Michelet, op. cit
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monde sur les dents, alors il forçait une danse, et alors lui seul dansait. »
Le règne de Louis XIII et celui de Louis XIV, du moins jusque la mort de Molière qui fut l'organisateur des fêtes royales de Versailles, mirent en vogue les ballets de cour déjà connus sous les rois qui précédèrent. Ces fêtes admirables, prodigieuses de luxe et de magnificence, faisaient l'étonnement du monde entier. Les grands bals de cérémonie n'étaient pas cependant négligés. Bonnet a laissé la description d'un bal magnifique auquel il assista à Versailles, lors du mariage de M§r le duc de Bourgogne.
La grande galerie du Palais avait été partagée en trois parties par deux balustrades. Les danseurs se tenaient dans la partie du centre : « Il y avait un petit amphithéâtre séparé pour placer les vingt-quatre violons du roi, avec six hautbois et six flûtes douces. Toute la galerie était éclairée par de grands lustres de cristal et quantité de girandoles garnies de grosses bougies... Monsieur et Madame de Bourgogne ouvrirent le bal par une courante, ensuite Madame de Bourgogne prit le roi d'Angleterre pour danser, lui, la reine d'Angleterre. Elle prit le roi, qui prit Madame de Bourgogne, elle prit Monseigneur, il prit Madame qui prit Monsieur le duc de Berri. Ainsi successivement tous les princes et princesses du sang dansèrent chacun selon son rang. Monsieur le duc de Chartres, aujourd'hui régent, y dansa un menuet et une sarabande de si bonne grâce avec Madame la princesse de Conti qu'ils s'attirèrent l'admiration de toute la cour... Il y avait dans une autre chambre deux grands buffets garnis, l'un de toutes sortes
de vins, et l'autre de toutes sortes de liqueurs et d'eaux rafraîchissantes. »
Les grands bals de cérémonie ou de gala se don-
ne 48. — LA VOLTE.
(D'après une gravure ces Nuove Inven\ioni, de Cesare Negri. 1604. — Bibliothèque de l'Opéra.)
naient aussi a l'Hôtel de Ville. En 1664, en l'honneur des bourgmestres suisses, un grand bal eut lieu à l'Hôtel de Ville, plus magnifique encore que celui qui leur fut offert, au même lieu, sous Henri IV.
La cour et les seigneurs étaient fanatiques de la
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danse. On venait au bal pour danser : ceux qui ne voulaient pas se livrer à cet exercice, s'y rendaient incognito
FIG. 49. — FABRITIO CAROSO.
(D'après le portrait qui se trouve en frontispice de son ouvrage II Ballarino — Bibliothèque de l'Opéra.)
et enveloppés d'un long manteau. Les dames s'entouraient d'une écharpe. 11 était alors contre les règles du bal de les prendre pour danser.
La tradition des fêtes de Louis XIV se continua sous
xS8 HISTOIRE DE LA DANSE.
Louis XV et Louis XVI, mais avec moins d'éclat parce que les ballets de cour étaient devenus les ballets de théâtre; ensuite, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant, le goût du bal s'était répandu dans le peuple et dans la bourgeoisie qui fréquentait les endroits publics où les seigneurs et la noblesse ne dédaignaient pas de se montrer.
La fin du xvnie siècle, pendant la période révolutionnaire, eut aussi ses bals et ses fêtes dansantes qui se ressentirent des troubles de cette époque tourmentée.
Nous allons maintenant dire quelques mots des danses anciennes en usage pendant la dernière partie du moyen âge, et les siècles qui suivirent, afin d'en donner en une fois un tableau aussi résumé, mais aussi complet que possible.
Les sources auxquelles les détails suivants ont été puisés sont d'abord les écrits de Guillaume l'Hébreu de Pesaro, de Jean-Ambroise de Pesaro, manuscrits du xve siècle excessivement curieux, ainsi que les ouvrages de Fabritio Caroso (fig. 49) et Cesare Negri (fig. 5of. Citons encore le Livre des Basses-Danses, manuscrit ayant appartenu à Marie de Bourgogne, femme de Maximilien d'Autriche1.
Mais l'ouvrage le plus important et aussi le plus intéressant sur la matière est V Orchésographie de Thoinot- Arbeau (Jean Tabourot, chanoine de Langres et maître de chapelle de Henri III).
Cet ouvrage, qui enseigne la manière d'exécuter les
i. Bibliothèque de Bruxelles.