‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 62 sur 295 · CHAPITRE R · texte numérisé non relu

CHAPITRE R

quéc. Nous no pourrons pas considérer noire Terre comme un corps céleste qui, après avoir été achevé, fut détruit par un autre et ramené au mélange chaotique de ses éléments. Cette supposition ne pourra pas nous servir à expliquer les révolutions que l’observation nous fait reconnaître à sa surface. Dans cette hypothèse, en effet, l’état actuel ne serait point le résultat d’un développement dérivant nécessairement d’un plan primordial, mais il proviendrait d’un événement accidentel dont la cause ne découlerait point de ce plan. Mais il n’existe point d’événements de cette sorte dans la nature. Ce que nous nommons accident est le résultat certainement nécessaire de causes inconnues et, par conséquent, régulier comme tous les phénomènes naturels. Chaque révolution est donc un fait produit par les lois auxquelles la Terre est soumise. C’est un acte nécessaire de la création et de l’évolution progressive dont l’origine ne peut se trouver dans une cause extérieure ou étrangère, telle que la dépravation générale des hommes. Celui qui recherche dans les événements naturels des châtiments jetés sur les mortels par des puissances supérieures, apprécie l’ordre universel à la mesure des déterminations du cœur humain et lui attribue dés causes tout à fait étrangères. Les châtiments imposés par le ciel aux hommes, depuis qu’ils existent, ont toujours été exécutés par eux-mèmes. L’histoire nous l’enseigne en traits sanglants. Pour cette opinion Idéologique, l'ordre du inonde reste un mystère que personne ne peut deviner ; elle introduit des motifs purement humains à la place des lois positives de la nature. Il serait plus juste de dire que l'homme a été destiné pour le reste de la création que de croire les autres êtres créés pour lui. Il forme, en effet, le dernier anneau de la chaîne des créatures qui habitent la Terre avec lui. Il vit seulement par son activité personnelle, par le travail, et il agit suivant les Joie naturelles de son développement lorsqu’il s’empare sans merci de ce qui l’entoure, s’imaginant, comme l’animal, que les objets placés à sa portée sont là pour subvenir à ses besoins.

Nous formulerons donc comme il suit cette première cause, cette condition primordiale qui entraîna à sa suite toutes les phases ultérieures comme les moments d’une évolution nécessaire :

Le Globe terrestre, a l’origine de son existence, formait une vaste

SPHÈRE I)E GAZ OUI SE LIQUÉFIA PAR DES CONDENSATIONS SUCCESSIVES ET ARRIVA A SON DERNIER ÉTAT PAR UN REFROIDISSEMENT LENT.

144 1IIST0IUE UE LA CBÉAT10N.

Avant de poursuivre les conséquences dérivant de cette hypothèse, et de montrer que cette condensation d'une matière primitivement gazeuse devait produire des phénomènes semblables à ceux que nous observons dans la croûte terrestre, il nous faut exposer les principes qui peuvent servir à la justifier.

Le premier et le plus important de ces principes se trouve dans le Globe terrestre lui-même. Sa température, comme nous l’avons vu, est encore très-élcvéc à l’intérieur et toutes les parties élémentaires de son écorce sont de nature à pouvoir se transformer en gaz sous l’action d'une chaleur très-intense. Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur ces propositions, car nous les avons déjà traitées complètement dans le chapitre précédent, i Nous trouvons la seconde base, sur laquelle s’appuie notre hypothèse, dans les corps célestes 1 faisant partie de notre système solaire. En effet, ils possèdent des degrés de densité très-différents et ils présentent en série toutes les phases de condensation que nous imaginons comme les degrés successifs par lesquels notre Globe a passé dans son développement. Parmi les planètes, une seule d’entre elles, Mercure, la plus voisine du soleil, surpasse notre Globe à cet égard. Sa masse comparée à celle de la Terre, d’après le poids spécifique de chacun des astres, est comme fi à 5. — Tous les autres membres de notre système sont formés de matières moins denses, et la différence entre Vénus et notre Terre, qui lui ressemble à tant d’égards, est très-peu considérable. La Lune, placée à une distance encore plus rapprochée de la Terre, est un des corps célestes les moins denses. Le poids spécifique de ses éléments est à celui de la Terre comme 5 à 9. Le Soleil, enfin, point central de tout le système, dont le volume est 700 fois plus grand que celui de toutes les autres planètes ensemble et i,b00,000 fois que celui de la Terre, lui est bien inférieur, ainsi qu’à Vénus et à Mercure, pour la densité de sa matière. Elle est même encore plus légère que celle de Mars et se rapproche beaucoup de celle de Jupiter dont les éléments, bien qu’appartenant à Lu plus volumineuse des planètes, sont quatre fois moins denses que ceux de la Terre et par conséquent ont une consistance très-peu supérieure à celle de l’eau. Uranus et

1 Des développements plus détaillés sur les faits en question se trouvent dans les 7x<- Ircs astronomiques (Mitau, 1816, in-8' de J. -II. M.edler, auxquelles nous renvoyons nos ecleurs.

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