FIG. IOÔ. — MARIE- AUGUSTE VESTRIS
célèbre danseur de l'Opéra surnommé le dieu de la danse, dansant dans le ballet des Amants surpris (1781).
(D'après une gravure de la Bibliothèque de l'Opéra.)
la danse », si gracieux, si léger « qu'il ne touchait terre que pour ne pas humilier les camarades », disait son père.
Auguste-Armand Vestris, fils d'Auguste, et Charles, son neveu, furent aussi d'excellents danseurs. Puis vinrent Laurent, Gallet, Milon, Duport, Blache le père (1765-1834), Henri (1784-1836), Didelot (1767-1837), Aumer (1 776-1 833), Descombes, Deshayes, Anatole Petit, Taglioni, Coralli (1779-1854), Duverryer, Thérèse Essler, Mazilier, Saint-Léon (182 1 -1870), Mabille, Perrot, Mrae Cerrito-Saint-Léon, Petipa, Marie Taglioni, Borri, Rota, Mérante.
Actuellement le maître de ballet de l'Opéra est M. Hansen qui succéda à Mérante en 1889.
Sous ces chefs habiles manœuvrèrent d'illustres danseuses. Il est impossible de les citer toutes : beaucoup furent célèbres à des titres divers, par leurs amours, leurs mariages princiers, plus encore que par leurs talents chorégraphiques. Nous ne parlerons donc que de celles dont le souvenir reste intimement lié à l'histoire de la danse théâtrale. Quant aux autres, on trouvera sur elles d'intéressants détails dans l'ouvrage de Nérée Désarbres, Deux siècles à V Opéra.
Après Mlles Salle et Camargo, il convient de citer Mlles Lany et Heinel. La première battit les entrechats à six, la seconde apporta de Stuttgard la pirouette qui consiste « à décrire sur soi-même un nombre de tours plus ou moins grand en équilibre sur un pied tandis que l'autre jambe est maintenue horizontalement à la hauteur de la hanche ». Ces danseuses furent éclipsées par Mlle Allard, douée d'un jarret d'acier et merveilleuse pantomime, qui obtint la faveur de composer et
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de régler elle-mêmejses entrées, et surtout par MUe Guimard(fig.ï07),laplusillustredetoutesdepuislaCaniargo, « une des premières danseuses dans le genre des grâces ».
FI G. IO7. — Mlle GUIMARD ( I 1 53- I 8 I 6).
(Buste de G. Merchi, 1779. — Musée de l'Opéra.
E. de Goncourt a consacré un intéressant volume à sa biographie. Puis vint Mme Gardel dont le jeu pittoresque, les poses gracieuses et pudiques, la mobilité
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aérienne atteignaient la perfection. Mme Gardel sut se maintenir à l'apogée de son talent et lorsque s'accomplit la période qui lui permettait d'aspirer à la retraite,
FIG. I08. — Mlle TÀGLIONI (1804-1884).
(Lithographie d'après nature, par Vigneron, 1828. — Bibliothèque de l'Opéra.
elle n'avait pas cessé d'être elle-même. « Ce fut à partir de l'année 1816, dit un de ses biographes, qu'elle quitta les planches que pendant trente ans ses pas n'avaient fait qu'effleurer. »
Glissons rapidement sur les noms de Clotilde Marleuroy qui épousa Boïeldieu, Mlle Chameroy, morte jeune, Mlle Bigottini, Mlle Noblet qui créa le rôle de Fe-
nella dans la Muette de Portici. pour arriver à Marie Taglioni (fig. 1 08), « la sylphide de TOpéra », comme rappelle Blasis. Née à Stockolm le 23 avril 1804, Marie Taglioni était fille d'un chorégraphe connu en France et en Allemagne par les réformes qu'il avait tenté de faire accomplir à la danse et au costume de ballet. Marie Taglioni fut une des danseuses les plus célèbres : « La danse, lit-on dans une de ses biographies, était chez elle un don de la nature, un instinct du génie. Elle reste le type idéal du genre gracieux, le modèle de la perfection. »
Ce fut la belle époque de la chorégraphie théâtrale. On vit briller dans le firmament de l'Opéra ces étoiles de première grandeur qui s'appelèrent Fanny Elssler, CarlottaGrisi et Fanny Cerrito.
Il faut lire la petite brochure de la comtesse Rostop-
FIG. I09. — Mlle FANNY ELSSLER (181O-1884).
(D'après la lithographie de A. Lacauchie. — Bibliothèque de l'Opéra.)
LE BALLET. — LA PANTOMIME. jij
chine pour se rendre compte de l'enthousiasme que soulevait FannyElssler (fig. 109) :
« La visiteuse éthérée a fait des prodiges pour notre vieille capitale. Elle a accompli ce que, excepté elle, aucune des célébrités dansantes n'eût osé entreprendre : elle a joué à chaque spectacle et souvent deux rôles, deux ballets dans la même matinée. Et — étrange pouvoir delà volonté, de la force d'âme — non seulement sa vigueur ne Ta point trahie, mais de jour en jour elle se montrait plus forte, plus alerte, elle acquérait une énergie, une élasticité, une perfection miraculeuse dans les difficultés, et on peut le dire, dans les fioritures de son inaltérable habileté. »
Sa sœur Thérèse, moins célèbre qu'elle, fut aussi une excellente chorégraphe.
Laissons la parole à Théophile Gautier qui va nous dépeindre Carlotta Grisi, l'admirable créatrice de Giselle (fig. 1 10) :
« Le public, qui regrettait encore Taglioni, et comptait toujours sur le retour d'Elssler, la sylphide et la cachucha incarnées, se sentit consolé tout à coup et n'envia plus ni Saint-Pétersbourg, ni l'Amérique : une danseuse s'était révélée. Longtemps les femmes s'étaient dit : — Que peut-il venir après la grâce nuageuse, l'abandon décent et voluptueux de Taglioni? — Longtemps les hommes s'étaient dit : — Que peut-il venir après la pétulance hardie et cavalière, la fougue toute espagnole de Fanny Elssler? — Il est venu Carlotta Grisi, légère et pudique comme la première, vive, joyeuse et précise comme la dernière : seulement elle a sur l'une et sur l'autre l'avantage inappréciable de ne