‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 29 sur 153 · Michelet, op. cit · texte numérisé non relu

Michelet, op. cit

« deschaux et nuds pieds » s'était pourtant introduit dans les cérémonies du culte, et devait se terminer en indécentes parodies. Un esprit carnavalesque s'empara de la noblesse et se traduisit par des vêtements bizarres, des fêtes extraordinaires données dans les églises comme celles qui furent célébrées dans l'abbaye de Saint-Denis et qui durèrent trois jours : d'abord les messes, les cérémonies de l'Eglise, puis les banquets et les joutes, puis le bal de nuit, « un dernier bal enfin, mais celui-ci masqué pour dispenser de rougir ».

« Cette apparente gaieté dans les moments les plus tristes n'est pas un trait particulier de notre histoire. La chronique portugaise nous apprend que le roi Don Pedro, dans son terrible deuil d'Inès qui lui dura jusqu'à la mort, éprouvait un besoin étrange de danse et de musique. Quelquefois, quand il ne dormait pas, il prenait ses trompettes avec des torches et s'en allait dansant par les rues; le peuple alors se levait aussi, et, soit compassion, soit entraînement méridional, ils se mettaient à danser tous ensemble, peuple et roi, jusqu'à ce qu'il en eût assez, et qu'on le ramenât épuisé dans son palais1. »

De là, l'explication de ces cortèges, dont une piété aveugle n'aperçut pas toujours l'indécence, ou que l'effroyable relâchement des mœurs permettait. Il est nécessaire d'en dire ici quelques mots, car ce fut la dernière étape de la danse ambulatoire des premiers chrétiens.

« La seule chose qui intéressa le roi (Henri III, lors de son voyage à Avignon), c'étaient les farces italiennes en tout genre, farces de bouffons ou processions tragi-

Page 1