‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 8 sur 295 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

précipite dix fois du haut de murailles de rochers et atteint à Syène, au-dessous de la dixième cataracte, la vallée d'Égypte analogue par sa conformation, mais moins tuurmenlée. Jusque-là il est accoin pagne par les roches granitiques qui quelquefois bordent ses rives. Mais à partir de Syène, le courant traverse un plateau de grès atteignant de 5Ö0 à 500 pieds d’altitude. La chaîne occidentale ou libyquc a une pente douce et passe sur le versant opposé peu à peu aux sables du Sahara. La chaîne orientale ou arabique, nommée aujourd'hui Dgebel Mokatlam, est en grande partie formée de hautes masses de granit. Elle circonscrit plusieurs vallées latérales qui la coupent obliquement et servirent jadis à relier la vallée du Nil avec la mer Rouge. Son versant, du cèle du fleuve, est presque toujours abrupt, en sorte que celui-ci se presse la plupart du temps très-près de la lisière orientale de sa vallée. Deux fois, à Selselch et Gebelcyn, les grès arrivent si près du fleuve, qu’il ne lui reste plus que sa largeur exacte.

Ensuite la vallée reprend une largeur île 2 lieues et vient aboutir au-dessus du Caire, point où la chaîne libyquc se détourne dans la direction du nord-ouest vers la côte, tandis que la chaîne arabique se dirige presque à angle droit vers la mer Rouge. Elles embrassent un angle de 140°, dans lequel le fleuve peut s’étendre et dont il sillonne la surface par de nombreux canaux. Ces plaines se succèdent sous forme de terrasses et sont traversées sur leur lisière par d’étroites vallées transversales dans lesquelles les cailloux roulés et autres débris prouvent péremptoirement la présence de l’eau dans les temps primitifs. La vallée située à l’est s’appelle la vallée de l’Égarement, celle de l’ouest se divise en deux vallées parallèles dont la plus voisine du fleuve porte le nom de Rivière sam eau (Rarel bêla ma). L’autre renferme la série des laes Natrons, d’où les anciens Egyptiens tiraient les matières pour l’embaumement des momies. La première et la plus grande des pyramides repose sur une colline à Gizch, entre ces deux vallées, eu face de l’antique Memphis.

Hérodote déjà déclarait (I. II, c. 5.) que toute la vallée du Nil est de formation récente, qu’elle est le produit des inondations annuelles du fleuve. L’observation des phénomènes analogues, quoique moins réguliers et moins grandioses, qui se produisent dans les fleuves de l’Allemagne du Nord, nous démontre encore avec une pleine évidence

IIISTOIItK DK LA Cil KATION

• la propriété que possède le Nil de créer des terres. — L’antiquité ignora la cause de ses crues, cause qu’il faut attribuer aux pluies considérables qui inondent tous les étés le plateau élevé de. l'Abyssinie. L'eau de ces pluies provient de l’évaporation produite à la surface de la Méditerranée. Les vapeurs chassées à travers les régions brûlantes du Sahara sont poussées vers les hautes montagnes au sommet desquelles, rencontrant des couches d'air plus froides, elles se condensent eu eau et tombent, causant ainsi une crue dans le parcours entier du Meuve jusqu'à la mer. Cette crue commence en Égypte avec le mois de juillet; au milieu d'août, le Meuve envahit ses rives et continue à croître jusqu’à la lin de septembre. Il atteint alors une hauteur de 18 à ‘20 pieds et submerge peu à peu toute la vallée jusqu’au pied des montagnes. Vers la lin d’octobre, il rentre dans son lit, et, à partir de ce moment, s'abaisse lentement de plus en plus jusqu’au commencement de juin, époque à laquelle ses eaux arrivent à leur niveau le plus bas. Les eaux, assez claires et pures pendant cette dernière période, se colorent eu rouge à l’époque du débordement. Cette coloration leur vient des particules terreuses qu’elles enlraiiicul des régions supérieures de leur cours et qu’elles déposent partout où le courant se ralentit en s’étendant sur une large plaine, et sur les points où il est arrêté par des digues artificielles. En rentrant dans sou lit, il laisse une couche de sable recouverte d’un limon rouge déposée pendant les hautes eaux. Le sol s’élève ainsi chaque année, les couches de terre deviennent plus épaisses et la vallée de plus eu plus unie. Le rapport du niveau du Meuve avec ses rives reste le même, car le lit du Meuve lui-méme prend part à cette surélévation générale. Le courant arrive à la mer ainsi chargé de limon et de sable; mais bientôt après y avoir pénétré, il perd son mouvement, laisse tomber ces matières, et le fond de la mer s’élève de la même manière que le sol de la vallée sur lequel le Meuve déborde. Tous ces faits étaient connus dans l’antiquité. Hérodote nous apprend que, à une journée île la côte, ou retrouve encore au fond de la mer le limon apporté par le Nil. Il appelle toute la basse Egypte jusqu'à la mer un présent du Ml, et décrit le Hella comme une région marécageuse que l’on ne put utiliser qu’au moyen d’endigucments. Avant cela, rapporle-t-il (I. Il, c. 15), il suffisait au Meuve de s'élever de 8 pieds pour submerger la région au-dessous de Memphis, tandis que de sou temps il fallait une crue de la à 16 pieds.

