FIG. 28. — DANSEUSE
(D'après une peinture étrusque.)
candidat, exécutant une danse digne de l'esclave le plus impudique1 . »
Ces danses licencieuses étaient d'origine étrusque. On sait que les Romains avaient envoyé en Etrurie de jeunes patriciens apprendre Part des Augures : ils rapportèrent de leur voyage les danses lascives qui eurent rapidement une grande vogue. Tite-Live raconte qu'on les exécutait la nuit, aux flambeaux : les hommes et les femmes y assistaient, mais ceux qui avaient conservé quelque reste de pudeur prenaient la précaution d'y venir masqués.
Les légions de Manlius, dit plus loin le même auteur, rapportèrent dans Rome la mollesse d'Asie. Elles introduisirent les lits ornés de bronze, les tapis précieux, les voiles et les tissus fins et déliés. Ce fut à partir de cette époque qu'on vit paraître dans les festins des chanteurs, des baladins et des joueurs deharpe.Caton disait : « Quand les Grecs nous auront envahis avec leur littérature, Rome sera perdue. » En effet, sous l'influence des philosophes, on voyait naître et se propager le scepticisme. Les cultes anciens tombaient en discrédit. Un voyageur racontait avoir lu, gravés sur une colonne d'or, les exploits et la mort de Saturne, de Jupiter et des autres dieux, qui avaient été les rois du pays. Les anciens dieux tombèrent dans l'oubli. Alors succédèrent les cultes venus d'Orient, aux rites farouches, aux pieuses débauches, auxquels la saveur cruelle du sang apportait un relent toujours agréable. Ce sont d'abord les Galles, prêtres de Cybèle, qui dansent en mesure, se font des
ii Histoire des Romainsl
LES ETRUSQUES ET LES ROMAINS. 99
blessures en cadence, soit avec leurs armes, soit avec des fouets garnis d'osselets; les Curetés, les Corybantes appartenant au même culte, les Baptes, etc., prêtres des dieux solaires, personnifiés en Adonis et Atys dont la mort et la résurrection donnent lieu à des fêtes, à des danses qui Savaient plus rien de religieux : tels étaient les rites et les cérémonies des cultes de Cybèle et de Mithra.
Avec les religions asiatiques, les mœurs d'Orient entrèrent à Rome, comme précédemment les danses de la Grèce y avaient pénétré.
Seulement le caractère de la race romaine devait les rendre plus obscènes encore. « Ce peuple1 n'ayant aucun penchant pour l'idéal, aucune imagination qui le portait vers ces tendances, ne voyait que la réalité des choses qu'il ne savait cacher sous d'aimables et gracieuses fictions. Le Romain, à la fois religieux et grossier, aime le solennel et le grotesque. » Ainsi, par exemple, les Jeux floraux empruntés aux Grecs et institués en 238 pour obtenir que toutes les fleurs donnassent des fruits2 ne tardèrent pas à dépasser toute licence.
En résumé, la danse plastique chez les Romains se réduit à quelques postures libertines, caractère qui envahit rapidement les autres danses empruntées aux Grecs, comme la Cyclojpea que chante le poète Horace. Dans les jeux apportés d'Étrurie, vers 364, pendant la peste qui désolait Rome, les chants et la danse au son