FIG. 102. — NOVERRE
(D'après une gravure de la Bibliothèque de l'Opéra.)
art : Lettres sur la danse (1760), Lettres sur les arts imitateurs (1767).
Ses principaux ballets furent la Toilette de Vénus ; Médée et Jason, les Horaces, les Caprices de Galathée.
Baron, dans ses Lettres à Sophie, critique sévèrement Noverre que Dorât et Voltaire ont comblé cTéloges. Baron dit que les ballets de Noverre étaient sérieux, pompeux et emphatiques ; « toujours dominé par les fausses idées de son siècle sur l'illusion théâtrale, il voulut introduire jusque dans le ballet, qui est essentiellement du domainederimagination,toutleprosaïsme de Diderot et de ses drames ». Il lui enlève la gloire d'avoir fait disparaître les paniers et attribue l'honneur de cette innovation à Mlle Clairon. On a vu que Mlle Salle déjà s'était affranchie de cette contrainte. Noverre lutta de toute sa force, et ce n'est point de sa faute s'il ne put absolument triompher de la routine.
Blasis est plus juste quand il dit : « Noverre, par ses talents et ses connaissances, perfectionna autant qu'il était possible la chorégraphie, et la composition du ballet. Il fut justement regardé comme le restaurateur de la pantomime et du genre du ballet. »
Noverre fut le chef de l'école de Stuttgard.
A cette époque, c'est-à-dire vers 1760, la France payait au duc de Wurtemberg des subsides énormes pour un corps de troupe de dix mille hommes. Cet argent était employé par le duc pour ses plaisirs et il n'en avait . pas de plus grands que le théâtre. Amateur éclairé et de goûts somptueux, le duc entrenait à grand prix des troupes de comédiens français, de chanteurs italiens, de aanseurs et de danseuses qui pour la plupart avaient
déjà brillé sur les différentes scènes de l'Europe. Quant aux danseuses, il ne suffisaitpas quelles eussent du talent, il fallait aussi qu'elles fussent jolies. Leduc de Wurtemberg avait pour maître de ballet Noverre, pour maître de chapelle Jomelli. Son théâtre était fort réputé, et la ville de Stuttgard passait pour le conservatoire de danse de l'Europe.
On comprend maintenant pourquoi les danseurs du duc de Wurtemberg étaient si recherchés. Il fallait que Mlle Heinel arrivât de Stuttgard pour faire admettre la pirouette à l'Académie royale de musique. Dauberval ( 1 742- 1 806), élève de Noverre, avait passé par cette école. Il fut maître de ballet à l'Opéra en 1781 et quitta bientôt ce théâtre pour cause de tracasseries de coulisses. Il se fixa à Bordeaux où il devint maître de ballet du Grand-Théâtre. « Dauberval, dit Saint-Léon, fut un mime spirituel, fin et distingué. Son genre de danse était plutôt le demi-caractère que le genre sérieux. Ses compositions exigeaient une grande finesse d'exécution pour ne pas tomber dans le vulgaire et le commun. » Pierre Gardel (1 758-1 840), fils d'un maître de ballet de Stanislas, roi de Pologne, et élève de son frère Maximilien, fut nommé maître de ballet de l'Opéra en 1787 ; il conserva cette fonction pendant quarante ans. « Comme danseur, dit Saint- Léon, son genre était la danse noble et sérieuse, dans laquelle, malgré ses talents, il n'a pas fait oublier Vestris le père. Ses ballets se distinguent par l'art de la mise en scène, de la distribution du mouvement des masses, par la supériorité incontestable qu'il possédait de régler sur la note et dans le sentiment de la musique. Les pas et la musique ne faisaient
LE BALLET
LA PANTOMIME
qu'un, entre autres le pas de la Vestale qui est resté un chef-d'œuvre d'art7 d'école et de style. »