CHAPITRE X
Conséquence« de cette théorie. — Position des couches. Age relatif des montagne«.
Une hypothèse acquiert tic la probabilité, surtout lorsqu’elle se trouve en harmonie avec les phénomènes qui en découlent et qu’elle conduit à des conclusions et à des conséquences nouvelles répondant aux laits acquis par l’expérience. Nous ne tarderons donc pas plus longtemps pour soumettre notre hypothèse à cette épreuve, et nous allons examiner le mode de gisement des couches sédimentaires en elles-mêmes et dans leurs .rapports avec les roches cristallines. Les laits nous Feront voir combien notre théorie concorde avec la réalité sur ces deux points.
Dans toute assise terrestre sédimentairc, on reconnaît, en examinant attentivement sa structure, ou une position horizontale des plans de stratification, ou une position inclinée pouvant atteindre jusqu’à la verticule. La première position s’explique de soi-même comme nécessaire, puisque tous les dépôts formés au sein des eaux, obéissant à l'action de la pesanteur, suivent uniformément la direction du rayon terrestre. Mais la cause de la seconde position ne nous apparaît pas aussi rapidement. Si le sol sur lequel les couches se. déposèrent était inégal, le niveau des plans de stratification pouvait aussi présenter ces inégalités et sur certains points sc trouver en pente. Mais jamais un fond ainsi constitué ne pouvait faire prendre une position verticale aux sédiments. Nous n’avons qu’un seul moyen d’expliquer ce dernier cas ; c’est de le considérer comme le résultat d’un redressement opéré sur des couches horizontales ou inclinées. De plus, connue celte manière de voir nous explique dans
la plupart des cas les circonstances, qui accompagnent les couches inclinées, mieux que le dépôt au-dessus d’un fond inégal, nous donnerons l’avantage à la théorie du redressement. En effet, qu'une masse stratifiée couchée horizontalement viennent à être déchirée dans une certaine direction par une force agissant de bas en haut et qu’elle ne conserve plus exactement son ancien nivellement, les deux bords de la crevasse devront se déplacer l’un par rapport à l’autre. Ces déplacements peuvent être très-différents, surtout si on ne les considère pas d’après une échelle graduée. Mais pour la direction qu’ils suivent on ne peut trouver que les trois cas suivants.
I" Les deux bords de la crevasse sont soulevés.
‘2° Les deux bords de la crevasse s’affaissent.
3“ Un des bords reste en place, l’autre est soulevé ou abaissé.
Dans le premier de ces trois cas, il suffit de réfléchir un instant pour comprendre que la partie soulevée constitue une ligne de hauteurs courant dans le sens de la crevasse et dont le sommet est parallèle avec celle ligne, tant qu’il est formé par la nouvelle surface de déchirement. Les flancs, au contraire, s’inclinent vers la plaine et font un angle donné avec l’horizon. On donne à cet angle le nom d'angle d'inclinaison, ou simplement comme les mineurs inclinaison d’une couche. La direction, dans laquelle les couches s’étendent parallèlement aux hauteurs qu’elles forment, s’appelle leur ligne de direction, ou simplement leur direction. Ces deux circonstances sont d’une grande importance pour prendre une connaissance exacte de toutes les couches. Eu effet, avec l’angle d’inclinaison on peut déduire sur le champ la puissance du soulèvement, et avec la ligne de direction le sens dans lequel il s’est étendu. Celte dernière circonstance est d’ailleurs facile à déterminer à l’aide de l’angle d’inclinaison, puisqu’ils sont tous deux dans un rapport réciproque qui nous la met sous les yeux. Le plan de l’angle d’inclinaison perpendiculaire sur le plan de stratification suit le sens dans lequel il est relevé, d’où il résulte que la ligne de direction est perpendiculaire aussi sur le plan d’inclinaison. Lorsqu’on a reconnu l’angle d’inclinaison d’une couche, il suffiL de prolonger un plan qui lui soit perpendiculaire pour obtenir sa ligne de direction. On reconnaîtra bientôt si celle-ci est droite, à courbure simple ou
CUAVIThK X, 17!)
