Bonnet, Histoire générale de la danse sacrée et profane
Ces ballets ambulatoires étaient connus de l'antiquité. Appien, qui en a décrit quelques-uns, leur donne les Tyrrhéniens comme inventeurs, et les appelle Pompe Tyrrhénique. Stace et Martial nous apprennent qu'ils passèrent d'Italie en Espagne où leur usage se continua. Plus tard, on retrouve les ballets ambulatoires, mais cette fois avec un caractère profane, dans les grandes fêtes de la Révolution.
Le moyen âge avait besoin de réjouissance au milieu de toutes ses misères. Les moines mendiants lui en donnaient du reste l'exemple : c'est ce que notre grand historien a très bien compris et parfaitement exprimé : a Les vrais artistes du xme siècle, orateurs, comédiens, mimes, bateleurs enthousiastes, c'étaient les mendiants. Ceux-ci parlaient d'amour et au nom de l'amour. Ils avaient repris le texte de saint Augustin : « Aimez et faites ce que vous voudrez ». La logique, qui avait eu de si grands effets au temps d'Abailard, ne suffisait plus. Le monde, fatigué dans ce rude sentier, eût mieux aimé se reposer avec saint François et saint Bonaventure sous les mystiques ombrages du Cantique des Cantiques, ou rêver avec un autre saint Jean une foi nouvelle et un nouvel Evangile. Voilà l'explication formelle des religieuses débauches du temps. Le clergé, après s'être montré d'abord très sévère pour la danse, revint sur ses mesures prohibitives. Au xvie siècle, la danse sacrée reprit à la suite du Concile de Trente qui se termina par un grand bal où les évêques et les cardinaux dansèrent avec les grandes dames, ainsi que les seigneurs1.