HISTOIRE 1^-E LA DÉCADENCE
facultés actuelles des hommes ; et en effet, comment leur ima£;Mnation ou même leur intelligence pourraient-elles saisir une substance inconnue, lorsqu'on en sépare toutes les idées du temps et de l'espace, du mouvement et de la matière, de la sensation et de la réflexion ? La voix de Mahomet confirma ce premier principe de l'unité de Dieu enseignée par la raison et la révélation ; ses prosélytes , depuis les frontières de l'Inde jusqu'à celles de Maroc , sont distinguées par le nom à unitaires, et l'interdiction des images a prévenu le danger de l'idolâtrie. Les mahométans ont rigoureusement adopté la doctrine des décrets éternels et de la prédestination absolue, et se fatiguent inutilement à accorder la prescience de Dieu avec la liberté de l'homme et son mérite ou son démérite , ainsi qu'à expliquer l'existence du mal dans un monde gouverné par une puissance et une bonté infinies. TWatiomet, Le dicu de la nature a mis dans tous ses ouvrages Dieu , tt le la prcuvc de son existence et a gravé sa loi dans le prophètes/^ cœur dc l'hommc : les prophètes de chaque siècle ont eu pour objet véritable ou prétendu de rendre aux hommes la connaissance de l'Être suprême, et de rétablir la pratique de la morale. Mahomet accordait à ses prédécesseurs le crédit qu'il réclamait pour lui-même, et il trouvait une suite d'hommes inspirés depuis la chute de notre premier père jus- Dieu, Maracci ( A Icoran, t. i , part, m , p. 87-94 ) op pose ridiculement cet argument , que Dieu a fait l'homme à son image.
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qu'a la promulgation du Koran (i). Durant cette époque, disait-il, cent vingt-quatre mille e'ius, distingués par des faveurs et des vertus, ont reçu quelques rayons de la lumière prophétique ; trois cent treize apôtres ont été chargés spécialement de tirer leurs compatriotes de l'idolâtrie et du vice ; l'Esprit-Saint a dicté cent quatre volumes ; et six législateurs d'un éclat transcendant ont annoncé au monde six révélations successives, où Ton variait les cérémonies d'une immuable religion. Adam , Noé , Abraham , Moïse, Jésus-Christ et Mahomet sont ces six législateurs élevés par gradation, de manière que chacun d'eux est supérieur à ceux qui le précèdent. Il mettait au nombre des infidèles quiconque haïssait ou rejetait l'un d'entre eux. Les écrits des patriarches n'existaient que dans les copies apocryphes des Grecs et des Syriens (2); la conduite d'Adam ne lui avait pas donné de droit à la reconnaissance et au respect de ses enfans ; une classe inférieure des prosélytes de la synagogue observait les
(i) Voyez Reland ( Z)e relig. Moham., 1. i, p. 17-47 ) > Sale [Discours préliminaire , p. 73-86 , Voyage de Chardin^ t. IV, p. 28 , 37 , 39 , 4? ) î s^*^' cette addition des Persans : AU est le -vicaire de Dieu. Au reste , le nombre précis des prophètes n'est pas un article de foi.
(2) Voyez , sur les livres apocryphes d'Adam , Fabricius , Code.r pseudepigraphus , V. T. , p. 27-29 ; sur ceux de Seth, p. 1 54-157; sur ceux d'Enoch, p. 160-219 : mais le livre d'Enoch est consacré, à quelques égards, par la citation de l'apôtre saint Jude. Syncelle et Scaliger allèguent eu sa faveur un long fragment d'une légende.
Moïse. sept préceptes de Noé (i), et les sabe'ens re'veraient obscurément la mémoire d'Abraham dans laChaldée, où ce patriarche avait reçu le jour. Mahomet ajoutait que des myriades de prophètes inspirés par Dieu , Moïse et Jésus-Christ seuls vivaient et régnaient encore , et que tout ce qui restait des écrits inspirés se trouvait dans les livres de l'ancien et du nouveau Testament. Le Koran (2) a consacré et embelli l'histoire miraculeuse de Moïse, et les Juifs peuvent se venger de leur captivité par le plaisir de voir leurs dogmes adoptés par les nations dont ils tournent en ridicule les symboles de foi plus récens. Le prophète des musulmans montre beaucoup de
Jésus. respect pour l'auteur du christianisme (3). « Jésus- Christ, fils de Marie , dit-il, est vraiment l'apôtre de Dieu, il est sa parole envoyée dans le sein de Marie, il est un esprit qui procède de lui • il mérite des honneurs en ce monde et dans l'autre; c'est un de ceux qui approchent le plus de la face de Dieu (4). » Il accumule sur sa tcte les merveilles des Evangiles
(i) Les sept préceptes de Noé sont expliqués par Marsham {^Canon. chron'cus j p. 1 54-180), qui adopte en cette occasion le savoir et la crédulité de Selden.
