FI G. 21. — DANSE PENDANT LE REPAS
(Coupe de Brygos. — British Muséum.)
Xénophon donne une description de la danse des festins. On y voit d'abord des acrobates dont les tours
i. Athénée, I, chap. xiv.
sont grotesquement imités par des bouffons ou des parasites : ces exercices se terminent par une pantomime. La danse des Lapithes, d'une exécution très difficile, et pratiquée, d'après Lucien, par les Centaures, rentrait dans la catégorie de la danse des festins, ainsi que la Sybaritikè et la Kottabè, sorte de jeu qui consistait essentiellement « à jeter sur un objet en équilibre, qui tombera au moindre choc, un reste de liquide (le latage), laissé à dessein au fond d'une coupe1 ». D'après un vase ancien, les joueurs, en lançant le latage, semblent exécuter des mouvements de danse.
Le mariage était célébré chez les Grecs par des danses spéciales appelées Hy menées, qui remontaient à la plus haute antiquité. Voici comment Homère les décrit au chant XVIII de Y Iliade : « Deux cités puissantes : dans l'une des noces, des festins, les flambeaux de l'hymen, de jeunes épouses que leurs tendres époux promènent en triomphe par la ville; de légers danseurs les environnent. On entend le doux accent des flûtes et le son harmonieux de la cithare : debout, à l'entrée des maisons, des groupes de femmes les regardent avec admiration. » Xénophon, après Homère, en laisse un intéressant tableau. Le sujet des danses nuptiales était celui des noces de Bacchus et d'Ariadne : le dieu, pour témoigner les sentiments de son cœur, s'élance vers la bien-aimée, « en dansant un air passionné ».
« Dans une autre partie du même tableau, ajoute Homère, le divin artiste a dessiné une danse semblable
i. M. Emmanuel, op. cit.
à celle que Dédale traça dans Cnossus pour la belle Ariane. Vêtus de fines tuniques d'un lin éclatant, relevées avec grâce, parfumées d'essences, de jeunes hommes, de belles nymphes se tenant par la main cadencent leurs légers mouvements. Des rieurs couronnent la tête des nymphes, les glaives d'or des jeunes danseurs sont suspendus à leur baudrier d'argent. Tantôt leurs pas légers décrivent des cercles aussi exacts que la roue qu'un potier fait tourner. Tantôt ils se partagent, se mêlent, se poursuivent d'une course rapide. Une troupe nombreuse de spectateurs les environne, et prend part à leurs jeux. Au centre, deux sauteurs hardis chantent et s'agitent en cadence. »
Ces danses, comme toutes les autres, devinrent à la fin très licencieuses.
Complétons cette nomenclature des danses privées chez les Grecs par les suivantes : la Molossikè, très en faveur parce qu'elle était fort facile, la Katéris, VOulasma, la même que V Or sites des Cretois1, la Pinakis, la Sikimatikè et la Cyclopea.
On peut aussi ranger dans cette catégorie les danses des Vendanges et du Pressoir dont Longus donne la description suivante : « Dryas se lève, commande qu'on lui joue un air bachique; il exécute la danse du Pressoir, imitant successivement les vendangeurs, ceux qui portent la hotte, ceux qui foulent le raisin, qui emplissent les tonneaux, et ceux qui boivent le vin doux. Les mouvements du danseur expriment ces choses avec tant d'art que l'on croit effectivement voir des vignes,
i. Pollux, Onomasticon.
un pressoir, des tonneaux : on croit même que Dryas boit véritablement1. »
Un bas-relief antique représente des vendangeurs foulant le raisin dans la cuve. Ils dansent en se tenant les mains; à gauche, un joueur de flûte leur donne le rythme et la cadence des pas; à droite, un vieillard apporte en dansant une hotte pleine des fruits de la vigne.
Outre ces danses générales en usage dans tout le Péloponèse, chaque ville, chaque bourgade, avait ses chorégraphies locales : citaient les Alétères, chez les Sicyoniens; la Brydalica, les Caryates, YEpi^ephyria, la Laconienne, le Médopismos, chez les Laconiens; à Lacédémone, la Dipodia, le Dipodismos, les Gymnopédies, les Hyacinthies, VHormos ou danse du Collier que Lucien décrit ainsi : « C'est la danse commune des éphèbes et des vierges; ils s'avancent un à un et figurent assez bien un collier. Le coryphée est un jeune homme qui dessine un pas hardi, une vierge le suit élégamment et s'instruit aux grâces de son sexe. On dirait que le collier est fait de modestie féminine et de virile audace. » On retrouve dans VHormos un vestige des danses astronomiques. Chez les Argiens, c'était VEndymatos, la Kretikè et VOrsitès en Crête; laKideris en Arcadie, la danse du Parnasse à Delphes, les Magnésiennes, les Mantiniaques, les Nyssiennes, les Muny chiennes, les Tre\éniaques, particulières aux différentes cités dont elles portent les noms, sans compter les danses des Phéaciens de File de Corcyre, et celles
i. Daphnis et Chloé, livre Ipr, chap. n.
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que les Grecs avaient empruntées à la Libye, comme la Sichtharis.
Ainsi qu'on a pu le voir par ce court aperçu, « le génie de la Grèce primitivement oriental se dégagea peu àfpeu de la forme hiératique de TOrient1 ». C'est de l'Asie que lui vint le goût de la danse profane.
Du reste, tous ces dieux, dont les apparitions se succèdent sur la terre hellénique, n'étaient-ils pas, en réalité, des étrangers venus d'Orient et restés légendaires par les rites religieux et surtout par les bienfaits de la civilisation qu'ils apportaient de l'Inde ou de l'Egypte ?
Alcman, né à Sardes, en Asie mineure, de parents grecs, produisit à Sparte les connaissances musicales asiatiques que les Lacédémoniens grossiers ignoraient. Il orga-