CHAPITRE XI
Tout cc que nous venons de dire du granit s'applique aussi à la syénite', qui s’en distingue en ce que le niieaet le quartz y sont remplacés par de la hornblende. Cc minéral, d’une couleur noire, lui donne un aspect sombre, et la plupart du temps d’un brun rougeâtre. Klle n’est jamais homogène, et ses éléments cristallisés sont aussi séparés que ceux du granit. Assez souvent le quartz s'y allie aux deux autres éléments, et, lorsque la hornblende diminue dans la même proportion, tandis que le mica de son côté augmente, cas assez fréquent, il n’existe plus de différence entre le granit et la syénite. Ces deux roches se fondent dans une même substance que l’on attribue à l'une ou l’autre d'elles, suivant ses rapports géologiques et géognostiques.
La troisième espèce de roches quartzeuscs granitoïdes est le grünstem ou diorite, alliage d’albitc blanche ou verdâtre, et de hondtlende noirâtre ou verte foncée en proportion plus grande que la première. Ces deux minéraux lui donnent son aspect gris clair ou vert foncé, et sont toujours séparés dans la masse. Un y trouve aussi quelquefois des grains de quartz blanchâtre et des lamelles brunes ou noires de mica, comme dans la syénite, mais moins fréquemment. Ses éléments peuvent prendre une granulation très-fine, et devenir ainsi assez difficiles à distinguer les uns des autres. Celte diorite, à couleur foncée, est celle (pii prend plus spécialement le nom de grünstem. Par son mode d’apparition, la diorite se rattache surtout à la syénite. Ces deux roches ne sont pas aussi répandues «pic le granit; mais elles constituent des gisements aussi puissants que lui.
La diorite, par ses caractères extérieurs, sert de passage entre les roches quartzeuses granitoïdes et les roches auijitir/ues granitoides, ou pijroxènes. Toutes deux ont une structure semblable, et se distinguent, après une étude approfondie, seulement par cette particularité, que le feldspath du pyroxène est toujours du labrador. Quant à son mode d'apparition, le pyroxène constitue des gisements d’une puissance moins grande et isolés ; il forme des liions et des typhons, et se distingue ainsi par sa localisation très-circonscritc des masses
* Le* unifiât ions île grau U et de ngénite ne «lisent absolument rien du mode île formation de ce* roches. Granit vient du mot latin granitm [grain] et iudii|ue sa nature cristalline grenue. Syénite est une dénomination empruntée h In ville de Syènc. dans la haute Égypte, où les anciens exploitaient beaucoup celte roche.
colossales do granit cl meme do la diorito que l’on rencontre aussi cil massifs puissants. Il ne peut donner naissance ni à des chaînes do montagnes entières, ni à de vastes crêtes. Il apparaît seulcmen sous forme de dômes, de petites crêtes, de murailles droites ou de séries de pitons placés sur des montagnes et peut-être reliés entre eux dans les profondeurs, mais isolés extérieurement. Son alliage a ceci de particulier, qu’on y rencontre toujours avec le labrador des silicates magnésiens très-riches en métal et d’une couleur foncée, noire ou verte. Ces silicates sont tantôt de Vaugite, tantôt de la diallage ou de I 'hypersthène. Ces deux derniers silicates magnésiens diffèrent de l’augite par l’absence à peu près absolue de chaux : l'eau entre dans la composition du premier et un peu d’alumine dans celle du second. Le mélange de la diallage, dont la couleur se nuance depuis le vert grisâtre jusqu’au vert olive, avec le labrador blanc ou gris produit le gubbro ou euphotule, à gros grain. L’hypersthène noirâtre et le labrador unis forment Yhypersllténite. La diabase est un alliage de labrador pyroxène et de cblorite. Cette roche, prenant une texture finement granulée, devient la serpentine pour certains géognostes, tandis que d’autres comprennent sous cette dénomination un alliage semblable d’eupbotide1. La serpentine se présente toujours cil masse homogène compacte dans laquelle on ne peut plus distinguer le mélange des minéraux divers. La texture douce et moelleuse, le toucher onctueux et la couleur verte de la serpentine lui ont valu d’être employée à de nombreux usages, et en font une roche généralement connue.
Après avoir étudié les roches granitoïdes les plus importantes, nous allons décrire maintenant la famille des roches porphyroïdes. On donne le nom de porphyre à toute roche massive composée d’une pâte épaisse presque homogène, mate et amorphe, dans laquelle sont enveloppés des cristaux complets formés de la même substance que ce ciment. La masse servant de hase est toujours feldspathiquc et mélangée, soit de quartz, soit d’augite, ce qui a permis de diviser ces roches comme les granitoïdes en porphyroïdes quartzeuses et porphyroïdes augitiques. Dans les porphyroïdes quartzeuses la pâte
* Il ne faut pas confondre rot» serpentines composées, constituant îles massifs montagneux, avec les cristaux de serpentine, «pie 1‘cm trouve surtout en Suède et A Iwpiollc on donne le nom de nrrpentine jtr/ririuw. Os cristaux sont un minéral particulier composé de silicate de magnésie et de magnésie hydratée.