{•!) D'Herbelot a agréablement semé , dans ses articles Adam , Noé , Abraham , Moïse , etc., les légendes inventées par rimaginalion des musulmans, qui ont construit leur édifice sur les foiidemens de l'Ecriture et du Talmud.
(3) Koran, c. 7, p. 128 , etc. ; c. 10, p. 173, etc.j d'Her- Lelot, p. 647 , etc.
(4) Koran , c. 3, p. 40 j c. 4 » p- 80 j d'Herbel.,p. 89^0, elc*
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véritables et des Évangiles apocryphes (i), et l'É' glise latine n'a pas dédaigné d'emprunter du Koran riinmaculée conception de la Vierge mère (2). Il observe toutefois que Jésus n'était qu'un mortel, et qu'au jour du jugement il portera témoignage contre les Juifs qui ne veulent point le reconnaître pour un prophète , et les chrétiens qui l'adorent comme le fils de Dieu. La méchanceté de ses ennemis souilla sa réputation et conspira contre ses jours ; mais il n'y eut de criminelle que leur intention : un fantôme ou un coupable lui fut substitué sur la croix , et le saint sans tache monta au septième ciel (3). L'Évangile fut, durant six siècles, le che-
(i) ^ojez l'Évangile de saint Thomas, oudeTEnfance, dans le Codea: apocryphus N. T. de Fabricius , qui recueille les différens témoignages sur cet écrit (p. 158-1 58). Il a été publié en grec par Cotelier , et en arabe par Sike% qui croit que la copie que nous en avons est postérieure à Mahomet ; cependant ses citations s'accordent avec l'original sur le discours de Jésus-Christ au berceau , sur les oiseaux d'argile doués delà vie, etc. ( Sike , c. 1 , p. 168 , 169; c. 36 , p. 198, 199; c. 46, p. 206 ; Cotelier, c. 2, p. 160, 161 ).
(2) L'immaculée conception delà vierge Marie se trouve indiquée d'une manière obscure dans le Koran (c. 3, p. 89 ) , et expliquée plus clairement par la tradition des sonnites (Sale,/20i^, et Maracci, t.ij, p. 2.12). Saint Bernard réprouva, au douzième siècle, Timmaculée Conception, comme une nouveauté présomptueuse ( Fra Paolo , Istoria dcl conclUo di Trcnto , I. 11).
(3) Fojez le Koran, c. 3, v. 53, et c. 4, v. 1 56 de l'édition de Maracci. Deiis eu pi œstantissimus dolose ngentium (éloge bigarre ) .... nec crucijîxerunt eum , sed objecta est cls simili'!'
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min delà vérité et du salut; mais les chrétiens oublièrent peu à peu les lois et l'exemple de leur fondateur, et Mahomet apprit des gnostiques à accuser l'Eglise ainsi que la Synagogue d'avoir corrompu le texte sacré (i). Moïse et Jésus-Christ se réjouirent dans l'assurance de la venue d'un prophète plus illustre qu'eux. La promesse du Paraclet ou de l'Esprit saint fait par rÉvangile, s'est trouvée accomplie dans le nom et la personne de Mahomet (2) , le plus grand et le dernier des apôtres de Dieu.
tudo : expression qui pourrait s'accorder avec l'opinion des docètes ; mais les commentateurs croient (JVlaracci, t. 11, p. ii3, ii5, 178; Sale, p. /^2 , 43, 79) qu'un autre homme, ami ou ennemi, fut crucifié à la place de Jésus- Clirist. C'est une fable qu'ils avaient lue dans l'Evangile de saint Barnabe, et qui a été publiée, dès le temps de saint Irénée, par quelques ébionites (Beausobre, Hàt. du inani" chéisrne , t. 11 , p. 26 ; Mosheim , De rcb. Christian^ p. 353 ).
