FIG. 9. — DERVICHES TOURNEURS
(D'après une photographie.)
tournent en rond, lentement d'abord, puis avec une rapidité progressive qui soulève les bords de leur tunique et les fait ressembler, dit un témoin oculaire « à des parapluies ouverts tournant sur leur manche ». L'Anglais Clarke explique ainsi leurs mouvements de rotation : « Nous remarquâmes que tous, dans cette danse, observaient la même méthode, consistant à
tourner un de leurs pieds et d'en courber les orteils en dedans à chaque mouvement du corps en conservant à l'autre pied sa position naturelle. »
La légende raconte ainsi l'origine de cette danse. Un matin, pendant que son compagnon jouait de la flûte, un saint derviche nommé Djellal ed Din faisait sa prière. Au son de l'instrument, le derviche, pris soudain d'une ardeur religieuse, se mit à tourner sur lui-même en signe d'adoration. Sa danse, dit la même légende, dura quinze jours et quinze nuits sans arrêt.
On rencontre encore des derviches tourneurs à Constantinople et en Egypte.
Une danse religieuse analogue et se composant principalement de sauts et de bonds, se retrouve chez les Jumpers d'Australie vers 1806 et chez les Shakers de Lebanon (fig. 10).
Les Aïssaouas font partie d'une secte religieuse très florissante en Algérie. Leurs exercices horribles rappellent en certains points la fureur orgiastique des Ménades. La danse est le prélude des cérémonies religieuses. Au bruit d'une manouba, composée de gongs, de darbouka et de tambourins accompagnant une mélopée criarde et traînante, un à un les Aïssaouas se lèvent, et dépouillés de leurs burnous, ils commencent une saltation brutale dans laquelle les membres, le torse et la tête entrent en jeu, la tête principalement. En s'agitant avec frénésie, ils la lancent brusquement en avant et la ramènent en arrière, puis la basculent à droite et à gauche jusqu'à l'insensibilité
L'ORIENT
complète du cervelet. Pendant que la musique assourdissante fait rage et que les pastilles du sérail épaississent Pair de leurs acres émanations, Panesthésie s'achève : la danse est terminée. Alors on voit lès Aïssaouas, pendant que les prêtres récitent des prières,