‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 26 sur 153 · FIG. II. — DONATELLO. — DANSE DES ANGES · texte numérisé non relu

FIG. II. — DONATELLO. — DANSE DES ANGES

(Florence.— Musée de Santa-Maria-del-Fiore.)

paganisme. C'est, sans doute, pour cette raison que les danses avaient lieu dans le chœur où les fidèles des deux sexes se mêlant au clergé « balloient dévostement ». Malheureusement la licence, que cet exercice entraîne toujours avec lui, se glissa dans des chorégraphies religieuses et PÉglise dut les interdire. Malgré les défenses

des évêques et des conciles, cet usage continua dans certains diocèses.

La danse existait à l'origine du christianisme, comme faisant partie des rites. Ce fait nous est affirmé d'abord par Tertullien : « Les premiers chrétiens, dit-il, dansaient en chantant des hymnes et des cantiques. » « En l'église primitive, dit Thoinot-Arbeau1, la coutume continuée jusqu'en nostre temps a esté de chanter les hymnes de notre église en dansant et ballant, et y est encore en plusieurs lieux observée. » Le Père Ménestrier2 dit qu'il a vu danser dans les églises le jour de Pâques, sans doute sur le chant de la prose O filii et filiœ dont la mesure ternaire et le rythme sautillant rentrent bien dans le caractère des airs populaires appelés rondes. Cette coutume, qui datait du xie siècle, fut abolie au siècle suivant par Odon, évêque de Paris, qui défend la pratique de la danse dans les églises, les cimetières et les processions publiques. Mais tous les évêques ne suivirent pas cet exemple. A Limoges, au xvie siècle, on dansait, dans l'église Saint- Léonard, le jour de la fête de Saint-Martial et les fidèles entremêlaient leur danse de cette prière en patois limousin : San Marcau prija per noû, e noû épigoran per voû. « Saint-Martial, priez pour nous et nous danserons pour vous. »

Les Pères de l'Eglise primitive ne semblaient pas hostiles à la danse, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par la lettre de saint Grégoire de Nazianze à Julien3.

i. Thoinot-Arbeau, Orchésographie.

i. P. Ménestrier, des Ballets anciens et modernes. 3. « Si tu te plais à danser, si ton penchant t'entraîne dans ces fêtes que tu parais aimer, danse tant que tu voudras, j'y con-

« En effet, la danse, dit Cahuzac, avait été de tout temps un signe de l'adoration, une démonstration extérieure de la dépendance des créatures, une expression primitive de reconnaissance. Elle se présenta naturellement à l'esprit des premiers chrétiens comme moyen d'animer leurs fêtes, d'embellir leurs cérémonies, de rendre leur culte plus imposant. »

Parmi les fêtes chrétiennes se rapportant au culte du feu, il convient de citer les danses des Brandons et celles de Saint-Jean. Les danses des Brandons avaient lieu le premier dimanche de carême autour de bûchers enflammés. Elles restèrent en usage jusqu'au milieu du xviic siècle, particulièrement en Limousin, en Franche- Comté, en Auvergne et dans l'Orléanais. Celles de la Saint-Jean étaient célébrées le 24 juin, et l'on en trouve encore des traces en Bretagne et dans la Provence. Toutes deux ont la même origine : les Palilies romaines, fêtes purificatoires pendant lesquelles les bouviers étrusques sautaient avec leurs troupeaux par-dessus des tas de foin allumés, dont la chaleur et les vapeurs détruisaient les vermines et les miasmes. Dans les premières, les paysans, au commencement du carême, parcouraient les jardins, les vergers et les potagers, la torche enflammée au poing, menaçant, dans des chants alternant avec les prières liturgiques, de brûler les arbres qui ne rapportaient point de beaux fruits (fig. 12).

Le souvenir des danses de la Saint-Jean est encore

sens. Mais pourquoi renouveler à nos yeux les danses dissolues de la barbare Hérodiade et des païens? Exécute plutôt la danse du roi David devant l'Arche. Ces exercices de paix et de piété sont dignes d'un empereur et d'un chrétien. »

trop récent pour qu'il soit nécessaire de s'y appesantir.

Au moyen âge, les fidèles faisaient de grandes rondes

autour des feux allumés en l'honneur de saint Jean.

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