par un état de fusion ignée ; elles ne peuvent être que le résultat de dissolutions ou de mélanges aqueux. Ces fossiles, [tartout où' ils se rencontrent, dénotent un mode de formation par dépôt au sein de l’eau ; s’ils appartiennent à des êtres terrestres, ils donnent la preuve la plus certaine que, au temps où ils vivaient, la terre ferme existait déjà et que le Globe n’était plus couvert d’un unique océan sans rivage. Leur gisement et la formation aqueuse des couches dans lesquelles on les rencontre, mettent hors de doute que la mer s’étendait alors sur ces parties de la terre, et qu’elle recueillit après leur mort les organismes qui vivaient sur nos côtes, soit qu’éteints de mort naturelle, ils aient été apportés par des courants, soit que la mer débordée les ait engloutis et entraînés en reculant, puis enfouis dans les couches nouvelles qui se déposèrent pendant cette cati-
strophe. Ces faits incontestables établissent parfaitement l’origine neptuniennc des assises du Globe disposées en courbes parallèles et renfermant des fossiles. Celle théorie est très-naturelle et l'impossibilité de toute autre hypothèse aussi évidente que peut l’étre une vérité scientifique.
Mais le Globe terrestre n’est pas composé uniquement d’assises stratifiée^ Une grande partie, de beaucoup la plus considérable, possède une structure différente, la structure ciistalline ou compacte'. Les roches de fette nature ne peuvent pas être considérées comme le résultat d'un dépôt mécanique; il est extrêmement rarequ’elles contiennent des fossiles et nous sommes forcés de conclure que lors de leur formation il n’existait pas encore d’organismes, ou bien qu elles se sont formées suivant un procédé contraire à la conservation des substances organiques. Ces deux opinions sont admissibles, mais ne sont pas partout également vraisemblables. En effet, nous rencontrons eu beaucoup de lieux des roches cristallines ou compactes qui reposent sur des assises renfermant des fossiles. Il n’est donc pas permis de douter que des organismes vivaient au moment de leur apparition et de leur formation, et qu’elles ont dù, par conséquent, être formées par un procédé impropre à la conservation des matières organiques. Lorsque ensuite nous constatons que les roches cristallines ou compactes, situées plus profondément que toutes les couches stratifiées, possèdent aussi les mêmes propriétés, la même structure, les mêmes éléments, constatés dans ces formations privées de fossiles , il est clair que nous sommes en droit de leur attribuer une formation analogue et de supposer un état primitif dé fusion ignée. Cette manière de voir pour ces roches est aussi généralement acceptée, que l’origine aqueuse des assises stratifiées parsemées de fossiles. En outre, comme elle nous donne les meilleures réponses îiir la possibilité des grandes
1 I,cs mol*« cristallin fl compacte, empruntés au langage scientifique, oui besoin d'une définition exacte. Un nomme cristallines If s roches composé«'* «1*11110 substance homogène simple, même à l'examen le plus précis du microscope, et qui à l'inlér.eur possèdent des surface^ de division invisibles, disposées régulièrement entre elles, suivant lesquelles eHes se fragmentent sous l'action violente des a^eul* extérieurs. J'appelle compactes toutes les roches non terreuses et qui ne sont pas é\ ideiuinenl cristallines. Je les distingue de ces dernières par l'absence de surfaces de division naturelles et invisibles, des premières par le manque d'une structure finement divisée et terreuse. Ordinairement on désigne par le terme vomi acte toutes les matières non schisteuses formant de grandes masses.