‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 83 sur 295 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

entre les roches anormales et les roches normales ou stratifiées, au moins entre lesdiverses roches du premier gronpc. Il existe, en effet, quelque chose de semblable entre les roches anormales, puisque tous les volcans actifs sont’plus jeunes que les soulèvements des montagnes et que ces derniers phénomènes ont été uniquement, ou au moins en grande partie, produits par des roches piutoniques; tandis que les massifs volcaniques sont rares et apparaissent seulement sous l’aspect de petites montagnes. Nous considérerons donc, pour ce motif et pour d'autres encore, les roches volcaniques comme plus jeunes que les roches piutoniques et nous allons commencer la description détaillée des caractères qui les différencient.

Dans le neuvième chapitre (p. 159), en étudiant les combinaisons chimiques formées dans le manteau des silicates, nous avons fait connaître la composition des roches volcaniques et piutoniques. Nous savons qu'elles sont formées par le mélange en proportions diverses des minéraux suivants : quartz, feldspath, celui-ci sous trois formes différentes à savoir : orthose, albile et| labrador, et, enfin, mica, hornblende, amjite et olivine. Nous n’avons donc pas besoin de nous arrêter plus longtemps sur ces divers corps 1 et pouvons porter noire attention sur d’autres propriétés. Nous chercherons avant tout à bien élucider les différences existantes entre les roches piutoniques et les roches volcaniques.

Les premières ont pour principal caractère extérieur que leurs éléments se présentent en grandes masses isolées, faciles à dislin

1 Afin de faciliter l'intelligence des faits, voici un tableau résumant les caractères distinctifs de ces minéraux :

A. silice pure ou quartz.

H. silicates doubles, composés :

{a) principalement de silicate d'alnmine qui, combiné

1* avec du silicate de potasse, donne naissance à V orthose et au mica, celui-ci renfermant 4 fois plus d’alumine et 1/5 plus de silice que le premier ;

2° avec du silicate de soude, produit Valbite ;

3* avec du silicate de chaux et un peu de soude, forme le labrador ;

(6) principalement de silicate de magnésie qui, combiné

1° avec du silicate de chaux et du protoxyde de fer, donne naissance à la hornb/rude si la silice est en excès, n I ’augite et à l 'olivine lorsque cet excès n’existe pas. Dans la première augiie ), la base contient moitié autant d'oxygène que la silice ; dans In seconde (olivine), les pro|tortions sont égales ;

2° avec «lu silicate d’alumine et du protoxyde de fer, produit In chlorilc renfermant eu outre de l'eau ;

3* avec du silicate de protoxyde de fer, forme le talc qui, comme les précédents, apparait le plus souvent sous la forme de roche schisteuse.

guer. Nos études antérieures (p. 72) nous permettent d’expliquer celte propriété et nous en concluons (pie ces roches se sont refroidies très-lentement, pour que chacune des substances ait eu le temps de se rassembler en grandes concentrations et prendre la forme cristalline. Mais, avec une élude plus approfondie, on distingue dans la disposition et l’isolement des éléments des différences essentielles. Tantôt ils sont tous entièrement cristallisés; tantôt la pâte servant de hase est à grain très-fin, dense, dure et amorphe, et elle enveloppe des cristaux isolés plus gros. Ces caractères nous permettent de diviser les roches plutoniques en deux groupes auxquels on a donné les noms de graniloïde et de porphyroide. Ces dénominations nous sont déjà connues; nous les avons déjà employées (p. 65) à propos des laves avec la même signification, lorsque nous distinguions d’après la grosseur des éléments cristrallisés, des laves graniloïdes, porphyroïdes, basaltiques et terreuses. Pour établir ces livisions nous ne nous sommes servi que des dilférences de forme sans avoir égard à la substance : nous suivrons la même méthode pour distinguer les diverses espèces de roches plutoniques et nous ne tiendrons compte que du mode d’isolement des éléments.

Les roches yranitoïdes se divisent en deux classes principales suivant qu’elles sont composées d’un alliage de feldspath alcalin (orthosc ou albite) uni avec du quartz, du mica et de la hornblende ; ou de feldspath calcaire (labrador) uni avec de l’augitc, du (hallage et de l'hypersthène. Au premier groupe nons donnons le nom de roches quartzifères, au second celui de roches augitifères.

L’espèce la plus ordinaire des roches quartieuseï yranitoïdes est le granit proprement dit. C’est un mélange grenu d’orthose d’un rouge clair ou blanchâtre, de mica brun et de quartz diaphane ou grisâtre. Le feldspath est le minéral prédominant, et, par conséquent, il communique à la masse sa couleur rose ou blanchâtre qui distingue au premier coup d’œil le granit des roches augitiques plaquées de noir. Le granit forme la charpente de la plupart des grandes montagnes et en est l’élément principal, sur lequel les autres roches reposent. Il constitue de puissantes montagnes à contours arrondis, mais accidentés. Ces montagnes en se désagrégeant se recouvrent de blocs à arêtes vives. Souvent les blocs s'appareillent entre eux par leurs angles et leurs arêtes, et gisent sur le sol dans une disposition (pii les fait ressembler moins à un amas de débris en dé-

Page 1