CHAPITRE VIII
quelques considérations sur la nature probable des corps placés audessous de ces matières en fusion. Nous nous appuirons sur des fondements analogues à ceux qui nous ont servi à établir l’hypothèse d’un stratum à l’état de fusion ignée au-dessous de l’écorce solide.
Dans un dessein semblable à celui que nous poursuivons, d’éclairer l’bistoire primitive du Cdobe à l’aide des phénomènes actuels, on a proposé diverses hypothèses sur la nature du noyau central de la Terre. Tantôt on a dit qu’il était creux , tantôt on l’a considéré comme rempli de matières y azeuses . Cette dernière opinion acquit un certain degré de vraisemblance du moment où l’on admit que la chaleur intérieure s’accroissait rapidement suivant une progression géométrique. Mais la pression que les masses périphériques exercent et ont toujours exercée sur les matières centrales ne permettait point de l’accepter pour définitive. — Laissant de côté des conjectures aussi hypothétiques, revenons aux faits accessibles à l'observation immédiate et découverts par cette voie. La densité de la Terre appartient à cette catégorie. Elle nous permet de peser le Globe avec tous ses éléments ; on a trouvé que son poids est cinq fois plus grand que celui d’une spbère d’eau d’un volume égal. Le rapport de pesanteur établi entre le poids d’un corps, et celui d’un volume d’eau égal à celui de ce corps, s’appelle son poids spécifique qui, en chiffres précis, est pour la Terre 5,44'. Ce résultat est trèssurprenant, car en prenant le poids spécifique de tous les corps solides constituant l’écorce du Globe, on obtient une pesanteur moyenne de 2,78. De plus, en tenant compte des eaux de la mer, dont la place immense occupée par elle à la surface de la Terre mérite d’ètre prise en considération, lorsqu’il s’agit du poids spécifique de la croûte entière, on'voit ce chiffre se réduire encore à 1 ,52. Si la Terre était donc constituée dans sa profondeur d’éléments semblables à ceux de la croûte, son poids spécifique général ne pourrait être différent de celui de cette dernière. 11 devrait même s’abaisser encore. En effet, l’eau n’existe pas seulement à la surface, elle pénètre partout à des profondeurs considérables et même, comme nous l’avons fait voir plus haut, descend probablement jus-
% Aujounrhui on admet plutôt le nombre 4,0.1, résultat do recherches précises exécutées par F. Reich. Voir, de ce savant. Expérience* sur la densité moyenne de la terre au moyen de la balance de torsion. Freiberff, 1838. In-X.
qu'au foyer des volcans. Mais si le poids spécifique réel de la Terre est de 5,44, chiffre sur lequel nous ne pouvons guère élever de doute, vu la parfaite concordance des résultats obtenus par les astronomes et les physiciens, il faut bien admettre que les couches de la Terre, au-dessous de l’écorce connue de uous, ont un poids beaucoup plus considérable, puisque pesées avec cette écorce elles donnent pour toute la masse terrestre un poids spécifique si considérable. Cette série de raisonnements est inattaquable et fondée sur des faits positifs acquis par l’observation'. Elle nous conduit immédiatement à ce nouveau et important résultat que ce sont des métaux qui occupent le centre de la Terre et augmentent sa masse. Ces corps sont, en effet, les seuls dont le poids soit de beaucoup supérieur à celui des parties élémentaires de l’écorce. Cette opinion est admissible et justifiée sous tous les rapports. Mais il serait risqué de vouloir dire comment et dans quel état les métaux se trouvent et lequel d’entre eux prédomine. On ne peut répondre à ces deux questions que par des probabilités ou des conjectures; il est donc sans importance que nous tentions de donner une réponse ou que nous la passions absolument sous silence. Néanmoins, comme certains lecteurs peuvent encore être curieux de connaître une simple conjecture, nous mentionnerons l’hypothèse d’après laquelle une grande quantité de fer existe au centre de la Terre. Cette théorie s’appuie particulièrement sur ce que le fer est le plus commun de tous les métaux répandus dans l’écorce terrestre, et sur ce que toutes les laves volcaniques contiennent de ce métal. La proportion renfermée dans quelques-unes est suffisante pour agir sur l’aimant. Les aérolithes ou pierres météoriques qui de temps en temps tombent sur notre planète et, soumises à l’analyse, se montrent la plupart du temps* presque entièrement composées de fer,
1 On ne peut développer ici plus complètement In méthode par laquelle on a obtenu cos résultats ; car son intelligence suppose des notions étendues de physique et «le mathématiques. Quant aux lecteurs possédant des connaissances assez complètes pour aborder ce domaine d'investigation scientifique, je les renvoie au Manuel de tjéoyraphie mathématique de Schmidt, I, 587, g 418, et surtout II, 409-487, 8 537-352.
On distingue deux espèce« de pierres météoriques d'après leurs éléments chimiques. La plus fréquente se compose principalement de fer (70 à 90 pour 100) et de nickel ; l'autre, la plus rare, est un mélange de silicates cristallins sans fer : laugite, le labrador, l'alhile et le hornblende en Tonnent la masse principale. Voir llerzeliiis dans le Sourrl annuaire de Ijconhard et Bronn, 1830, p. 509, et Haiumelslierg, Dictionnaire de chimie minérale, I, 4*2*2, et suppl. I, 08. Aujourd'hui on nomme les premières fer météorique et les secondes jnerre « météorique*.