plusieurs fois repliée, cas qui peuvent tous se rencontrer. Celle diversité dans les directions s’explique par la forme des masses qui ont causé le soulèvement des. couches. Lorsque les matières éruptives étaient disposées régulièrement sur une chaîne en forme de faite, la ligne de direction fut assez, droite; lorsqu'elles avaient la forme d'un cône isolé, elle décrivit un cercle autour d'elles ; mais lorsqu’elles formèrent une série de dents, tantôt plus épaisses, tantôt plus minces, occupant la crête, la ligne de direction supant l'épaisseur de ces dents se courba tantôt eu dedans, tantôt en dehors et présenta une forme ondulée. ^ *
Après ces considérations sur le premier cas, examinons le second cas d’inclinaison des couches dans lequel les deux bords s’affaissent vers la crevasse. Il diffère du précédent seulement par cette circonstance que les pentes d’inclinaison sont tournées l’une vers l’autre, tandis que dans le cas des bords relevés elles sont opposées. I>u reste, tous les rapports d’inclinaison et de direction sc reproduisent ici et conservent les mêmes dénominations. Le troisième cas aussi n’apporte aucun changement dans celte terminologie. En effet, une couche soulevée ou abaissée fait toujours apparaître un angle d’inclinaison et une ligne de direction qui tous deux manquent aux couches horizontales.
Ces trois cas reposent sur la supposition (pie les couches ont été réellement déchirées, supposition qui n’est pas exacte pour tous les cas : il existe, au contraire, beaucoup de niasses stratifiées soulevées sans avoir été déchirées pour cela. Il a très-bien pu sc produire un soulèvement ou un affaissement du sol su r lequel la couche repose sans que ce phénomène l’ait fracturé. Ce cas se présenta surtout lorsque les couches n’étaient pas encore complètement solidifiées et qu’elles possédaient une certaine élasticité, que, en qualité de dépôts au sein de l’élément aqueux, elles pouvaient trèsbien avoir dans la première période de leur formation. Nous pouvons donc rencontrer des couches soulevées ou déprimées restées intactes dans leur ensemble et auxquelles nous appliquerons cependant les mêmes expressions pour désigner leur inclinaison cl leur direction. De plus, nous ne pourrons par toujours supposer un soulèvement on une dépression dans ce cas. En effet, un dépôt stratifié formé sur un fond déjà soulevé ou déprimé produirait des résultats assez semblables. Les couches affectant cette disposition exigent
(flic nous leur consacrions un examen aUcntif avant de faire l'Iiis- loire de leur formation.
Dans les descriptions précédentes, nous avons admis tacitement que toutes les couches de chaque roche se succèdent régulièrement les unes aux autres et se superposent par des surfaces planes où légèrement courbées, comme cela doit avoir lieu pour des dépôts formés lentement au milieu d’eaux tranquilles. Si la plupart des couches remplissent ces conditions, elles ne le font cependant pas toutes, beaucoup sont repliées sur elles-mêmes de mille façons, ou décrivent des lignes en zigzag, s’entrecoupent sous les angles les plus aigus et bouleversent complètement sur certains points le plan . * de stratification, line disposition semblable n’a pu être produite par un dépôt lent et prolongé ; elle démontre l’existence de bouleversements cl de remaniements postérieurs. Les plissements en zigzag et les courbures irrégulières s'expliquent parfaitement par l’action simultanée de deux forces différentes, dont l’une agissait perpendiculairement de haut %n bas, et la seconde, avec une énergie plus
grande, exerçait une pression de deux côtés opposés. Les couches peu élastiques comprimées de la sorte se replièrent sur elles-mêmes et soulevèrent de haut en bas les masses placées sur elles. Il n’était point nécessaire que celles-ci lussent solides. Le poids des eaux au tond desquelles les couches se déposaient dut souvent suffire pour causer de ces plissements, lorsqu’il se produisit des soulèvements dans des directions parallèles au sein des couches et que les matières éruptives, tout en soulevant ces dernières, les pressèrent les unes sur les autres au moyen des bords de la crevasse. Le dessin des couches