CHAPITRE II
Phénomène* produits par l'action mécanique de l'eau dans les temps modernes. — Fleuves« lacs, mers. — Formations sèdimentaires.
Les considérations théoriques qui précèdent n'avaient d’autre but que de faire connaître au lecteur la méthode générale qui nous a guidé dans la description des phénomènes de la Création. Il faut d’ahord bien saisir les faits modernes, faire sortir les effets de leurs causes, et établir les rapports compliqués qui existent entre eux. Alors l'unité du plan devient claire et intelligible, et la diversité des phénomènes apparaît comme le résultat nécessaire de lois fixes. Mais on ne peut arriver là sans une connaissance générale des principales lois que nous allons d’abord étudier. Nous avons constaté précédemment que deux agents jouent le principal rôle dans la création et que l’un d’eux, à cause deson importance supérieure, prend la première place, bien que la part du second dans les phénomènes n’en reste pas moins très-considérable. Ce résultat, à la vérité, n’est qu’une anticipation, qui ne pourra être prouvée que par ce qui suit. Nous allons donc procéder à cette démonstration en étudiant l’influence que l’élément humide et l’élément igné ont exercée dans la période présente sur la conformation et les modifications de la surface du Globe. Cette étude nous donnera la base la plus solide pour apprécier les phénomènes des époques primitives.
L’eau a une double action , à savoir : une action mécanique el une action chimique. Dans le premier cas, elle use le sol, produit des atterrissements, exécute des transports ; dans le second elle dissout les matières, qui alors réagissent de mille manières les unes sur
IIISTOIHE DE I.A CRÉATION.
les aulres, les sépare el enfin les dépose toutes en s’évaporant, soit ■t à l’air libre, soit par l’action d’une hanté température. L’eau nous donne encore aujourd'hui la preuve de ees phénomènes divers sur tous les points de la surface du Globe.
Son action mécanique est la plus apparente et la plus importante. Elle est proprement la cause principale des changements actuels ; nous lui accorderons donc tout d'abord notre attention. Les roches les plus dures ne lui échappent point et l’eau unie à l’air atmosphérique exerce sur toutes une puissante action. Considérons en effet celle goutte d’eau qui, tombant pendant de longues années, se creuse à la fin une cavité dans les roches solides. Cette cavité se forme plus ou moins lentement suivant la hauteur de la chute et la dureté de la roche. L’observation des égouts formés au pied d’antiques édifices, où le sol n'a pas été remanié pendant de longues périodes d’années, nous démontre que la pierre la plus dure résiste le plus longtemps à la chute des gouttes d’eau. Le grès cède le plus vite, le calcaire résiste mieux, la brique bien cuite offre encore plus de résistance, le sable mouvant et poreux enfin ne tient point et est entraîné après chaque pluie. Les canaux dans lesquels l’eau coule depuis de longues années nous manifestent encore plus clairement aon pouvoir d’érosion. On constate, en eilet, que l’eau puren’use que 1 lentement, mais que son action devient plus énergique lorsqu'elle roule du sable ou des cailloux et que les grains les plus petits rongent incessamment les parois des canaux, s’usent eux-mêmes sur ces parois et se broient réciproquement. 11 est donc évident que la faculté érosivc de l’eau s’accroît dès qu’elle entraîne des corps durs el qu’en outre de son action érosivc sur les masses fixes, elle peut encore devenir une cause de mouvement pour les matières mobiles. Mais cela arrive seulement lorsque l’eau coule sur une surface convenable. Tant que le sol sur lequel elle repose est une plaine parfaitement horizontale, elle reste en place et s’étend jusqu’à ce qu’elle y trouve une pente par où elle puisse s’écouler. Mais lorsque l’eau est devenue calme, les corps charriés par elle perdent aussi leur mouvement et tous ceux qui ne sont pas très-légers tombent au fond, les lourds plus rapidement, les légers plus lentement. Ces phénomènes causés par l’eau se produisent à chaque pluie sur les chemins : leur réalité n’a donc pas besoin d'étre démontrée. Ils épuisent la somme des actions que l’eau peut exercer par voie mécanique