HISTOIRE T)E LA. DECADENCE
tées , détermineront le degré de leur crime et celui de leur châtiment. Les demeures éternelles des chrétiens, des juifs, des sabéens , des mages et des idolâtres, se trouvent dans l'abîme les unes au-dessous des autres, et le dernier enfer est destiné aux mécréans hypocrites qui ont pris le masque de la rehgion. Lorsque la plus grande partie des hommes auront été réprouvés à cause de leurs opinions, les vrais croyans seront seuls jugés d'après leurs œuvres. Une balance réelle ou allégorique pèsera avec soin le bien et le mal contenus dans la vie de chaque musulman , et il y aura alors une singulière compensation pour la satisfaction des injures : une partie des bonnes actions de l'offenseur sera imputée au bénéfice de l'offensé en raison équivalente du tort qui lui aura été fait , et si l'offenseur se trouve dénué de cette espèce de propriété morale , une partie proportionnelle des démérites de l'offensé viendra accroître la masse de ses péchés. L'arrêt sera prononcé selon que le poids des délits ou celui des vertus l'emportera dans la balance, et alors tous sans distinction traverseront le pont aigu et dangereux placé sur l'abîme; mais les bons , marchant sur les traces de Mahomet , feront leur entrée glorieuse dans le paradis , tandis que les coupables seront précipités dans le premier et le moins affreux des sept enfers. Le temps de Texpiation variera de neuf siècles a sept mille ans; mais le prophète a eu le bon esprit de promettre que tous ses disciples ( quels que fussent leurs péchés ) seraient sauvés par leur foi et son intercession de la
DE l'empire «OMAIN. CHAP. L. «^-J
damnation éternelle. Il ne faut pas s'étonner que c'est par la crainte que la superstition agit le plus puissamment sur l'esprit de l'homme , puisque l'imagination peint avec plus d'énergie la misère que le bonheur de la vie future. Sans autre moyen que le feu et l'obscurité , on nous compose l'image d'une souffrance que ridée de l'éternité peutaggraver à l'infini; mais cette même idée d'éternité produit un effet contraire lorsqu'il s'agit de la durée du plaisir ; et nos jouissances ne viennent trop souvent que de la cessation de la douleur, ou de la comparaison de notre état avec une situation plus malheureuse. Il est assez naturel qu'un prophète arabe décrive avec ravissement les bocages , les fontaines et les rivières du paradis >: mais au lieu de donner aux bienheureux le noble goût de l'harmonie, de la science , de l'amitié et du commerce de l'esprit, il place puérilement leur bonheur dans l'éclat des perles et des diamans , des robes de soie , des palais de marbre , de la vaisselle d'or, des vins exquis, des friandises recherchées, d'une suite nombreuse , et de tout cet appareil de luxe et de sensualité qui devient insipide à son possesseur , même dans le court espace assigné à notre vie mortelle. Le dernier des croyans aura pour son usage soixante-douze hourisou filles aux yeux noirs, douées d'ufie beauté éclatante , de to?]te la fraîcheur de la jeunesse , d'une pureté virginale et d'une sensibilité exquise ; l'inslant du plaisir se prolongera durant des milliers d'années, et des fuculto's centuplées rendront les bienheureux dignes de leur félicité.
78 HISTOIRE l)K LA DECADENCIi.
Quelle que soit à cet égard l'opinion vulgaire, il est certain qu'il ouvre aux deux sexes les portes du ciel; mais il n'a pas voulu s'expliquer sur les hommes qu'y trouveraient les femmes , dans la crainte d'alarmer la jalousie de leurs premiers maris , ou de troubler leur bonheur en leur faisant imaginer que leur mariage serait peut-être éternel. Ce tableau d'un paradis sensuel a excité l'indignation et peut-être l'envie des moines ; l'impure religion de Mahomet est l'objet de leurs déclamations , et la pudeur de quelques apologistes du Koranest réduite à la misérable ressource des figures et des allégories ; mais les docteurs les les plus habiles et les plus conséquens , adoptent sans rougir l'interprétation littérale du Koran : la résurrection du corps serait en effet inutile, si on ne lui rendait pas l'exercice de ses facultés les plus précieuses, et la réunion des plaisirs des sens et des plaisirs intellectuels est nécessaire pour achever le bonheur de l'homme, composé de deux substances. Au reste, les joies du paradis de Mahomet ne se borneront pas aux plaisirs du luxe et à la satisfaction des appétits sensuels; le prophète décla^^e d'une manière expresse que les saints et les martyrs admis à la béatitude de la vision divine, oublieront et dédaigneront toutes les espèces d'un degré inférieur. ( j )
(i) Voyez sur le jour du jugement, sur l'enfer, le paradis , etc. , le Koran ( c. 2 , v. ?,5 ; c. 56, 78 , etc. ), avec la réfulation virulente , mais remplie de savoir, de Maracci (dans ses Notes et dans le Frodromus y part, jv, p. 78 , i s».o , i 22 , etc.) , d'Herbelot {Bibl. orient., p. 368-375 }, Reland