(1) On trouve cette accusation exprimée d'une manière fort obscure dans le Koran (c. 3 , p. 4^ ) ; mais ni Mahomet ni ses see! aires n'étaient assez versés dans les langues ou dans l'art de la critique, pour donner à leurs soupçons quelque poids ou quelque apparence de vérité. Au reste , les ariens et les nestoriens ont pu raconler quelques histoires sur ce point , et le prophète ignorant a pu prêter roreille aux assertions audacieuses des manichéens. Voyez Beausobre , t. I, p. 291-305.
(2) Entre autres prophéties de l'ancien et du nouveau Testament, dont la fraude et l'ignorance des musulmans ont perverti le sens, ils appliquent à leur prophète la pro^ messe du Paraclet on du Coufortateur , que les montanistes.
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Le rapport des pensées et du langage est néces- ^® Koran. saire à la communication des idées ; le discours d'un pliilosoplie ne ferait aucun effet sur l'oreille d'un paysan ; mais quelle imperceptible différence que celle qui se trouve entre leur intelligence comparée et celle qu'offre le contact d'une intelligence finie avec une intelligence infinie , la parole de Dieu exprimée par les paroles ou les e'crits d'un mortel ! L'inspiration des prophètes hébreux, des apôtres et des évangélistes de Jésus-Christ , peut n'être pas incompatible avec Texercice de leur raison et de leur mémoire , et le style et la composition des livres de l'ancien et du nouveau Testament marquent bien la diversité de leur génie. Mahomet se contenta du rôle plus modeste , mais plus sublime, de simple éditeur : selon lui et ses disciples, la substance du Koran (i) est incréée et éternelle; elle existe dans l'essence de la divinité, et elle a été inscrite avec une plume de lumière sur la table de ses éternels décrets; l'ange Gabriel ([ui, dans la religion judaïque, avait été chargé des missions les plus importantes , lui apporta, dans un volume orné de soie
et les manichéens s'étaient déjà appropriée (Beausobre, Hist. crit. du Munich. , t. i , p. 263 , etc. ) ; et en faisant du mot 7r(Ç)ix.XuToç, celui de Tcu^ocx-Xtiroç , ce qui est aisé, ils eu tirent l'étymologie du nom de Mahomet (Maracci, tom. i , part. I, p. i5-28).
(i) Voyez sur le Koran, d'Hpr])elot , p. 85-88 ; Maracci, 1. 1, in vit. Mohauimedj p. 32-45; Sale, Discours prélirnin. p. 66-70.
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et de pierreries , une copie en papier de cet ouvrage immortel- et ce fidèle messager lui en révéla successivement les chapitres et les versets. Au lieu de déployer tout a la fois le modèle parfait et immuable de la volonté de Dieu , Mahomet en publia, selon qu'il lui plaisait, les divers fragmens. Chacune des révélations est accommodée aux divers besoins de ses passions ou de sa politique ; et afin d'échapper au reproche de contradiction, il établit pour maxime que chacun des textes se trouvait abrogé ou modifié par quelque passage subséquent. Les disciples de Maliomet écrivirent avec soin sur des feuilles de palmier, ou des omoplates de mouton, les paroles de Dieu et celles de Tapôtre , et ces diverses pages furent jetées sans ordre et sans liaison dans un coffre dont le prophète confia la garde à une de ses femmes. Deux ans après sa mort , Abubeker, son ami et son successeur , mit en ordre et publia le volume sacré; l'ouvrage fut revu par le calife Othman dans la trentième année de Thégyre; et les diverses éditions du Koran partagent toutes le miraculeux privilège d'offrir un texte uniforme et incorruptible. Soit fanatisme, soit vanité, le prophète tire du mérite de son livre la preuve de la vérité de sa mission : il défie hardiment les hommes et les anges d'imiter la beautéd'unede ses pages , et il ose assurer que Dieu seul a pu dicter cetécrit (i). Cet argument fait beau-
(i) Koran, c. 17, v. 89 ; Sale, pag. 235, 236 ; Maracci, p. 4 10*
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coup d'impression sur un dévot arabe dont l'esprit est monté à la crédulité et à l'enthousiasme , dont l'oreille est séduite parle charme des sons, et que son ignorance rend incapable de comparer entre elles les diverses productions de l'esprit humain (i). L'harmonie et la richesse du style de l'original ne pourront passer à travers les traductions jusqu'à l'oreille de l'infidèle européen. Il ne parcourra qu'avec impatiAce cette interminable et incohérente rapsodie de fables , de préceptes et de déclamations, qui inspire rarement un sentiment ou une idée, qui se traîne quelquefois dans la poussière , et d'autres fois se perd dans les nues. Les attributs de Dieu exaltent l'imagination du missionnaire arabe ; mais ses accens les plus élevés sont bien au-dessous de la simplicité sublime du livre de Job, écrit dans le même pays et dans la même langue , à une époque trèsancienne Ç'i). Si la composition du Koran surpasse
(i) Une secle d'Arabes croyait que la plume d'un mortel pouvait égaler ou surpasser le Koran ( Pococke, Spécimen, p. 221 , etc.) ; et Maracci (polémique trop dur pour un traducteur) tourne en ridicule l'affectation de rimes qui se trouve dans le passage le plus applaudi (tom, i , part, ii , p. 69-75).
