FIG. I 3. — DONATELLO. — DANSE DES ANGES
(Florence. — Musée de Santa-Maria-del-Fiore.)
1444, en Angleterre en i53o. Les terreurs de l'An Mil s'oubliaient, et le peuple, mêlé au clergé composé le plus souvent de fils du peuple, célébrait par des folies l'allégresse de vivre encore; le moyen âge avec ses mœurs brutales proclamait sa joie par des orgies grossières, mais non dépourvues de grandeur. Dans l'éternel
renouveau de l'histoire, dans le cycle des nations arrivant progressivement à l'apogée, puis à la décadence, les mêmes étapes se retrouvent. Chez les anciens la pompe religieuse précéda la pompe théâtrale ; chez les chrétiens le même phénomène est observé. Notre grand historien Micheletnous le rappelle en des lignes ardentes où semble palpiter la vie éteinte des siècles disparus réapparaissant dans les fêtes chrétiennes avec un réalisme hérité des races latines, dernier baiser des traditions qui allaient s'effacer. Et n'est-ce pas un rappel des danses circulaires que cette description donnée par l'historien-poète de certaines fêtes religieuses célébrées dans les cathédrales : « Qu'on se représente, dit-il, l'effet des lumières sur ces prodigieux monuments, lorsque le clergé circulant par les rampes aériennes, animait de ses processions fantastiques les masses ténébreuses, passant et repassant le long des balustrades, ces ponts dentelés, avec les riches costumes, les cierges et les chants, lorsque la lumière et la voix tournaient de cercle en cercle et qu'en bas, dans l'ombre, répondait l'océan du peuple. »
Et ces processions même n'étaient-elles pas autre chose que les danses astronomiques des anciens Egyptiens? Là, les deux danses se mêlent si intimement qu'il est difficile de les séparer. Les processions ne furent, à l'origine, qu'une danse ambulatoire, une marche solennelle du peuple et du clergé, un cortège religieux faisant penser à celui de Dionysos, où le profane se mêlait au sacré, en une naïve promiscuité que le clergé favorisait et qui faisait la joie du peuple. Ce fut l'origine des danses baladoires contre lesquelles les Pères de l'Église fulminèrent à cause des scandales qui s'y commet-
taient, à la faveur des ombres de la nuit, et que le pape Zacharie abolit par décret de Tan 744.
Les processions d'alors rappelaient ces fêtes profanes qu'on appelle les cavalcades. A la procession de Sainte- Gertrude de Nivelle un homme à cheval portait en croupe une jeune fille, celle que Ton considérait comme la plus belle du pays, et qui représentait la sainte. Devant elle, dansait un jeune homme habillé en diable.
Les processions, où, suivant un rythme voulu, les officiants s'inclinaient en mesure, les encensoirs balancés s'élevaient et redescendaient en cadence, les fleurs s'envolaient en même temps et en même temps jonchaient le sol, pour former un tapis diapré devant l'ostensoir d'or, sont bien des danses religieuses imitées de l'antique. Ce spectacle imposant impressionnait les foules, aussi la mode des cortèges sacrés avait pris une grande place dans les réjouissances populaires.
C'est alors qu'on vit apparaître les processions de Flagellants (1348), sorte de danse religieuse et mystique, faisant à la chair une guerre à outrance. Née en Allemagne, la nouvelle folie, « sombre carnaval du désespoir1 », parcourut les Pays-Bas, la Flandre, la Picardie, la France, s'arrêtant devant les Alpes « où le sensualisme italien lui opposait la plus infranchissable barrière ». La peste, qui désola l'Europe au xive siècle, fit naître cette soif de mortifications qu'on délaissa bientôt pour les fêtes auxquelles ceux qui échappaient au terrible fléau se livraient entièrement pour oublier leurs terreurs. L'usage des processions de gens