CELESTE MOGADOR
(D'après une lithographie de 1844.
Bibliothèque nationale.)
comme le chante un couplet de revue, et d'autres étoiles tout aussi célèbres : Pomaré, Rose Pompon, Louise la Balocheuse, Maria l'Anglaise, Sophie la Babillarde, Cloclo, Frisette, etc., Chicard, Brididi et Pritchard. Puis, à côté de ces bals plus connus, les éructations des petites flûtes en délire, les cris rauques des trombones
2io HISTOIRE DE LA DANSE.
ivres retentissent au Château des fleurs, au Château Rouge, à la Chaumière, à Montesquieu, à la Redoute Saint-Honoré, au Pré-aux- Clercs, aux bals de la Terrasse, des Chiens, du Pilier des Halles, du Fz'eMx Chêne, de la Boule noire, du Saumon, de la *S<z//e AZo- //ère, etc. Les couples enfiévrés tournent au rythme sautillant d'une danse nouvelle : la Polka est reine et Clara Fontaine son premier ministre. C'était à la Grande Chaumière que gouvernait le père La Hire. Un professeur hongrois, Cellarius, venait de reconstituer les pas d'une danse nationale de son pays. Destinée aux élèves d'un cours de danse, la polka, avec la jeunesse d'alors, pénétra dans le bal public, un peu défigurée, il faut en convenir. Son succès fut colossal : il y eut une véritable révolution.
Les salons n'avaient que la valse comme danse tournante pour rompre la monotonie du quadrille ; ils la reçurent comme le Messie. On dansa la polka partout, dans tous les bals, à tous les étages ; et même aii sortir des cours du quartier latin, les étudiants oubliaient Justinien et Gallien pour esquisser le pas bohémien de la polka sur le seuil étonné de l'austère Sorbonne. Le nom de polka fut attribué à toutes les nouveautés : habits d'hommes et de femmes dans les réceptions mondaines; mets et entremets dans les festins d'apparat. Il y eut deux écoles pour la polka comme jadis pour l'opéra. Dans l'histoire des querelles artistiques, les noms de Cellariens et de Labordiens, disciples des professeurs Cellarius et Laborde, sont aussi célèbres que ceux des Gluckistes et des Piccinistes.
Et pourtant la polka des bals publics n'avait pas
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le cachet de distinction de la danse hongroise des salons. « On faisait, dit Céleste Mogador (fig. 70) dans ses Mémoires, une foule de figures qui nous donnaient l'air de chiens savants. Les bras, les jambes, le corps, la tête, tout remuait à la fois. On eût dit un monde de télégraphes et de pantins. Mais c'était nouveau, et Ton trouvait cela joli. »
La polka de Mabille continua les traditions du cancan dans les orgies des bals de barrière déjà très en faveuret des descentes de la Courtille où trônait Milord TArsouille comme roi de la Pègre haute et basse.
Pendant la Restauration fleurirent aussi les bals d'été fréquentés par les boutiquiers, les étrangers et les grisettes : tels sont à cette époque Tivoli, Marbeuf, Vile cT Amour, le Delta, les bals d'Asnières (fig. 72) et d'Enghien, où s'égaient les canotiers et les canotières d'une part, de l'autre les cocottes, les lions, les dandys.
Puis en i852, après un moment d'arrêt, la vogue des bals publics reprend. Musard, qui avait fait sous Louis- Philippe ses débuts comme chef d'orchestre, ouvre le bal qui porta son nom (fig. y?>) et qui fut le temple de la gaieté et de l'excentricité. Rapidement on voit sortir du sol parisien le Pré-Catalan, le Casino Cadet, Frascati, V Elysée-Montmartre, le Château- d'Eau, la Salle Barthélémy où triomphe Rigolboche, Bullier qui succède à la Closerie des Lilas. C'était encore la jeunesse qui dansait à cette époque: les professionnelles étaient rares; si la jambe commençait à se hausser assez loin du plancher, l'adresse de la danseuse s'attachait à ne pas la découvrir au-dessus du mollet. Mais déjà Rigolboche pouvait dire avec juste raison dans ses Mémoires : « Le
BALS MASQUÉS. — BALS PUBLICS