LE BAL A LA COUR, DU XVP AU XV II F SIECLE
danses en usage au xvie siècle, n'est pas seulement curieux par les détails techniques qu'il renferme : il Test aussi
FIG. 5o. — CESARE NEGRI.
(D'après le portrait qui se trouve en frontispice des Nuove Inven\ioni, 1604. — Bibliothèque de l'Opéra.)
par les renseignements qu'il donne sur les mœurs et les usages de la bonne société, montrant qu'à cette époque
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où l'on apportait tous les soins possibles aux exercices du corps : escrime, équitation, bonne tenue, etc., on ne pouvait négliger la danse.
Les conseils qu'il donne sont très précieux au point de vue des usages du xvie siècle. Ils ont même une grande valeur historique, car ils montrent quelle influence la danse a eue sur les bonnes manières. L'histoire de la danse, on ne saurait trop le répéter, est l'histoire des mœurs : c'est pour cela que nous donnons ici ces passages peu connus. Voici d'abord la manière de se tenir au bal.
« En premier lieu, quand vous seres entré au lieu ou est la compagnie préparée pour la danse, vous choisirés quelque honneste damoiselle, telle que bon vous semblera, et ostant le chappeau ou bonnet de vostre main gaulche, lui tendres la main droicte pour la mener danser. Elle, sage et bien apprise, vous tendra sa main gaulche et se lèvera pour vous suyvre. Lors la conduirés au bout de la salle à la vue d'un chacun et advertirés les ioueurs d'instruments de sonner une basse-dance. Car aultrement ilz pourraient sonner par inadvertence quelqu'autre sorte de dance. Et quand ilz commenceront à sonner vous commencerés à dancer. Et notterés que leur demandant une basse-dance ilz entendront asses qu'en demanderez une régulière et commune : touteffois si l'air d'une chanson sur laquelle est formée une basse-dance vous aggreoit plus que d'une aultre, pourrés leur nommer le commencement de la chanson.
Capriol1. — Si la damoiselle refusoit, ie serois bien honteux.
u Capriol est l'interloeuteur d'Arbeau.
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Arbeau. — Une damoiselle bien apprise ne refuse iamais celluy qui luy faict cet honneur de la mener
FIG. 5 I. — LE MENUET SOUS LOUIS XIII (i 6 I 6).
(D'après une estampe de la Bibliothèque nationale.)
dancer, et si elle le faict, elle est réputée sotte, car si elle ne veut dancer, elle ne se doit pas mectre au renc des aultres.
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Capriol. — Je le croy bien, mais tandis, la honte de refus en tomberoit sur moy.
Arbean. — - Si vous estres asseuré de la bonne grâce d'une aultre damoiselle de la compagnie, il la fauldroit prendre et laisser cette mal gracieuse, en vous excusant de lui avoir esté importun : touteffois il s'en trouveroit assez d'aultres qui ne le porteroient pas si patiemment. Mais il vault mieux parler ainsi qu'avec une aigreur, et ainsi faisant vous acquerrés réputation d'être doulx et humain et réiecterés sur elle la marque d'une glorieuse : indigne de l'honneur que vous luy faisiez. »
« Après que le ioueur d'instrument a fini, dit encore notre honnête chanoine, il fault faire une révérence salutatoire pour prendre congé de la damoiselle, et la fault doulcement restituer à la place où l'avés prinse en la remerciant de l'honneur qu'elle vous a faict. »
Cet autre fragment ne manque pas non plus de saveur: « Ayez la teste et le corps droits, la vue asseurée ; crachés et mouchés peu ; et si la nécessité vous y contrainct, tournés le visage d'aultre part et usés d'un beau mouchoir blanc. Devises gracieusement et d'une parole doulce et honneste, vos mains faisant pendant non comme mortes, ni aussi pleines de gesticulations, et soyés habillé proprement et nettement avec la chausse bien tirée et l'escarpin propre, et vous souvenés de ces advertissements. »
Ces conseils n'étaient pas, sans doute, inutiles puisque Arbeau insiste sur leur importance. Ils font voir, en tout cas, l'heureuse influence que la danse eut sur les belles manières.
Elle en eut une aussi sur l'habillement des femmes.
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Le costume féminin, qui, sous Henri III, était une déformation très extravagante du corps, devint, sous le