FI G. I24. — LA LOÏE FULLER
(D'après une photographie.)
vivante, sont la caractéristique principale de cette exhibition véritablement ensorceleuse. Des pas ou des combinaisons de pas, il n'en entre en aucune façon dans cette impressionnante acrobatie, serpentant comme les flammes à l'appel de Wotan, sur le signe du dieu Loge.
Mo H ISTO IRE DE LA DANSE.
C'est une clarté qui marche, qui vit, qui palpite, et la chose véritablement émouvante, c'est que de toutes ces flammes froides, de ce feu qu'on sent ne pas brûler jaillit entre deux volutes de lumière une tête de femme au sourire énigmatique, la tête de la danseuse sur un corps de phosphorescences insaisissables et que les lueurs vives embrasent et transfigurent.
Après d'éclatants débuts aux Folies-Bergère, la danse lumineuse parut au théâtre, dans les revues, à cheval dans les cirques, dans les cages d'animaux féroces des ménageries. Rien ne manque à sa gloire, et la Loïe Fuller est connue du monde entier.
Mais sont-ce vraiment des danses les exercices de cette étonnante artiste, qui jongle avec les étoffes et les voiles comme d'autres avec les boules et les poignards. Quel que soit le nom que l'on donne à ce troublant travail, on ne peut s'empêcher d'être, à la fin, surpris et charmé par les miroitements de ces draperies ondulantes dont la nuance se mue en teintes magiques, en incandescences fougueuses. On se sent transporté subitement dans les régions les plus étranges du songe, devant ce corps gracieux de femme qui apparaît dans une clarté bleuâtre, s'affirme à peine, immatériel dans les enroulements des tissus multicolores, se perd en des ébrouements de flamme, en des fulgurances de lumières, fugitives et brillantes lueurs que strient des éclairs et que paillettent des étincelles. Si les procédés de la danseuse sont toujours les mêmes, les jeux de lumière varient à l'infini. Il y a dans ces apparitions surprenantes quelque chose desatanique et de démoniaque, mais d'un satanisme doux, d'une démonialité poétique et sugges-
tive, qui entraîne dans les sentiers étoiles et lumineux des rêves haschischiens ; et Ton ne peut s'empêcher d'être emporté dans un monde irréel par la danse noire aux reflets diaboliques, aux coloris intenses, et par celle où la danseuse et ses voiles légers se transforment tout à coup en un grand lys bizarre, qui tournoie un instant sous les clartés crues, se détache sur le fond d'ombre', et s'abat brusquement dans la grande lumière comme ces cauchemars oppressants qui se dispersent et fuient rapidement aux premiers feux du jour.
Et que faut-il pour cela ? quelques voiles habilement agités, quelques jets de flamme électrique savamment dirigés. Mais n'en est-il pas ainsi de nos rêves dont le charme nous transporte et qui se réduisent à rien dès. qu'on veut les analyser?
OUVRAGES CONSULTES
Hésiode, Œuvres.
Horace, Œuvres.
Terence, VHécyre.
Pline, Œuvres.
Sénèque, Œuvres.
Christine de Pisan, Livre des faicts et bonnes mœurs du sage roi Charles V.
Archangelo Tuccaro, Trois dialogues de l'exercice a\e sauter et voltiger en l'air, avec les figures qui servent à la parfaite démonstration et intelligence du dict art, par le sieur Archange Tuccaro de l'Abru^o au royaume de Naples. Dédié au Roy.. A Paris, chez Claude de Monstrœil tenant sa boutique en la cour du Palais, au nom de Jésus, MDLXXXX1X.
Baucher, Dictionnaire d'Equitation.