‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 3 sur 153 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'antiquité

(( Chez les Grecs point de fêtes religieuses où la danse n'intervînt. Quelquefois solennellement grave, restreinte à la marche rythmée; quelquefois passionnée jusqu'au délire, haletante, échevelée, enivrée comme dans les Dionysiaques. »

Lamennais, Philosophie de l'Art, la Danse

« Dans les émotions vives l'homme ne saurait demeurer en repos. Il lui faut des moyens extraordinaires pour exprimer des sentiments extraordinaires. Les paroles deviennent alors plus accentuées, les mouvements plus vifs, plus marqués. Ce n'est plus son lan-

2 HISTOIRE DE LÀ DAttSE.

gage habituel. Mais le chant et la danse ne furent inventés que lorsqu'un intérêt commun inspira le même sentiment et la même expression à plusieurs individus *. »

Cette opinion, qui donne une communauté d'origine au chant et à la danse, fut très répandue de tout temps. On la rencontre chez un grand nombre d'écrivains.

Aristide Quintilien définit la musique « l'art du beau et de la décence dans les voix et dans les mouvements ».

Platon, dans le dialogue d'Alcibiade, dit que le chant, la poésie et la danse font partie de la musique. Ce philosophe a décrit ainsi l'origine des mouvements orchestiques, qui ne sont ni mécaniques ni imitatifs chez l'homme : « Le jeune animal, dit-il, ne peut rester en repos. Il saute, il s'agite sans cesse avec un plaisir visible, comme s'il voulait dépenser en mouvements inutiles des forces surabondantes. C'est à un besoin semblable que l'homme obéit lorsqu'il danse. Mais tandis que l'animal n'a pas conscience de l'ordre ou du désordre dans le mouvement, l'homme a "reçu des Dieux, avec le sentiment du plaisir, celui du rythme et de l'harmonie2. »

La danse est donc un geste instinctif de l'homme; elle se présente comme l'expression naturellement violente des mouvements de l'âme dont elle fut une des premières manifestations. Tous les philosophes, de nos jours aussi bien que dans les temps les plus reculés, sont d'accord pour le constater.

i. Dict. de la conversation, article Danse (Arnaud). ix Platon, les Lois, livre II.

L'ANTIQUITÉ. j

Les anciens croyaient que les dieux l'avaient enseignée à l'humanité, en lui donnant eux-mêmes l'exemple : et ils faisaient dériver le mot -/opàç qui signifie danse du vocable %ap& qui exprime la joie.

« La poésie, la musique et la danse, dit M. de l'Aulnaye, naquirent avec la langue primitive, ou plutôt elles en faisaient l'essence. D'ailleurs, explique-t-il, l'art du geste est une musique oculaire. Il dit à l'œil ce que la musique -dit à l'oreille : tous deux sont une langue; les gestes sont les mots de l'un, les sons ceux de l'autre. »

L'origine de la danse est donc très ancienne. Elle a dû prendre naissance en même temps que la parole et le chant. Cest l'art qui se manifeste d'abord chez tous les peuples même les plus sauvages. La saltation a été le premier langage universel, et peut-être plus encore que la musique, parce que, ainsi que le fait remarquer Cahusac, « ce langage est antérieur à toutes les conventions et naturel à tous les êtres qui respirent sur terre ». « Dès qu'il y a eu des hommes, il dut y avoir des chants et des danses. »

Mais tous les deux ne sont devenus des arts qu'après avoir commencé à obéir à certaines règles. L'art étant une succession de conventions tendant vers un idéal proposé, ces conventions n'ont pu être l'œuvre d'un seul. Il a fallu d'abord que l'homme se réunît à ses semblables.

C'est pourquoi on doit, avant tout, déterminer la cause qui a donné naissance à cette expression accentuée

des émotions humaines, et c'est dans l'idée des rapports de l'homme avec la Divinité, qu'il convient de la chercher.

La danse devant exprimer les sentiments extraordinaires des hommes, il est évident que les premiers habitants de notre globe, lorsqu'ils se trouvèrent réunis en association, en société, dansèrent en l'honneur de la Divinité.

« Ce ne fut, dit Volney, qu'après avoir parcouru déjà une longue carrière dans la nuit de l'histoire, que l'homme, méditant sur sa condition, commença de s'apercevoir qu'il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté. Le soleil l'éclairait, le chauffait; le feu le brûlait; le tonnerre l'effrayait; l'eau le suffoquait; le vent l'agitait : tous les êtres exerçaient sur lui une action puissante et irrésistible1. »

Le culte des éléments et des puissances physiques de la nature, expression primordiale de l'idée de Dieu, fut suivi d'un second système : le culte des astres ou Sabéisme. Le plus ancien besoin de l'homme fut la nourriture, et ses premières nécessités consistèrent à étendre ses moyens de subsistance par l'agriculture, qui, pour être exercée d'une façon pratique, exige l'observation et la connaissance des astres. L'homme rendit donc un culte aux astres pour appeler leurs faveurs sur ses travaux. C'est ainsi qu'il chercha, en des pompes naïves, à imiter leurs mouvements circulaires dans l'espace.

i. Volney, les Ruines, chap. XXII, g i.

La danse religieuse se trouve, en effet, au berceau de toutes les religions.

« La danse qui fait aujourd'hui le divertissement des peuples et des personnes de qualité fut, à son origine, une espèce de mystère ou de cérémonie », écrit le P. Ménestrier, dans son très curieux ouvrage sur les ballets anciens et modernes.

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