LA DANSE AU MOYEN AGE LES BASSES DANSES
« La danse ou saltation est un art plaisant et profitable qui rend et conserve la santé, convenable aux jeunes, agréable aux vieux et bienséant à tous, pourvu qu'on en use modestement en temps et lieu et sans affectation vicieuse. »
Thoinot-Arbeau, Orchésographie.
Malgré les terreurs qui l'assaillaient, les fléaux qui le décimaient, les guerres, les luttes sanglantes qui le torturaient, le moyen âge, époque de souffrances et de craintes effroyables, ne négligea pas la danse; on pourrait même dire qu'elle lui fit mépriser un moment les affres de la peur : car, à côté des danses religieuses dont il a été question précédemment1 et qui s'exécutaient dans les églises et les cloîtres, à côté du défi jeté à la religion par les danses impies et démoniaques du sabbat, l'humanité, cherchant l'oubli de ses misères dans
i. Première partie, chapitre iv, page 40.
l'excitation passagère de ses sens énervés, dansait dans le palais voisin du monastère, aussi bien que sur les places publiques où les cathédrales s'élevaient. Et cette exaspération du geste n'était-elle pas en son lieu parmi tant de gestes héroïques? Le paysan du village, comme le seigneur du château féodal, avait besoin de cette ivresse pour ne point voir sa faiblesse; car dans le bouleversement universel des choses, personne, même le prince le plus grand, n'osait avouer en s'endormant le soir, que le lendemain, au réveil, il ne pourrait trouver plus puissant que lui. Or, la force de l'un, à cette époque, se traduisait par l'asservissement de l'autre.
Qu'étaient ces danses au milieu desquelles le moyen âge se convulsait? Leurs formes en restent confuses, et les historiens ont oublié souvent de les décrire: ils se sont bornés à constater simplement ce fait, à savoir que les peuples dansaient.
On a vu plus haut que la danse religieuse des chrétiens dérivait des danses sacrées de l'antiquité. La danse profane, au moyen âge, provient à son tour des danses plastiques anciennes, augmentées de l'apport que les incursions des peuples barbares laissaient parmi les ruines de l'ancien, monde où s'élevait un monde nouveau, croissant mécaniquement au milieu des troubles les plus affreux.
La coiaception de l'Europe moderne avait été longue et pénible. Prenons, par exemple, la France, où les races les plus diverses s'amalgamaient dans un travail latent. Michelet a merveilleusement expliqué cette formation artistique : « Toutes les poésies du monde, dit-il, ont coulé chez nous en ruisseaux, en torrents.