(2) Colioquia ( soit réels ou fabuleux ) in média Arahia atque ah Arabibus habita ( Lov\rtli , De poesi Hehrœorurn prœlect. 82, 33, 34, avec Micliaells son éditeur allemand Epimetron iv ). Cependant Michaelis (p. 67 i , 678 ) a remarqué plusieurs images qui viennent de l'Egypfe , tels que l'elepliantiasis , le papyrus , le Nil , le crocodile , etc. Il a caractérisé l'idiome dans lequel est écrit le livre de Job, par la dénomination équivoque ^ Arabico-Hcbrœa La ressein-
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les facultés de l'homme , à quelle intelligence supérieure faut-il attribuer l'Iliade d'Homère et les Philippiques de Demosthènes ? Dans toutes les religions^ la vie du fondateur supplée au silence de ses révélations écrites : les paroles de Mahomet furent regardées comme autant de leçons de vérité, et ses actions comme des exemples de vertu : ses femmes et ses compagnons gardèrent le souvenir de tout ce qu'il avait dit et fait dans le cours de sa vie, soit publique, soit privée. Deux siècles après , le Sonna ou la loi orale fut fixée et consacrée par le travail de Al-Bochari, qui sépara cent mille deux cent soixantequinze traditions véritables d'une masse de trois mille plus incertaines ou moins authentiques. Chaque jour ce pieux auteur allait prier dans le temple de la Mecque. Il y faisait ses ablutions avec les eaux du Zemzem ; il déposa successivement ses pages sur la chaire et le tombeau de l'apôtre , et les quatre sectes orthodoxes des Sonnites ont approuvé l'ouvrage ( i). Miracles. Dcs prodigcs éclatans avaient confirmé la mission de Moïse et de Jésus, et les habitans de la Mecque et de Médine pressèrent plusieurs fois Mahomet de donner la même preuve de la sienne , de faire descendre du ciel l'ange et le volume qu'il disait avoir
blance de dialectes sortis de la môme source , était beaucoup plus sensible dans leur enfance qu'à IV-poque de leur maturité ( Michaelis , p. 682 ; Schulens , in prœfat. Job. ).
(1) Al-Bochari mourut A. H. 224. Voyez d'Herbelot, pag. 208,416,827; Gagnicr , Nol, a(/AbuUeda,c. 19, pag<r 33.
