FI G. 41. — DANSE ALLEMANDE
(D'après un manuscrit du xme siècle.)
Tandis que les collines de Galles et de Bretagne distillaient les traditions celtiques comme la pluie murmu-
i38 HISTOIRE DE LA DANSE.
rante sur les chênes verts de nos Ardennes, la cataracte du roman carolingien tombait des Pyrénées. Il n'est pas jusqu'aux monts de la Souabe et de l'Alsace qui ne nous aient versé par l'Ostrasie un flot des Niebelungen. La poésie érudite d'Alexandrie et de Troie débordait, malgré les Alpes, du vieux monde classique. Et cependant du lointain Orient, ouvert par les Croisades, coulaient vers nous en fable, en conte, en parabole les fleuves retrouvés du Paradis. »
Tous les peuples connus avaient donc contribué à l'éclosion de notre existence artistique. Le même phénomène s'est reproduit chez les nations voisines. L'histoire va nous donner dans toute leur brutalité les faits qu'elle a consignés dans les récits des chroniqueurs.
Jusqu'aux Croisades on ne connaît que des exemples de danses sacrées. Le peuple dansait seulement dans les grandes fêtes religieuses, à l'occasion des cérémonies solennelles du culte. Les récits des Croisades nous apprennent que le camp des chrétiens, à Acre, était devenu une grande ville fréquentée par les marchands des deux religions : « Ils se voient volontiers, dansent ensemble, et les ménestrels chrétiens associent leurs voix aux sons des instruments arabes1. »
Nous savions déjà par les prophéties de Merlin que les jeunes filles d'Angleterre dansaient au son de la lyre. La Flandre célébrait ses réjouissances populaires par des fêtes « où des hommes au teint hâlé et des femmes aux carnations opulentes dansaient lourdement en une gaieté parfois grossière ».
i, Michelet, Histoire de France,
L'influence musulmane ne se faisait pas sentir seulement en Palestine. Plus tard, « le Midi se révèle au Nord avec son élégance et sa légèreté moqueuse, ses danses et costumes mauresques, ses figures sarrazines», répandant le goût des fêtes et des réjouissances. Tous les princes cependant ne s^adonnent pas à ce genre de distractions, et tandis que, d'après Villani, Charles d'Anjou ne prit jamais de plaisir aux mimes et aux troubadours, le premier dauphin, fils de Charles VI, « chantait, dansait et ballait la nuit comme le jour, ce que lui reprochaient tant les bouchers et cela, Tannée des Cabochiens, pendant qu'on lui massacrait ses amis. Il se tua lui aussi à force de chanter et de danser ». Ce prince avait d'ailleurs de qui tenir. Lors du séjour du roi Charles VI chez le pape, à Avignon, il y eut de grandes fêtes et des bals et les seigneurs de la suite royale s'en donnaient à cœur joie : « Quoiqu'ils fussent logés de lez le pape et les cardinaux, si ne pouvaientils tenir... que toutes nuits ne fussent en danses, en caroles, et en esbattement avec les dames et les demoiselles d'Avignon i . »
Le i3 juin 1392, jour et fête du Saint-Sacrement, les gens de Pierre de Craon tentèrent d'assassiner Clisson au sortir d'un grand gala qui eut lieu en l'hôtel Saint- Paul et qui se composa de joutes, de soupers et de danses après minuit. « Les noces des veuves étaient des charivaris, des fêtes folles où l'on disait et faisait tout2, a Dans un de ces bals, donné à l'occasion du mariage