FIG. 45. — LE MENUET
(Gravure extraite de II Ballarino, de Fabritio Caroso, i58i. — Bibliothèque de l'Opéra.)
En même temps rlorissaient les bransles ou rondes, danses populaires par excellence. Chaque province avait son branle, ainsi qu'on le verra plus loin. La tresche
était une sorte de branle « sauté légèrement avec des gestes enjoués1 ».
D'après Thoinot-Arbeau, les branles étaient de quatre sortes : « bransles doubles, bransles simples, bransles gays, bransles de Bourgoigne ou de Champaigne ». Ces quatre sortes de branles étaient appropriées aux caractères des personnes qui peuvent se livrer à cet exercice : « Les anciens dansent gravement les bransles doubles ou simples, les jeunes mariés le bransle gay, et les plus jeunes dansent légèrement les bransles de Bourgoigne; et, néanmoins, ajoute le bon chanoine deLangres, tous ceux de la danse s'acquittent du tout comme ils peuvent, chacun selon son âge, ses dispositions et sa dextérité. »
Les branles, bien que comprenant des sauts, étaient des danses graves, et notre vieil auteur conseille de les danser posément.
Ces branles se subdivisaient en une foule d'autres. En voici la liste d'après Y Orchéso graphie : branles du Haut-Barrois, du Camp, du Hénault, d^ Avignon; branle du Poitou qui ressemblait à une sabotière, et duquel sortit plus tard le menuet; branles de Cassandre, de Pinagay, de la guerre, d^Aridan, de Charlotte; branle de Malte (sorte de ballet en costume à la turque); branle des lavandières, où l'on imitait avec les mains le bruit du battoir des laveuses; branles des pois, des hermites, du chandelier ou de la torche dont parle Brantôme dans ses Dames illustres, et qui était très à la mode à la cour de Bourgogne; branles des sabots, des
i. Laœre Fonta* Notices sur les danses du xvi* siècle.
chevaux; branles de la moutarde, de la haye (haie) de V Officiai, qui rappelle les figures du cotillon, etc.
FIG. 46. — KAROLE.
(Gravure extraite de // Ballarino, de Fabritio Caroso, i58i, — Bibliothèque de l'Opéra.)
Tous ces branles dérivent du branle double, du branle simple et du branle de Bourgogne. Le branle de Champagne portait aussi le nom de bransle couppe',
c'est-à-dire composé de fragments des autres branles. Les poèmes du moyen âge (manuscrit de Renault de Montauban, les Plaisirs des champs de Gauchet1) parlent aussi du bransle de la serviette.
Précédemment, à propos des Karoles, nous avons parlé des basses danses. On appelait ainsi les danses que l'on exécutait sans sauter, pour les distinguer des danses par en haut qui comprenaient des sauts plus ou moins élevés : « Elles étaient, dit Arbeau, bien séantes aux personnes honnestes, principalement aux dames et aux demoiselles » (fig. 46).
Faisaient partie des basses danses : la pavane, les branles et les courantes. "Leur vogue diminua pendant une cinquantaine d'années au xvie siècle. Mais, selon le vœu d'Arbeau, les matrones sages et modestes les remirent en usage « comme étant une sorte de danse pleine d'honneur et de modestie ». Elles seront très florissantes au siècle suivant.
Il y avait deux sortes de basses danses : les unes communes et régulières, les autres irrégulières. Les régulières étaient appropriées aux chansons régulières, c'est-à-dire composées de phrases de seize, mesures; lorsqu'elles dépassaient ce nombre, on les appelait irrégulières. Les basses danses étaient de mesure ternaire. Elles se divisaient en trois parties : la première était appelée basse danse proprement dite; la seconde retour de la basse danse, la troisième tordion. Le retour de la basse danse ne comprenait pas la révérence initiale. « Le tordion, dit le Dictionnaire de Trévoux, était une