‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 10 sur 62 · O HISTOIRE DE LA DECADENCE · texte numérisé non relu

O HISTOIRE DE LA DECADENCE

terre; mais la piiere se compose de courtes et ferventes éjaculations, la pie'té n'est point fatiguée par une ennuyeuse liturgie , et chaque musulman est revêlu , en ce qui a lapport à lui, du caractère sacerdotal. Parmi les théistes , qui rejettent les images , on a cru devoir arrêter les écarts de l'imagination, en dirigeant l œil et la pensée vers un kebla ou un point visible de riiorizon. Le prophète fut d'abord tenté, pour se rendre agréable aux Juifs, de choisir Jérusalem ; mais bientôt il revint à un penchant plus naturel, et cinq fois le jour les yeux des musulmans établis à Astracan , a Fez et à Delhi , se tournent avec dévotion vers le saint temple de la Mecque. Cependant tous les lieux sont également propres au service de Dieu ; les Mahométans font indifféremment leurs prières dans leur maison ou dans la rue. Pour les distinguer des juifs et des chrétiens, leur législateur a consacré au culte public le vendredi de chaque semaine : le peuple se rassemble dans la mosquée, et l'unan , pour l'ordinaire un respectable vieillard, monte en chaire ; il fait la prière, et ensuite un sermon; mais la religion musulmane n'a ni prêtres ni sacrifice ; et Tesprit indépendant du fanatisme regarde avec mépris les ministres et les esclaves de la superstition, 'x^ . Les mortifications volontaires (i) des ascétiques, tourment et gloire de leur

(i) Mahomet ( Koran de Sale , c. 9 , p. i53) reproche aux chrétiens de se soumetire aux prêtres et aux moines , et d'avoir ainsi d'autres maîtres que Dieu. Maracci [Proilrornus, part, m, p. 69, 70) excuse ce culte, surtout relativement

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vie , étaient odieuses à un prophète qui blâme ses disciples d'avoir fait le vœu de s'abstenir de viandes, de femmes et de sommeil , et qui avait fermement déclare qu'il ne souffrirait point de moines dans sa religion (i). Cependant il institua un jeûne de trente jours par année; il recommanda soigneusement de l'observer , comme une chose qui purifie l'âme et assujettit le corps, comme un salutaire exercice d'obéissance à la volonté de Dieu et de son apôtre. Pendant le mois du ramadan, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, le musulman s'abstient de boire et de manger; il se prive des femmes, des bains et des parfums , se refuse toute nourriture capable de soutenir ses forces , et tous les plaisirs qui peuvent satisfaire ses sens. Suivant les révolutions de l'année lunaire, le ramadan tombe tour à tour au milieu des froids de l'hiver et des chaleurs de l'été, et pour accorder à sa soif une goutte d'eau , il faut attendre péniblement la fin d'une journée brûlante. Maliomet est le seul qui ait fait une loi positive et générale (2)

au pape ; et il cite , d'après le Koran lui-même , le cas d'Eblis ou Satan , qui fut précipité du ciel pour avoir refusé d'adorer Adam.

(i) Koran, c. 6 , p. 94 , et la note de Sale, qui cite sur ce point Jallaloddin et Al-Beidawi. D'Herbelot déclare que Mahomet condamna la vie religieuse , et que les premiers essaims de fakirs , de derviches , etc. , ne se montrèrent qu'après l'année 3oo de l'hégire [Bibl. orient. , p. 292-718).

(2) Voyez les deux défenses portées sur ce point (^ Koran , c. 2, p. 25 ; c. 5, p. 94 ) ; l'une dans le style d'un législateur,

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de Finterdiction du vin , particulière dans les autres religions à quelques ordres de prêtres ou d'ermites ; et à sa voix une portion considérable du globe a abjure l'usage de cette liqueur salutaire quoique dangereuse. Sans doute ie libertin ne se soumet pas à ces fâcheuses privations^ l'hypocrite les élude; mais on ne peut accuser le législateur qui a fait ces règlemens de séduire ses prosélytes par l'appât des plaisirs sensuels. 3°. La charité des musulmans descend jusqu'aux animaux ; et quant à celle qui regarde les malheureux et les indigens , elle est recommandée plusieurs fois par le Koran,non passeulementeomme une œuvre méritoire, mais comme un devoir rigoureux et indispensable. Mahomet est peut-être le seul législateur qui ait fixé la mesure précise de l'aumône : elle semble varier avec le degré ou la nature de la propriété , c'est-à-dire selon que les biens sont en argent, en grains ou en bétail, en fruits ou en marchandises ; mais pour accomplir la loi, le musulman doit donner le dixième de ses revenus ; et s'il s'est rendu coupable de fraudes, ou d'extorsions, il doit, comme par une sorte de restitution, au lieu du dixième , donner le cinquième (i). La bienveillance

et l'autre dans celui d'un fanatique. Prideaux ( Fie de Mahomet ^ p, 62-64) €t Sale [Discours préliminaire , p. 124) développent les motifs publics et les motifs particuliers qui ont déterminé Mahomet à cet égard.

(1) La jalousie de Maracci {^Prodromus , part, iv, p. 33) le porte à faire Ténumération des aumônes plus libérales encore des catholiques de Rome. Il dit que quinze grands

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doit nécessairement conduire à la justice, puisqu'il nous est défendu de faire tort à ceux qu'il nous est ordonné d'assister. Un prophète peut révéler les secrets du ciel et ceux de l'avenir; mais dans ses maximes morales , il ne peut que nous répéter les leçons que nous avons reçues de notre propre cœur.

Des récompenses et des punitions appuient les Résurreodeux dogmes, et les quatre devoirs pratiques de l'islamisme ; les regards du musulman sont pieusement fixés sur le jugement dernier; et bien que le prophète n'ait pas osé déterminer l'époque de cette imposante catastrophe , il indique obscurément les signes qui au ciel et sur la terre précéderont la dissolution universelle où tous les êtres animés perdront la vie , et où l'ordre de la création rentrera dans son premier chaos. Au son de la trompette on verra de nouveaux mondes s'élancer du néant ; les anges, les génies et les hommes s'élèveront hors des tombeaux, et les âmes humaines se trouveront réunies à leurs corps. Les Egyptiens semblent avoir adopté les premiers la doctrine de la résurrection ( i );

hôpitaux reçoivent des milliers de malades et de pèlerins ; qu'on y dote annuellement quinze cents filles ; qu'il y a cinquante-six écoles de charité pour les deux sexes, et que cent vingt confréries soulagent les besoins de leurs membres , etc. Les charités de Londres sont encore plus étendues ; mais je crains bien qu'il ne faille les attribuer plutôt à l'humanité qu'à la religion du peuple anglais.

(i) Fojez Hérodote (1. ii, c. i23 ) et notre savant compa-

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