FIG. 72. — BAL D'ASNIÈRES ( I
(D'après une lithographie du temps. — Bibliothèque nationale.)
succédé aux épilepsies spirituelles. La jeunesse d'aujourd'hui, dégoûtée (car la jeunesse, avec ses emballements parfois généreux, garde souvent un goût esthétique), la jeunesse, dégoûtée, ne danse plus, abandonne les bals et laisse la place aux curiosités cosmopolites, aux sénilités maniaques, aux adolescences perverses des vieillards de vingt ans.
Le cancan, en résumé, dérive de l'ancien quadrille,
2i4 HISTOIRE DE LA DANSE.
dont la tradition honnête s'est conservée dans les salons. Son histoire comprend deux périodes. Dans la première, il devient épileptique avec Chicard, qui passe pour Finventeur de cette chorégraphie démente, et Clodoche qui l'introduisit aux bals de l'Opéra. A cette époque, le cancan est à la danse ce que l argot est à la langue, ainsi qu'on l'a dit avec beaucoup d'exactitude. Dans la seconde, il devient acrobatique et malpropre.
M. E. Rodrigue a publié un ouvrage très curieux sur la danse fin de siècle, le Chahut actuel, que Clodoche lui-même trouve « sale », ainsi qu'il l'a déclaré dans une interview.
Le cancan essaya pourtant de conquérir sa place au théâtre. Malgré les effets gracieux d'une grande artiste dans Ma Cousine, malgré les efforts des directeurs des théâtres de drame qui, dans des scènes de bals publics, tentèrent d'acclimater le Chahut aux feux de la rampe, le spectateur ne prit aucun goût à la chose, et la critique fut assez sage pour blâmer les auteurs qui cherchaient le succès à l'aide de ces procédés de mauvais aloi. Ces transformations grossières de l'ancien quadrille n'ont plus le don de plaire et c'est pourquoi les bals publics contemporains sont obligés pour attirer le monde, de corser leur spectacle de numéros de café-concert et d'exhibitions acrobatiques. Grille-d'Égout, Rayon-d'Or et Nini- Patte-en-1'air, etc., ne font plus recette.
Mentionnons, pour compléter cette nomenclature des bals publics, l'habitude que conservent les théâtres de province et de certaines grandes villes de l'étranger de donner des bals à l'époque du carnaval. Citons les bals spéciaux de l'Opéra : Bal des Artistes, Bals mili-
BALS MASQUÉS. — BALS PUBLICS
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taires; les bals de Charité ou de Corporation, dans lesquels on danse quelquefois; les bals des grandes écoles du gouvernement où le public est choisi, ceux de PElysée
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FIG. 73. — LE GALOP CHEZ MUSARD (l838).
(D'après une lithographie d'Alophe. — Bibliothèque nationale.)
et de l'Hôtel de Ville; et, dans un autre genre d'idées, le bal des Blanchisseuses, les différents bals de quartier, le Moulin de la Galette où se déhanchent les gigolettes montmartroises, enfin les bals de barrière ou de la banlieue où Ton assassine!
Et cependant on danse beaucoup moins qu'il y a cent ans! Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer les statistiques de Y Almanach des spectacles de 1 79 1 avec les nomenclatures du commencement du xxe siècle. Les sports nouveaux en sont la cause : la jeunesse, qui a pédalé toute la journée du dimanche, n'éprouve plus comme autrefois l'envie de terminer la soirée dans les joyeux ébats de la valse, de la polka ou du cancan. Les bals publics subissent une crise dont il est difficile de prévoir la durée.
OUVRAGES CONSULTES
A. Pougin, Dictionnaire du Théâtre et des Arts qui s'y rattachent. Paris, Firmin Didot, i885.
Almanach des spectacles, année 1791.
Almanach de la danse.
Mémoires de Céleste Mogador.
Mémoires de Rigolboche.
Rodrigue, la Danse Fin de Siècle.