‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 58 sur 153 · FI G. 3 3. — DANSEUR DU CAMBODGE, PAR HOKOUSAÏ · texte numérisé non relu

FI G. 3 3. — DANSEUR DU CAMBODGE, PAR HOKOUSAÏ

(Grand netzké de la collection de M. L. Gonse.)

semble que le goût du théâtre, très répandu chez les Chinois, ait remplacé celui de la danse. Pourtant, l'art chorégraphique fut très en honneur en Chine.

nt HISTOIRE DE LA DANSE.

L'empereur Kan-ghi, qui passe pour le rénovateur de la danse, chargea son premier ministre, le savant Ly- Koang-Ti, de faire des recherches à ce sujet. Celui-ci retrouva un ancien traité, qui fut traduit par le P. Amyot, et dont Campan, dans son Dictionnaire, donne d'intéressants extraits. Grâce à l'empereur Kan-ghi, la danse occupa une grande place dans les divertissements du palais, à cause de l'influence morale qu'on lui attribuait. Deux mandarins avaient ordre de l'apprendre à la jeune noblesse.

Nous avons déjà parlé des grandes danses dans le chapitre qui traite des chorégraphies religieuses. Quelques mots suffiront pour les petites danses ou danses profanes que l'on commençait à apprendre à l'âge de treize ans. Les grandes danses exécutées dans les sacrifices religieux n'étaient enseignées qu'à partir de la vingtième année.

Les principales petites danses comprenaient : la danse du Drapeau (Fou-Ou), des Plumes blanches (Yu- Ou),duP/zeW.r(Hoang),de la Queue de Bœuf (Mao-Ou), du Dard (Kan-Ou), de V Homme libre (Gen-Ou). Cette dernière avait ceci de particulier, que, contrairement aux autres danses qui étaient exécutées avec les accessoires dont elles empruntent le nom, le danseur ne tenait aucun objet; cela lui conservait la liberté des mouvements;

Les princes chinois continuèrent longtemps à favoriser la danse, principalement l'empereur Tcheou qui inventa, dit-on, YHoang-Ou ou danse du Phénix, pour célébrer la conquête qu'il avait faite du Céleste Empire. Ces anciennes danses chinoises étaient de véritables pan-

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tomimes, très courtes et très simples. Du reste, ainsi que le fait remarquer le P. Amyot « le mot Ou signifie plutôt attitudes méthodiques du corps que saltation ». La danse ne pouvait avoir beaucoup de chance de succès dans un pays où les femmes, pour faire leur cour à une des souveraines, avaient pris l'habitude de se mutiler les pieds. Exécutées par des hommes, ces danses ne devaient donc pas tarder à tomber en désuétude.

L'emprisonnement volontaire que subissent les femmes musulmanes dans les harems est une des raisons pour lesquelles la danse n'est pas aussi répandue qu'on le pourrait croire dans les grands centres arabes, maures etturcs. Ladanseest l'apanage d'une catégorie spéciale de femmes qui présentent une certaine analogie avec les bayadères de l'Inde et que l'on appelle aimées (du mot arabe Almet, savant), car ces danseuses ne doivent rien ignorer de la science multiple de la poésie, du chant et de la danse. Les aimées sont d'origine très ancienne : leur pays natal est l'Egypte, le berceau des antiques civilisations. Quoique bien déchues de leurs splendeurs premières, elles gardent les secrets des antiques saltations. Ces traditions, que la poudre du désert, soulevée par le temps, recouvre chaque jour d'une couche plus épaisse, les aimées semblent les avoir conservées, et rien n'empêche de supposer que leurs pas et leurs attitudes ne soient une réminiscence des servantes d'Apis, des prêtresses d'Isis, des esclaves des Pharaons que nous montrent les peintures des hypogées. Laissons MmeJean Darcy, l'auteur du Voyage de la princesse Louli, et

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qui a longtemps habité l'Egypte, en donner une description aussi chastement exacte que possible : « Sur un tapis éclatant se dresse une belle aimée, vêtue d'un corselet sans manche, émaillé comme le fourreau d'un poignard, sorte d'armure éblouissante qui enferme sa gorge brune. Une simple chemise étoilée moucheté de points brillants sa nudité absolue; un mouchoir de drap d'or, roulé d'une façon étrange, cache entièrement ses cheveux et s'appuie comme une tiare assyrienne sur l'arc relevé de ses sourcils très noirs. Ses pieds ne bougent point, le torse seul semble vibrer au rythme aigu de la flûte et d'une pairede cimbales. Ses bras souples et caressants appellent un être imaginaire qui

s'enfuit toujours; elle le poursuit comme une abeille légère, comme une Psyché curieuse, comme une âme vagabonde prête à s'envoler. »

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