‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 77 sur 153 · FI G. 5 6. — LE MAITRE DE DANSE · texte numérisé non relu

FI G. 5 6. — LE MAITRE DE DANSE

(D'après le tableau de Cariot, gravé par Lebas, 1745.

explique la tyrannie d'un homme dont renseignement

était si nécessaire pour faire bonne figure dans le monde.

11 y aurait une étude curieuse à écrire sur les maîtres

de danse, sur cette corporation dont les membres, partis

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généralement de bas, se rendaient grotesques par leurs prétentions absurdes et exagérées. Obligés de se frotter aux hautes classes dont l'éducation première leur manquait, il leur arrivait parfois de surenchérir, en parvenus, sur les belles manières qu'ils étaient chargés de montrer.

De là cette afféterie ridicule des précieuses et des petits marquis que Molière avait tenté vainement de faire disparaître, et que les maîtres de danse, au contraire, propageaient dans la société. Les courtisans, tout en se moquant de leurs boutades, n'en suivaient pas moins leurs leçons. La bourgeoisie témoignait de son respect vis-à-vis de ceux qui approchaient de si près les reines et les princesses1. C'est ce qui, de tout temps, a été leur force.

Ensuite, le fait d'avoir pour élèves les grands de la terre, de les conseiller et quelquefois de les reprendre, leur inspirait l'orgueil de croire qu'ils étaient d'essence supérieure et les mettait, dans leur imagination, audessus de leurs disciples.

N'est-ce pas là le secret de leurs encombrantes allures et de leur insupportable fatuité ?

Une citation, empruntée à la Chorégraphie de Guillemain, donnant aux élèves la règle de conduite qu'ils doivent tenir envers leur maître de danse, sera plus éloquente que tout ce que nous pourrons dire.

« Il convient, dit Guillemain, que l'Ecolier aille au-

1. Voir, dans le Bourgeois gentilhomme, la scène avec le maître de danse.

i/8 HISTOIRE DE LA DANSE.

devant du Maître quand il arrive; on doit le recevoir très poliment, lui faire deux révérences, la première très profondément, la seconde moins bas. On doit ensuite le faire entrer dans l'appartement, lui présenter un fauteuil ou une chaise pour s'asseoir. Sitôt que le Maître sera assis, l'élève (demoiselle ou cavalier) lui présentera les deux mains, il se placera à la première position et fera quatre révérences... La leçon finie, l'élève aura l'attention de conduire le Maître jusqu'à la porte de l'appartement ; il lui fera ensuite deux révérences, la première bas, la seconde moins. Il le remerciera poliment des peines qu'il s'est données et des attentions qu'il a prises. »

Et Guillemain n'était pas le seul maître à danser de son époque^!

Décidément Molière n'a pas exagéré la satire dans sa comédie du Bourgeois gentilhomme !

OUVRAGES CONSULTES

Guihelmi Hebraei, Pisauriensis, de Practica seu arte trepudis, vulgare opusculum incipit (141 6). Manuscrit de la Bibliothèque nationale.

Domini Johannis, Pisauriensis, de Practica seu arte tripudii vulgare opusculum solliciter incipit (1463). Manuscrit de la Bibliothèque nationale.

Fabritio Caroso, // Ballarino di M. Fabritio Caroso da Sermonetta. Diviso in due trattati, orneto di moite figure. Opéra nuovamente mandata in luce. Alla Seren. Sig. Bianca Capello di Medici, gran duchessa di Toscano. In Venetia appreso Francesco Ziletti (i58i).

LE BAL A LA COUR, DU XVIe AU XVIIIe SIECLE. 179

Cesare Negri, Nuove Inven^ioni di balli, 1604.

P. Lacroix, xvne siècle, Institutions, Usages, Costumes. Paris, Firmin Didot, 1880.

D. Vestris, les Danses d'autrefois,

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