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CUAP1THE XI.
est constituée par un alliage intime, ordinairement brun rougeâtre de silice avec quelques parties d’oxyde de fer et de feldspath compacte et finement granulé1. Ce mélange prend le nom de pelrotilex. Les cristaux empâtés dans cette masse sont tantôt de beau feldspath pur (orthose et oligoclase) et du quartz, lorsque le ciment est de nature fcldspathiquc (porphyre petrosiliceux ) ; tantôt de l'alhitc et de la hornblende, lorsque la pâle contient de l’alhitc au lieu d’orlliose et d'oligoclasc (grünstem ou porphyre diori tique). Dans d’autres cas les parties fcldspathiques et quartzeuses ne sont pas séparées, mais constituent une seule roche homogène grisâtre à cassure csquilleuse dans laquelle apparaissent quelques cristaux de feldspath. Cet alliage de quartz en excès et de feldspath prend le nom de homatein, à cause de sa couleur grisâtre semblable à celle de la corne coupée ; le porphyre est donc un porphyre kéralique. Il ne faut pas confondre avec cette roche le hornfels, mélange de couleur sombre, d’un gris foncé, composé de feldspath, de quartz et de schôrl ou tourmaline. On attribue son origine au métamorphisme, phénomène, dont nous parlerons plus tard, la hase des porphyres auyitiques est un alliage intime de cristaux microscopiques de labrador et d’augite de couleur sombre et grise comme le basalte, mais en général à texture plus fine et plus noire que cette roche. Cette pâte englobe des cristaux isolés, qui la plupart sont du labrador. L’aspect sombre de ce porphyre lui a valu le nom de mélaphyre, en harmonie avec sa couleur. Ces deux espèces, les porphyres brun rougeâtres et les porphyres augitiques noirs, sont entre eux comme le granit, la syénite et la dioritc aux pyroxènes, et ce parallélisme frappant des parties élémentaires correspond à des connexions géologiques tout aussi certaines. En effet, parmi les porphyres ce sont aussi les porphyres pétrosiliceux roses et quartzifères qui forment les gisements les plus puissants, cl les porphyres augitiques noirs constituent les masses les moins considérables. Les premiers, comme les granits, donnent naissance à fies montagnes ou chaînes arrondies en dômes sur lesquelles ne croit qu’une maigre végétation; mais leurs fissures intérieures, quoique nombreuses, ne sont jamais aussi régulières et aussi apparentes, ce qui nous explique pourquoi
1 Cos descriptions sont- empruntées aux analyses chimiques tics porphyres «le Hallo, publiées par C. Wolf dan* lo Journal tic chimie jtralitjnr d'Krdinnnu et Mnrrlumd. tome XXXIV, p. 193 et 412.
les porphyres n’ont jamais d’aspects aussi pittoresques. Cette roche apparaît tantôt isolée, comme les porphyres du pays de Halle, dont la planche 15 bous représente l’aspect bombe1 ; tantôt elle est en connexion intime avec le granit, comme cela a lieu dans' le Tliuringerwald, le Voiglland saxon, le Tyrol et l’Auvergne. Les inélaphyres
neformqnt que des gisements de peu d’étendue, et accompagnent la plupart du temps les porphyres ronges qu’ils coupent et pénètrent en travers. Aussi les considère-t-on avec raison comme de formation plus récente. Ils vinrent après les porphyres quartzeux qu’ils bouleversèrent en partie, et peut-être étaicnt-cc eux qui les avaient déjà poussés au dehors. Les porphyres rouges, de même que les granits, ne sont pas tous de la même époque. Beaucoup se trouvent déjà dans la formation houillère, d'autres sont incontestablement plus jeunes’. Celte
* Elle figure la hrèclie que la Saale s'est frayée nu travers »les roches porphyriques nu non! tir Halle. Au premier plan, «toi voit les rochers «les Giehichensleiner, nu sommet desquels se trouvent les fondations d'anciennes fortifient ions. En face est une partie du village «le Grodlwit/. derrière lequel s’élèvent le# dômes porphyriques. Au milieu s'avancent le« rochers «ht Trottiner, au pie«l «lesquels couh- la Sanie. Ces trois groupe* appartiennent nui porphyre«, «pie Tou a nommé* les jiur/ihi/rc* récent*, placés au-dessus «les terrains houilhus. Iji gorge qui sc trouve «levant le nicher des Giehichensleiner, les sopar«* «lu porphyre ancien, situé plus au sud. Le terrain carboniférirn s’étend au-dessous «IViix et, en remontant la vallée, affleure le sol à quelques pieds près.
4 D*après les travaux «!«• II. Gredner ( Essai *ur lu t/culogir tic lu Thunngr ci du Unit:, Gotha, 1815, 8), l«*s puisants ptirphyres quartzcuxdu Thuringerwal«! appartiennent
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