HISTOIHE DE LA. DÉCADENCE
ils embaumèrent leurs momies; ils élevèrent leurs pyramides, afin de conserver l'ancienne demeure de l'âme durant une période de trois mille ans, tentative partielle et inutile : c'est avec des vues plus philosophiques que Mahomet compte sur la toute-puissance du Créateur, dont la seule parole peut ranimer l'argile privée de vie, et rassembler d'innombrables atomes qui ne conservent plus leur forme ou leur substance (i). Il n'est pas aise de dire ce que devient l'àme pendant cet intervalle , et ceux qui sont le plus convaincus de sa spiritualité sont bien embarrasses lorsqu'il s'agit d'expliquer comment elle peut penser ou agir sans l'intervention des organes de nos
sens.
L'enfer et Le jugement dernier suivra la reunion du corps
le paradis. , ,,^ i i i vi
et de lame; et Mahomet, dans le tableau qu il en a fait d'après les mages, s'est trop assujetti aux formes et même aux opérations lentes et successives d'un tribunal humain. Ses intole'rans adversaires l'accusent d'avoir étendu jusqu'à eux-mêmes Tespoir du salut, d'avoir soutenu 1 he'résie la plus criminelle , en disant que tout homme qui croit en Dieu
triote sir John Pdar&ham ( Canon, chron. , p. 46). Le Ael[t]ç du même écrivain (p. 254-274) est une esquisse travaillée des régions infernales , telles qu'on les trouvait dans les descriptions imaginaires des Egyptiens et des Grecs , des poètes et des j)hilosoplies de l'antiquité.
(1) Le Koran ( c. 2 , p. 259, etc. ) de Sale (p. 32 ) et de Maracci (p. 97 ) rapportent un miracle ingénieux qui satisfit la curiosité d'Abraham , et qui affermit sa croyance.
DE l'empire romain. CHAP. L. 7$
et fait (le bonnes œuvres, peut compter sur une sentence favorable au dernier jour. Une indifférence si raisonnable était peu dans le caractère d'un fanatique , et il n'y a pas lieu de penser qu'un envoyé du ciel ait ainsi diminue' le prix et la nécessité de ses propres révélations. Selon le Koran (i), la foi en Dieu est inséparable de la foi en Mabomet ; les bonnes œuvres sont celles qu'il a ordonnées , et ces deux conditions empoîtent la nécessltéde l'islamisme , auquel toutes les nations et toutes les sectes sont également invitées. Pour excuser leur aveuglement spirituel , elles allégueront en vain leur ignorance, ou feront valoir leurs vertus, elles seront punies par des tourmens éternels \ et les larmes que versa Mahomet sur la tombe de sa mère , pour laquelle il lui était défendu de prier , offrent un contraste frappant de fanatisme et d'bumanité (1). L'arrêt est commun à tous les infidèles; le degré d'évidence qu'ils auront rejeté, et la gravité des erreurs qu'ils auront adop-
(1) Reland, toujours guidé par la bonne foi , démontre ^ue Mahomet a réprouvé tous les incrédules ( Z>e religlone mohaimned. y p. 128-142 ) , qu'il n'y aura jamais de salut pour les diables ( p. 196-199) , que le paradis ne se bornera pas à des plaisirs sensuels (p. 199-205), que l'âme des femmes est immortelle (p. 206-209).
(2) Al-Beidawi , apud Sale, Koran, c. 9 , p. 164. Le refus de prier pour un parent incrédule est justifié, selon Mahomet , par les devoirs d'un prophète et l'exemple d'Abraham , qui réprouva son propre père comme ennemi de Dieu. Cependant Abraham (ajoute-t-il, c. 9 , v. 1 16 , Maracci , 1. 11 , p. 3 1 7 ) fuit sanè pius , mitis.