CHAl'ITKK II.

Cette opinion lut admis;; par tonte l'antiquité. Aristote en parle avec • détails, et Plutarque s'efforce de démontrer tant bien que mal qu 'Homère a mentionne l'ile du Pliare, et que primitivement elle était beaucoup plus éloignée de la eùte. Aujourd'hui le Delta est bien différent de ce qu’il était à l'époque romaine, temps auquel Strabou nous eu a donné une description. Aujourd'hui la bilurcation se trouve 2 lieues plus bas qu'elle n'était alors, et la principale embouchure à l’ouest, qui alors était à Canope, s'est transportée à Rosette. Un changement analogue s’est produit à l'est. Des deux branches formées par la bifurcation, la branche orientale dirigée vers Péluse était primitivement la plus importance; et l’autre, qui aujourd'hui déverse près île Damiette la plus grande masse d'eau, n’était qu’un simpk* fosse. En résumé, l’étendue du Delta s’est accrue eu projetant sa base plus loin dans la mer. Ce fait est facile à expliquer par l'action réciproque de la mer et du fleuve l'un sur l’autre. Ils se heurtent à l'embouchure et détruisent leur mouvement respectif. Le courant du fleuve est paralysé, sa force d’impulsion disparait, et les particules terreuses se déposent. Les eaux, qui toujours affluent, les rejettent hors du lit sur les côtés, où elles s'entassent sous forme de digues. Les flots de la mer se précipitent sur cet obstacle, le renversent et en entraînent les matériaux plus loin latéralement et le long des rivages voisins, sur lesquels le l!u)'ta se dépose de nouveau et forme des bas-fonds parallèles aux côtes, d autant plus éloignés de ees dernières que les digues de l'embouchure s'avancent plus dans la mer.

Lorsque ees bas-fonds atteignent la surface de la mer, les Ilots viennent se briser dessus et contribuent à les exhausser en leur apportant de nouveaux matériaux puisés dans les profondeurs jusqu'à ce que le bas-fond dépasse le niveau normal des eaux. Les vents qui soufflent de la mer vers la terre concourent aussi à ces formations. Ils entraînent, en effet, avec eux tes sables desséchés ‘et les entassent sous foi nie de talus. Alors s’ouvre pour le bas-fond une nouvelle époque, Te commencement de son existence supramarinc. Bientôt apparait l'herbe des dunes (Ehjmus arenarius), qui croit rapidement. Elle recouvre les pentes des collines de sable, d’abord du eôté-de la terre ferme ; puis, se propageant partout, elle consolide le sol par son rapide développement et lui donne de la résistance ; les digues de sable prennent alors le nom de (limes. C’est

ainsi que se sont formés, entre les embouchures du Ueuve et sur leurs côtés, les trois grands bassins d'eau séparés de la mer pal d’étroites bandes de terre. Ils nous rappellent complètement les lagunes qui existent à l'embouchure de tous les grands fleuves de la mer Baltique. A l'embouchure du Nil, de même qu’ici, ils sont limités du côté de la mer par d’étroites bandes de terre que nous nommons nehrung, et dans les deux contrées les bouches se sont également déplacées plusieurs fois. Ces analogies indiquent des causes semblables. Si nous ajoutons que l’Oder, la Vistule et le Niémen coulent au nord comme le Nil, que tous quatre se jettent dans des mers qui n’ont point de flux et de reflux, du moins dans la région où les bouches de ces fleuves se trouvent ; que ces trois fleuves allemands roulent avec eux de grandes quantités de sable et de limon ; si, de plus, nous remarquons que l’Elbe et le Weser se trouvent dans les mêmes conditions, mais se déversent dans une mer avec flux et reflux, alors nous serons autorisés à considérer l’absence des marées comme la cause principale de la formation des deltas et des lagunes que l’on rencontre spécialement devant ces trois fleuves et le Nil. La ressemblance de la Vistule, le plus grand des trois fleuves allemands, avec le Nil est vraiment remarquable. Elle formé entre le Nogat et la Vistule propre un long delta, dont la branche gauche se bifurque de nouveau. Devant les deux embouchures principales, on trouve une vaste lagune dont la plus grande, située à l’est, s’unit avec le golfe de Pregcl. Celle de l’ouest, ou lagune de Putziger, s’étend loin au nord et est circonscrite par l’étroite nehrung qui porte à son extrémité le village de ilela. La ressemblance de l’Oder avec le Nil, bien qu’encore assez manifeste, est moins apparente. Ici, en effet, les nchruugs sont devenues de grandes iles, et le vaste delta, situé entre les deux embouchures extrêmes de l’Oder, la Peenc et la Diwenow, èst trop étendu, par rapport «ux quantités de limon charriées par le fleuve, pour avoir pu être formé par leur dépôt.

Toutefois, les lagunes et les nehrungs des trois fleuves allemands n’existent point avec la forme primitive qu’elles avaient à leur origine ; mais elles ont subi des transformations postérieures. Leur distance de l’embouchure actuelle des fleuves est trop grande pour qu’on puisse avec cet éloignement attribuer leur formation aux dépôts apportés par les courants. On les considère plutôt comme les

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