Chronique d'Espagne et de Portugal
jo HISTOIRE DE LA DANSE.
comiques. A ces processions on le vit tout couvert, des pieds à la tête et jusqu'aux rubans des souliers, de petites têtes de mort1. » Peu pressé de regagner Paris, le roi prolonga son voyage en Provence. « Il se fit, dit Michelet, au cours du Rhône, reporter vers le Midi, en terre papale, à Avignon, terre classique des processions où il fut régalé à grand spectacle de courses de Flagellants. Ces comédies indécentes étaient pour la belle jeunesse qui suivait partout Henri III, une luxurieuse exhibition de sensualités réelles et de fausses pénitences. »
Henri III amena à Paris les Flagellants du Midi : « lui-même aux processions figurait sous cet habit ».
Sous la Ligue ces processions continuèrent de plus belle. On y vit des gens pieds nus et en chemise. La duchesse de Montpensier lança la mode nouvelle, selon le mot de Michelet : « Dames et demoiselles y passèrent. Les seigneurs aussi, fort dévots à ces sortes de processions, lançaient par des sarbacanes des dragées aux belles qu'ils reconnaissaient sous ce léger costume. »
La danse religieuse ne fleurissait pas seulement en France : on la retrouve dans l'Europe toute entière. En Espagne, les Disciplinants, sorte de Flagellants, se fustigeaient en cadence avec des disciplines de cordelettes garnies de boules de cire incrustées de morceaux de verre. Ces folies dévotes se terminaient par des débauches nocturnes. A Venise, c'était la procession du Rosaire où les danseurs représentaient un triple cha-
i. Veir p. 54, la danse macabre et l'influence de l'idée de mort sur le moyen âge.
pelet. Autour des jeunes filles, costumées en anges, dansaient des jeunes gens déguisés en diables. A Madrid, à Lisbonne, à Rio-de-Janeiro, c'étaient les processions de saint Georges terrassant un mannequin d'osier figurant le dragon, coutume que nous retrouvons en Provence, avec la Tarasque. En Espagne et en Portugal, . aux fêtes de la Vierge, les filles s'assemblaient le soir devant les portes des églises de Notre-Dame et y passaient la nuit dansant en rond, chantant des cantiques et des hymnes. En Espagne, à la Fête-Dieu, la procession du Saint-Sacrement était précédée de danseurs.
Citons enfin la procession dansante, qui avait lieu récemment encore le mardi de la Pentecôte, à la tombe de saint Willibrod, évêque d'Utrecht, en l'honneur du saint qui avait guéri une épidémie qui décimait les bestiaux.
C'est, à ce qu'il paraît, en Portugal que prirent naissance les danses baladoires, imitation faite par le peuple, sur les places publiques, de la danse des prêtres dans les cathédrales. En Italie cette folie sacrée sévit à l'époque de Savonarole. « On voyait, dit Michelet, des gens sur les places, en des accès de dévotion monacale, faire des rondes en chantant des hymnes ridicules, et en criant : « Vive Jésus ! »
Les Pères de l'Église condamnèrent les danses sacrées. « La principale raison était le rapport qu'elles avaient avec les coutumes et les dissolutions du Paganismef mais surtout les danses baladoires contre lesquelles l'Eglise ne s'est récriée que parce qu'elles occupaient, les jours de fête, la population dans les places publiques à passer un temps qui devait être consacré au
service divin, et qu'elles étaient presque toujours animées par des chansons impudiques et des postures indécentes1. »
Parmi les danses religieuses, il convient de citer les ballets ambulatoires en honneur dans le Portugal : « Les Portugais, dit le Père Ménestrier, ont des ballets ambulatoires qui se dansent dans les rues d'une ville, et vont en divers lieux, avec des machines mobiles et des représentations. Ils le font aux fêtes des saints et en leurs plus grandes solennités. Le pape Paul V, ayant canonisé, Tan 1610, saint Charles Borromée qui avait été le protecteur du royaume de Portugal, cette nation reconnaissante voulut lui rendre des honneurs publics ». On vit à cette procession quatre chars personnifiant la Renommée, la Ville de" Milan, le Portugal et l'Église. « Entre chaque char étaient des troupes de danseurs qui représentaient en dansant diverses choses. »
On lit, dans la description que laissa de ces fêtes Octavio Accoromboni, évêque de Fossombrone : « Il ne faut pas que les Italiens, et principalement les Romains, s'étonnent de lire qu'il y ait eu des danses et des ballets dans une cérémonie si sainte, parce que en Portugal les processions et les fêtes ne paraîtraient pas assez nobles et assez graves, si elles n'étaient accompagnées de ces marques de joie. »
La béatification de saint Ignace de Loyola fut célébrée en Portugal par un ballet ambulatoire, au milieu duquel on vit, non sans étonnement, circuler le cheval de Troie.