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reçu ; de créer un jardin au milieu du désert, ou de consumer par un incendie la cité incrédule. Toutes les fois qu'il se trouva ainsi pressé par les koreishites, il s'échappa en vantant d'une manière obscurcie don de visions et de prophétie ; il en appelle aux preuves morales de sa doctrine, et se met à l'abri derrière la Providence, laquelle refuse ces signes et ces merveilles qui diminuent le mérite de la foi et aggravent le crime de l'infidélité; mais le ton modeste ou irrité de ses réponses montre sa faiblesse et son embarras, et ces passages fâcheux ne laissent aucun doute sur Fïntégrité du Koran (i). Ses sectaires parlent de sesmiracles avec plus d'assurance que lui , et la confiance de leur crédulité augmente à mesure qu'ils s'éloignent de l'époque et du lieu de ses exploits spirituels. Ils croient ou ils assurent que les arbres allèrent à sa rencontre ; qu'il fut salué par les pierres ; que l'eau jaillissait de ses doigts; qu'il nourrissait miraculeusement les affamés , guérissait les malades et ressuscitait les morts ; qu'une solive poussa des gémissemens devant lui ; qu'un chameau lui adressa des plaintes; qu'une épaule de mouton l'informa qu'elle était empoisonnée , et que la nature vivante
(i) Voyez surtout les chapitres 2,6,13, ï3,i7,du Koraii. Prideaux ( Vie de Mahomet^ p. 18, iq ) a confondu l'imposteur. Maracci , qui déploie un appareil plus savant a fait voir que les passages du Koran qui nient les miracles de Mahomet , sont clairs et positifs ( Alcoran^ t. i, part. 11 p. 7-12). €l que ceux qui semblent les affirmer sont ambigus et insuffisaus (p. 12-22).
et la nature morte se trouvaient également soumises à l'apôtre de Dieu (i). Ona décrit sérieusement son rêve d'un voyage qu'il fit pendant la nuit , comme un fait réel et matériel. Un animal mystérieux , le borak, le porta du temple de la Mecque à celui de Jérusalem; il parcourut successivement les sept cieux avec l'ange Gabriel qui l'accompagnait; dans les demeures respectives des patriarches , des prophètes et des anges, il reçut et leur rendit leurs salutations. Il eut seul la permission de s'avancer au-delà du septième ciel; il passa le voile de l'unité; il se trouva à deux portées de trait du trône de Dieu, et , touché à l'épaule par la main du Très-Haut , il éprouva un froid qui le pénétra jusqu'au cœur. Après cette conversation familière et intéressante , il redescendit à Jérusalem , il remonta le borak, il revint à la Mecque, et n'employa que la dixième partie d'une nuit à faire un voyage de plusieurs milliers d'années (2).
(i) Voyez le Spécimen Hist. Arahum , le texte d'Abulpharage (p. 17), les Notes de Pococke (p. 187-1 90) , d'Herbelot {^Blbl. orient. , p. 76 , 77) , les Voyages de Chardin , t. iv, p. 200- 2o3). Maracci {^Alcoran , t. i , p. 22-64) a laborieusement recueilli et réfuté les miracles et les prophéties de Mahomet , qui , selon quelques écrivains , montent à trois mille.
(2) Abulféda ( in viu Mohammed. ^ c. 1 9 , p. 33 ) raconle fort en détail ce voyage nocturne, qu'il veut regarder comme une vision. Prideaux , qui en parle également (p. 3i-4o), aggrave les absurdités ; et Gagnier (t. i, p. 252-343) déclare, d'après le zélé Al-Jannabi , que nier ce voyage est ne pas croire au Koran. Cependant , le Koran ne nomme sur ce
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Selon une autre légende, il confondit au milieu d'une assemblée de lu nation les korelshites (jui lui adressaient un défi malicieux. Ses irrésistibles paroles coupèrent en deux l'orbe de la lune; la planète obéissante s'éloigna de sa route , elle fit les sept révolutions autour de la Caaba ; et après avoir salué Mabomet en langue arabe, elle resserra tout à coup ses dimensions , entra par le col de sa cbemise et sortit par sa mancbe (i). Ces contes merveilleux amusent le vulgaire ; mais les plus graves
point ni le ciel , ni Jérusalem , ni la Mecque ; il ne laisse échapper que ces mots mystérieux : Laus illl qui transtullt servum suum ab oratorio Hararn ad oratorium remotissimum ( Koran , c. i 7 , v. i ; /« Maracci , t. 11 , p. 407 , car Sale se permet plus de licence dans sa version ). Base bien légère pour la structure aérienne de la tradition.
