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tion. On dit qu'à Zurich, une nuit d'hiver, de jeunes vagabonds se réfugièrent dans un cimetière et y dansèrent pour se réchauffer. L'un deux marquait le rythme en frappant avec un os de mort sur un cercueil défoncé. Les passants attardés crurent, dans leur frayeur, à une apparition de spectres. La légende de Trithème cite un fait analogue : des gens dansant dans un cimetière auraient été maudits par un prêtre et condamnés à danser pendant un an sans s'arrêter. Tout fait donc croire que les danses macabres ont été réellement exécutées en France et en Allemagne. Elles étaient aussi en usage dans l'Espagne. Don Quichotte ne rencontret-il pas une troupe de comédiens ambulants qui représentent la tragédie des Etats de la
Mort avec le diable comme principal personnage1? « Les danses en peinture furent destinées à reproduire de véritables danses en nature et en action. Elles durent certainement leur origine à quelques-uns des mimes sacrés qu'on jouait dans les églises, aux parvis, aux cimetières et même dans les rues aux processions. L'effort des mauvais anges pour entraîner les âmes, tel qu'on le voit partout encore, dans les bas-reliefs des églises, en donna sans doute la première idée. Mais, à mesure que le sentiment chrétien alla s'affaiblissant, le spectacle cessa d'être religieux et ne rappela aucune pensée de jugement, de salut ni de résurrection, mais devint sèchement moral, durement philosophique et matérialiste. Ce ne fut plus le diable, fils du péché, de la volonté corrompue, mais la Mort, la mort fatale, matérielle et sous forme de squelette. Le squelette humain, dans ses formes anguleuses et gauches au premier coup" d'œil, rappelle, comme on sait, la vie de mille façons ridicules, mais l'affreux rictus prend en revanche un air ironique. Moins étrange encore par la forme que par la bizarrerie des poses, c'est l'homme et ce n'est pas l'homme... ou si c'est lui, il semble, cet horrible baladin, étaler avec un cynisme atroce la nudité suprême qui devait rester vêtue de terre2. »
C'est encore à Michelet que nous allons emprunter la plupart des détails suivants, car c'est lui qui, parmi les historiens modernes, a le mieux compris la sorcellerie « débris des vieilles religions vaincues », qui a