(1) Mahomet avait dit dans le style prophétique, qui emploie le présent ou le passé au lieu du futur : Àppro-^ pinquavit hora et scissa est luna {^Koran , c. 54 ^ ^-^) dans Maracci , t. ii, p. 688). On a pris cclt^ figure de rhétorique pour un fait qu'on dit attesté par des témoins oculaires les plus dignes de foi ( Maracci 5 t. 11 , p. 690 ). Les persans célèbrent toujours la fête de cet événement ( Chardin, t. iv, p. 201 ) ; et Gagnier ( p^ie de Mahomet , t. i, p. i83-234) nous déroule ennuyeusement toute cette légende , sur la foi, à ce qu'il semble, du crédule Al-Jannabi. Cependant un docteur musulman a attaqué le principal témoin ( apud P()Cocke, Speci/nen y p. 187). Les meilleurs interprètes expliquent le passage du Koran de la manière la plus simple ( Al-Beidawi , apud Holti ger , Hiit. orient., 1. 11 , p. 3o2 ) ; et Abulféda garde le silence qui convenait à un prince et à un philosophe.
68 HISTOIRE DE LA DÉCADENCt
d'entre les docteurs musulmans imitent la modestie de leur maître , et laissent une sorte de liberté de croyance ou d'interprétation (i). Ils pourraient repondre que pour prêcher la religion il n'était pas nécessaire de violer l'harmonie de la nature; qu'une croyance sans mystères n'a pas besoin de miracles , et que l'épée de Mahomet n'était pas moins puissante que la verge de Moïse. Préceptes Le polythéisme est accablé et tourmenté de la
de Mahomet, i • i i • • ? i
prières, jeu- Hiultitude dcs supcrstitious qu admet sa croyance ;
nés et au- -il ' ' • A-'r» ^ .. • ..
mônes. mille ceremonics venues d Egypte se trouvaient entremêlées dans la substance de la loi mosaïque, et l'esprit de l'Évangile s'était évaporé dans la vaine pompe du culte. Le préjugé, la politique ou le patriotisme déterminèrent le prophète de la Mecque à. consacrer les cérémonies des Arabes , et l'usage de visiter la sainte pierre de la Caaba ; mais ses préceptes inspirent une piété plus sainte et plus raisonnable; la prière , le jeûne et l'aumône , voila les devoirs religieux du musulman : on lui fait espérer que dans sa route vers Dieu , la prière le portera à la moitié du chemin, que le jeûne le conduira à la porte du palais du Très-Haut, et que les aumônes l'y feront entrer (2). i^. Selon la tradition du voyage
(i) Abulpharage (^in Spécimen, Hist, Arab. , p. 17 ) ; et les autorités les plus respectables citées dans les notes de Pococke (p. 190-19/4) justifient son scepticisme.
(2) Maracci {Prodromus, part, iv, p. 9-24), Reland (dans son excellent Traité de reli glane mohamniedicd , Utrecht , l']i']f p. 67-123 ), et Chardin {^Fojage en Perse, t. iv.
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nocturne, l'apôtre, dans sa conférence avec Dieu, eut ordre d'imposer a ses disciples l'obligation de faire cinquante prières par jour. Moïse lui ayant conseille de demander qu'on adoucît cet insupportable fardeau , le nombre fut peu à peu re'duit à cinq, sans que les affaires , les plaisirs , les temps ou les lieux pussent en dispenser. C'est à la pointe du jour, à midi, l'après-dîner, le soir, et à la première veille de la nuit, que les fidèles doivent renouveler les marques de leur dévotion; et quoique la ferveur religieuse ait bien diminué , la parfaite humilité et l'attention des Turcs et des Persans durant leurs prières, édifient encore nos voyageurs. La propreté est une introduction à la prière : dès les époques les plus reculées , les Arabes étaient dans l'usage de se laver souvent les mains, le visage et le corps; le Koran ordonne ces ablutions d'une manière expresse, et lorsqu'on manque d'eau , il permet de se servir de sable. La coutume et les décisions des docteurs déterminent les paroles et les attitudes , si on doit se tenir assis, debout, ou la face prosternée contre
pag. 47-195 ) donnent, d'après les théologiens persans et arabes, un détail très-authentique de ces préceptes sur le pèlerinage , la prière , le jeûne , les aumônes et les ablutions. Maracci est un accusateur partial ; mais le joaillier Chardin avait le coup d'œil d'un philosophe; et Reland, savan t judicieux , avait parcouru l'Orient sans sortir d'Utrecht. Tournefort raconte dans la quatorzième lettre ( Voyage du Levant , t. 11, p. 335-36o, i/2-8°. ) ce qu'il avait vu de la religion des Turcs,